Hausse des températures, événements extrêmes, raréfaction de l'eau et épuisement des sols: le changement climatique menace la production alimentaire mondiale. Croissance démographique et prospérité exigent par ailleurs de produire davantage, parfois avec plus de ressources.
Près de 95% de la production alimentaire dépend du sol. Selon la FAO, environ 3,6 millions d'hectares de terres arables sont perdus chaque année – une surface proche de celle de la Suisse1.
Déforestation, surfertilisation et agriculture intensive aggravent la situation: les sols perdent en fertilité, jusqu'à devenir stériles. Restaurer 10% des terres dégradées permettrait de nourrir 154 millions de personnes de plus selon l'ONU – insuffisant face à la croissance démographique.
La production alimentaire génère déjà environ un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre2, alimentant le changement climatique. Même sans émissions énergétiques, celles de l'alimentation suffiraient à dépasser l'objectif de +1,5°C de l'Accord de Paris.
Modifier les habitudes alimentaires et réduire le gaspillage
Comment réduire les émissions tout en garantissant une agriculture durable? Alimentation équilibrée, moins de gaspillage et meilleures pratiques agricoles sont des pistes efficaces: notre alimentation détermine le climat, l'eau, la fertilité des sols et les écosystèmes.
Il faut aussi s'adapter: reconstituer durablement les sols, utiliser l'eau plus efficacement, adapter les semences, les plantations et la fertilisation – des processus qui prennent du temps.

Agriculture régénérative: reconstruire le sol
La production alimentaire va augmenter alors que les terres arables diminuent. Le sol, indispensable à la production et à la filtration de l'eau, est une ressource non renouvelable. Lorsqu’il est détérioré, il faut jusqu'à 1000 ans pour reconstituer 2-3 cm de terre fertile.
Des sols sains, riches en activité microbienne, résistent mieux aux contraintes. Une agriculture plus biologique permettrait de réduire l’usage de pesticides et d’engrais chimiques, mais pourrait entrer en tension avec les nouvelles méthodes de sélection visant la résistance à la chaleur et à la sécheresse.
L'agriculture régénérative gagne en reconnaissance: portée par les agriculteurs, elle vise à travailler avec les processus naturels pour améliorer sols, biodiversité et eau, tout en renforçant la résilience climatique.
Utiliser l'eau plus efficacement
L'eau est indispensable à l'agriculture. L'accès à l'eau potable s'est amélioré mondialement, mais démographie et climat menacent l'approvisionnement futur. L'ONU estime les besoins humains à 50-100 litres/jour, contre 2000-5000 litres selon la FAO pour l'alimentation quotidienne d'une personne.
L'irrigation est déterminante: les surfaces irriguées produisent 30% à 100% de rendement en plus. L'agriculture intensive surexploite toutefois l'eau et sollicite les sols. L'irrigation de précision réduit la consommation d'eau tout en améliorant les rendements et la santé des plantes.
Deux méthodes dominent:
L'irrigation par pivot, automatisée, tourne autour d'un point central et intègre les données météo et le niveau d’humidité du solen temps réel.
L'irrigation goutte à goutte, la plus efficace, achemine eau et nutriments aux racines réduisant l’évaporation, le surarrosage et le ruissellement
Semences et engrais: adaptés à la chaleur et à la sécheresse
Pour garantir l'approvisionnement futur, les plantes doivent mieux résister à la chaleur et aux fortes précipitations. Selon la FAO, les variétés résistantes à la sécheresse, à la chaleur et à la salinité sont essentielles pour réduire l'écart de rendement.
La sélection végétale prend du temps: jusqu'à dix ans entre croisement et commercialisation. En 2026, l'UE a assoupli le cadre des nouvelles méthodes de sélection, génie génétique inclus, réduisant les délais – clé pour les variétés résistantes à la chaleur et à la sécheresse.
La fertilisation évolue aussi: l'objectif est d'utiliser moins d'engrais, mais plus précisément. Capteurs et satellites évaluent les besoins par parcelle, reliés aux machines agricoles via des plateformes numériques. Les engrais biodégradables devraient aussi se développer, pour préserver la biodiversité et les nappes phréatiques.
Qui participe à façonner la transformation de l'agriculture?
Les entreprises de semences de produits phytosanitaires, d’irrigation, de technologies agricoles et infrastructures hydrauliques, ainsi que celles investissant dans des semences résistantes ou des biocarburants.
Les fabricants de systèmes d'irrigation et de technologies de précision, ainsi que les acteurs de la gestion de l'eau et des infrastructures, contribueront aussi de manière décisive à cette transformation agricole de long terme.
Les défis de la production alimentaire sont considérables – tout comme la capacité d'innovation et les investissements consacrés aujourd'hui à des solutions efficaces.
1 Source: Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).
2 Source: Our World in Data.