Les principales branches de l’économie suisse ne seront pas touchées de manière uniforme par la déferlante de droits de douanes, de 10% sur l’ensemble des marchandises indépendamment de leur provenance et de 31% pour les produits helvétiques spécifiquement, proclamés par l’administration Trump dans la nuit de mercredi à jeudi.
La chimie-pharmacie notamment s’en tire à moindres frais, quand les secteurs des machines ou des équipements électriques lorgnent d’ores et déjà vers de nouveaux débouchés.
Les produits pharmaceutiques jouissent en effet d’une exemption sur les nouveaux droits de douane de 31% spécifiques à la Suisse. Le principal contributeur aux exportations helvétiques vers les Etats-Unis n’échappe cependant pas aux 10% qui s’appliquent à toutes les importations aux Etats-Unis, s’alarme l’organisation de promotion de ses intérêts Scienceindustries dans une prise de position jeudi.
Le pays de l’Oncle Sam constituait l’an dernier le premier débouché extérieur de la branche avec plus de 30 milliards de francs sur un total de près de 65 milliards.
A l’échelle mondiale, l’industrie chimique et pharmaceutique helvétique a exporté pour 149 milliards de francs, sur un total de 282 milliards, selon le recensement du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco).
L’application de droits de douane, fussent-ils partiels, constitue un changement de paradigme pour les produits pharmaceutiques, jusqu’ici pratiquement exemptés de tout droit d’entrée aux Etats-Unis, souligne le lobby, qui redoute une inflation des coûts, des tracasseries administratives, voire des perturbations dans les livraisons. Un transfert de capacités outre-Atlantique ne constitue en outre pas une options à brève échéance, au vu des rigoureux processus encadrant les infrastructures de production pharmaceutiques.
Oubliée des exemptions, l’industrie suisse des dispositifs médicaux s’inquiète de son côté de mesures touchant près d’un quart du volume de ses exportations. La Suisse a en effet envoyé en 2023, dernière année référencée, pour 2,8 milliards de francs de dispositifs médicaux aux Etats-Unis, contre 1,8 milliard d’importations en sens inverse.
Le pays de l’Oncle Sam demeure néanmoins largement distancé en la matière par l’Union européenne (UE), qui absorbe la moitié de la production helvétique, relativise la faîtière Swiss Medtech. «L’UE reste de loin notre principal marché: un emploi sur trois dans l’industrie suisse des technologies médicales dépend de commandes provenant de l’UE. Cette relation doit être renforcée de manière ciblée,» insiste son directeur Adrian Hunn, cité dans la publication.
Soigner d’autres relations
L’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux, entre autres, met aussi l’accent sur ses autres débouchés géographiques, qui représentent 85% de ses exportations. Swissmem recommande ainsi chaudement à ses membres de soigner leurs relations avec ces marchés, énumérant dans l’ordre l’UE, ainsi et surtout que les marchés émergents tels que l’Inde, l’Amérique du Sud, le l’Asie du Sud-Est ou encore la Chine. Représentant les petites et moyennes (PME) entreprises du secteur, Swissmechanic anticipe un recul immédiat de la demande aux USA, susceptible à terme de perturber également les affaires des sous-traitant actifs en Suisse uniquement.
De son côté, la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH) s’est dite «déçue» par le coup de massue tarifaire. «Cette mesure est injustifiée car, en contrepartie, aucune montre américaine importée en Suisse ne sera soumise à des droits de douane», a déclaré son président Yves Bugmann auprès d’AWP. L’an dernier, les horlogers helvétiques ont envoyé l’équivalent de 4,4 milliards de francs de montres vers les Etats-Unis (+5% sur un an), première destination des garde-temps fabriqués dans la Confédération.
M. Bugmann rappelle que la branche, très orientée vers l’export, est toutefois habituée à être régulièrement exposée à de «telles difficultés» sur les différents marchés.
Commerce Suisse évoque, dans une prise de position, des droits de douane «incompréhensibles et dommageables». La faîtière «critique cet acte unilatéral» et met en garde contre «les graves conséquences économiques pour l’économie suisse tournée vers l’exportation», tout en appelant à une résolution par la négociation et les règles de l’Etat de droit.