Donald Trump déclare la guerre commerciale au monde

AWP/AFP

3 minutes de lecture

Le président des Etats-Unis annonce plus largement un droit de douane plancher, d’au moins 10%, sur tous les produits entrant dans le pays.

Les partenaires commerciaux des Etats-Unis menacent de riposter tout en privilégiant le dialogue jeudi, au lendemain de l’offensive commerciale massive lancée par Donald Trump qui faisait plonger les marchés mondiaux et craindre de lourdes conséquences sur l’économie mondiale.

Après les annonces du président américain présentées comme une «déclaration d’indépendance économique», la planète financière accuse le coup: en Asie, la Bourse de Tokyo a chuté de près de 3% en clôture pendant qu’en Europe Francfort perdait 2,45% à l’ouverture, Paris 2,15% et Londres 1,44%.

«Notre pays a été pillé, saccagé, violé et dévasté par des nations proches et lointaines, des alliés comme des ennemis», a asséné Donald Trump, avant d’exhiber une liste des partenaires commerciaux concernés.

L’offensive protectionniste de la Maison Blanche, sans équivalent depuis les années 1930, passe par un droit de douane plancher supplémentaire de 10% sur toutes les importations et par des majorations pour les pays jugés particulièrement hostiles en matière commerciale.

L’addition est astronomique pour la Chine, dont les produits feront l’objet d’une nouvelle taxe à l’importation de 34% s’ajoutant aux 20% de droits de douane additionnels déjà en place par Washington.

Les marchandises de l’UE prendront 20% de taxes. Les taux ont été fixés à 24% pour le Japon, 26% pour l’Inde ou 46% pour le Vietnam.

La taxe généralisée de 10% entrera en vigueur le 5 avril à 04H01 GMT et les droits de douane majorés le 9 avril.

«Solution négociée»

Les réactions oscillent entre appels au dialogue et menaces de bras de fer, personne n’ayant pour le moment annoncé de riposte claire.

Berlin a déclaré jeudi soutenir l’Union européenne dans sa recherche d’une «solution négociée» avec Washington, Paris a dit prévoir dans l’éventuelle riposte européenne en cours de négociation «d’attaquer les services numériques», tout en planifiant de réunir jeudi les représentants ses filières les plus touchées.

Tendant la main aux Américains, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a assuré qu’il n’était «pas trop tard» pour négocier mais aussi que l’UE était «prête à réagir».

Si certains pays ont appelé à la retenue et au dialogue avec Washington pour éviter l’escalade, d’autres ont vertement critiqué la politique américaine.

Pékin a exhorté Washington à «annuler immédiatement» ces droits de douane, tout en appelant au «dialogue» face au risque de «péril (pour) le développement économique mondial», selon le ministère du Commerce.

Le gouvernement japonais a estimé que l’allié américain pourrait avoir enfreint les règles de l’OMC et leur accord bilatéral. L’Australie a dénoncé un «geste qui n’est pas celui d’un ami».

Pour Maurice Obstfeld, économiste du Peterson Institute for International Economics (PIIE), il s’agit d’une «déclaration de guerre à l’économie mondiale», d’autant plus que la fixation des niveaux de taxes pose question sur la méthode employée.

Ces surtaxes sont censées répondre aussi aux barrières dites «non tarifaires», par exemple des normes sanitaires ou environnementales.

La Maison Blanche a fait savoir mercredi soir que certaines catégories n’étaient pas concernées: lingots d’or, produits pharmaceutiques, semi-conducteurs, cuivre, bois de construction, produits énergétiques ou encore minéraux introuvables sur le sol américain

Pas trace en revanche de la Russie ni de la Corée du Nord au motif, selon un responsable américain, qu’elles ne sont plus des partenaires commerciaux significatifs.

Gare aux pays tentés par une surenchère: «Détendez-vous, encaissez le coup (...). Car si vous ripostez, il y aura une escalade», a déjà averti le ministre des Finances Scott Bessent.

Ni le Mexique ni le Canada n’apparaissent sur la nouvelle liste. Signataires d’un accord de libre-échange avec les Etats-Unis, ils relèvent d’un autre régime.

Mais ils vont encaisser comme le reste du monde les 25% de taxes additionnelles sur les voitures fabriquées à l’étranger qui est entrée en vigueur jeudi matin.

Les nouveaux droits de douane «ne feront que des perdants», a d’ailleurs critiqué l’industrie automobile allemande.

«Garder la tête froide»

Donald Trump a par ailleurs déclenché des taxes sur les importations d’acier et d’aluminium, ce qui entraînera «des contre-mesures», a déclaré le Premier ministre canadien Mark Carney.

Le Royaume-Uni, qui négocie un traité commercial bilatéral, sort relativement épargné, avec un taux plancher de 10%, mais ces sanctions américaines auront «un impact» sur l’économie britannique, a reconnu jeudi le Premier ministre Keir Starmer.

L’industrie chimique allemande, dont les Etats-Unis sont le premier marché d’exportation, a appelé l’UE à «garder la tête froide».

Donald Trump présente les droits de douane comme une baguette magique capable de réindustrialiser le pays, de rééquilibrer la balance commerciale et d’éponger le déficit budgétaire.

Le chef de file des sénateurs démocrates Chuck Schumer a assuré que l’offensive protectionniste allait «coûter plus de 6.000 dollars par an à un ménage américain moyen», sous forme de hausse du prix des produits importés.

 

La Suisse bien plus sévèrement touchée que l’UE

Donald Trump a annoncé ce mercredi des droits de douane de 31% sur les importations en provenance de Suisse, de 50% plus élevés que ceux visant désormais l’Union européenne (20%).

Ces taxes sont en réponse à des tarifs douaniers de 61% perçus par la Suisse sur les produits américains, selon un tableau présenté par le président Trump lors d’un discours très attendu dans les jardins de la Maison Blanche.

 

economiesuisse souhaite des négociations rapides

L’organisation economiesuisse appelle le Conseil fédéral à négocier rapidement des solutions avec le gouvernement américain suite à l’annonce de droits de douane de 31%. Pour l’économie exportatrice suisse, c’est «un coup dur», réagit la Fédération des entreprises suisses.

Les droits de douane américains sur les importations de Suisse sont «nuisibles et injustifiés», écrit economiesuisse dans une prise de position publiée dans la nuit de mercredi à jeudi. L’organisation appelle le Conseil fédéral à clarifier rapidement la situation avec les États-Unis.

L’escalade actuelle de la politique commerciale pèse lourdement sur l’industrie exportatrice suisse. Les nouveaux droits de douane américains rendent les exportations suisses plus chères, affaiblissent la compétitivité des entreprises et pèsent sur le climat d’investissement, écrit la faîtière. Et ce «à un moment où les perspectives d’exportation sur d’autres marchés sont déjà assombries».

«Une nouvelle escalade du conflit commercial doit absolument être évitée», prévient economiesuisse. La faîtière demande au Conseil fédéral et à la diplomatie économique suisse d’agir rapidement pour trouver des solutions à la table des négociations avec le gouvernement américain.

Investissements
Avec environ 53 milliards de francs (or exclu), les États-Unis sont le principal marché d’exportation de la Suisse, devant l’Allemagne, rappelle l’organisation. Après les industries technologiques suisses qui souffraient des droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium, les droits de douane réciproques affectent directement les exportations américaines de nombreux secteurs suisses.

La Suisse est aussi un partenaire économique de premier plan, souligne economiesuisse: elle est le sixième investisseur étranger et occupe la première place en matière de recherche et développement. Les entreprises suisses génèrent environ 400’000 emplois aux États-Unis, avec un salaire moyen d’environ 130’000 dollars. La Suisse applique en outre une TVA très basse et n’a pas introduit de mécanisme de compensation des émissions de CO2.

Les nouveaux tarifs excluent, entre autres, les exportations d’acier et d’aluminium (déjà soumises à 25%). Les produits pharmaceutiques ne sont pas concernés selon le décret signé le 2 avril.

A lire aussi...