Donald Trump s’apprête à généraliser mercredi sa bagarre commerciale avec de nouveaux droits de douane mondiaux censés inaugurer un «âge d’or» de l’Amérique, mais qui pourraient coûter cher aux ménages américains autant qu»aux petits patrons japonais ou aux chauffeurs routiers mexicains.
«C’est le jour de la libération en Amérique», a lancé le président américain mercredi sur son réseau Truth Social, tandis que la teneur de son offensive protectionniste reste mystérieuses.
«Ce n’est pas le jour de la libération. C’est le jour de la récession», a répliqué le chef de file des élus démocrates à la chambre des représentants, Hakeem Jeffries.
Le chef d’Etat de la première puissance économique mondiale doit détailler ses nouvelles taxes à 16H00 heure locale (20H00 GMT) à la Maison Blanche, juste après la fermeture de la Bourse de New-York, aussi indécise mercredi que les grandes places européennes.
Plusieurs options circulent dans la presse. Les Etats-Unis imposeront-ils une taxe unique de 20% sur toutes les importations? Ou des droits de douane variables selon les pays de provenance des marchandises?
L’impact pourrait être phénoménal.
En 2024, les importations des Etats-Unis ont atteint quelque 3.300 milliards de dollars, un montant supérieur au Produit intérieur brut de la France.
«Ce ne sera pas bon»
«Ca ne sera pas bon pour ceux qui imposent des droits de douane ni pour ceux qui ripostent», a assuré mercredi la dirigeante de la Banque centrale européenne Christine Lagarde.
Tetsuya Kimura, un petit patron japonais, a un message sans ambiguïté pour Donald Trump: «Laissez-nous tranquilles», a fulminé auprès de l’AFP ce dirigeant d’un sous-traitant automobile.
«Nous ne volons rien à personne. Nous travaillons pour nos familles tout comme ils travaillent pour les leurs», a témoigné Alejandro Espinosa, pendant qu’il attendait de franchir avec son camion la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis.
Le président républicain de 78 ans a semé le doute en assurant lundi qu’il serait «très gentil» avec les partenaires commerciaux des Etats-Unis, pourtant accusés de «dépouiller» l’Amérique.
Face à cet interlocuteur imprévisible, Londres n’entend pas «se précipiter» pour riposter, a dit la ministre des Finances britannique Rachel Reeves, rappelant que l’enjeu pour les Britanniques était de conclure «un bon accord» bilatéral avec les Etats-Unis, permettant d’échapper aux taxes douanières.
De son côté, l’Union européenne promet de répliquer «avant la fin du mois d’avril», a dit la porte-parole du gouvernement français.
Au Mexique, particulièrement vulnérable puisque plus de 80% de ses exportations partent aux États-Unis, la présidente Claudia Sheinbaum se garde de chercher d’emblée l’affrontement: «Nous avons choisi d’attendre de voir ce qu’ils présenteront et nous continuerons par ailleurs à dialoguer».
Marchandage
Donald Trump présente les droits de douane comme une baguette magique capable de réindustrialiser le pays, de rééquilibrer la balance commerciale et d’éponger le déficit budgétaire.
Fasciné par le protectionnisme en vigueur aux Etats-Unis à la fin du XIXème siècle et au début du XXème, Donald Trump, élu sur une promesse de faire baisser le coût de la vie, a jusqu’ici balayé les risques d’inflation pointés par les économistes.
Lesquels sont nombreux à juger illusoire sa vision d’une Amérique auto-suffisante dans l’économie mondialisée du XXIème siècle, avec ses chaînes de production éclatées dans plusieurs pays.
«L’idée d’un constructeur automobile américain n’utilisant que des pièces américaines est une fiction» commente Dan Ives, du cabinet de recherche Wedbush Securities.
Jeudi, à 04H01 GMT, Washington prévoit également d’imposer 25% de taxes additionnelles sur les voitures fabriquées à l’étranger, ainsi que les pièces détachées.
Depuis son retour à la Maison Blanche, le républicain a déjà augmenté les droits de douane sur des produits venant de Chine, de même que tout l’acier et l’aluminium entrant aux Etats-Unis.
Mais il a aussi fait marche arrière sur certaines menaces commerciales spectaculaires. Les dirigeants étrangers espèrent donc qu’une fois passé le choc de l’annonce mercredi, le marchandage pourra commencer avec l’ancien promoteur immobilier, auteur d’un livre appelé «L’art du deal».