Le marché semble flirter avec un coup de 100.
100 dollars le baril de Brent? Une blague début juillet, l’or noir évoluait alors à 70 dollars, ce matin il traite à 99,75 dollars et le marché ne semble regarder plus que cela. Cette flambée renchérit l’essence, pèse sur la consommation et les entreprises industrielles, tout en ravivant les craintes inflationnistes. La poursuite du conflit entre les États-Unis et l’Iran limite fortement le trafic dans le détroit d’Ormuz, où transitent actuellement six millions de barils par jour, contre vingt millions avant la guerre. HSBC relève sa prévision moyenne du Brent de 80 à 90 dollars, tandis que Bank of America envisage une fourchette de 95 à 120 dollars si les perturbations persistent, voire un pic à 150 dollars en cas d’aggravation du conflit. Notons au passage que cette situation ne fait pas que des malheureux, les producteurs en profitent en plein (d’essence), le secteur énergétique du S&P500 (SPX) progresse de plus de 40% cette année. Dans les faits le passage de 99 à 100 dollars le baril de Brent n’aurait en soit qu’un faible impact économique, mais son retentissement médiatique pourrait modifier les anticipations d’inflation des ménages, jusqu’ici relativement contenues. Si les consommateurs commencent à prévoir une hausse durable des prix, les salariés pourraient réclamer des augmentations de salaire, alimentant des effets inflationnistes de second tour. Ce scénario inciterait les banques centrales à maintenir une politique monétaire plus restrictive et exercerait une pression supplémentaire sur les obligations.
Alors certes il y a beaucoup de conditionnel ici, mais le marché est ainsi fait qu’il est obligé de se projeter, or le segment de la dette gouvernementale est actuellement tendu comme rarement, notamment aux Etats-Unis où le rendement du 10 ans teste le niveau de 4,80% depuis le 1er septembre, un peu comme une armée s’attaquant à la porte d’un château fort au bélier, à force cela casse. Et si ça casse un tapis rouge technique devrait se dérouler jusqu’à 5%. Le niveau est important, la vitesse du mouvement probablement encore plus.
La hausse du cours de l’or noir est alimentée par le conflit au Moyen-Orient qui ne faiblit pas, bien au contraire. Par ricochet elle pousse les rendements obligataires vers le haut tout comme les craintes d’inflation. Or les banques centrales sont sur le point de s’emparer de la scène financière dès demain avec la BCE (le marché prédit 100% de probabilités d’une hausse de 0,25%), puis la semaine prochaine nous aurons la Fed mercredi soir (58% de prévisions d’une hausse), l’étape monétaire la plus importante et probablement la plus indécise, raison pour laquelle la publication de l’indice des prix à la consommation de ce vendredi revêt une importance rare. Le 18 septembre ce sera le tour de la Banque du Japon de probablement relever ses taux (97% prévus) puis la BNS annoncera sa décision le 24 septembre, probablement la seule parmi les principales banques centrales en mode neutre, voire colombe.
C’est dans ce contexte de banques centrales globalement restrictives que Wall Street revient manifestement déprimée des Hamptons. Le breadth du jour (le nombre de titres clôturant en hausse par rapport à ceux en baisse) est nettement négatif, l’indice S&P500 équipondéré (SPW) perd 1,08% contre 0,58% de repli au SPX, la grande majorité de l’armée reste en plaine hier, seul l’indice SOX (semi-conducteurs) parvient à remonter le courant vendeur et progresser de plus de 1%, il termine sa séance juste en-dessous de ses moyennes mobiles à 50 et 100 jours, en revanche une death cross guette à court terme. Le podium du jour du SPX se compose de l’énergie, des utilities et de l’immobilier, seuls secteurs à clôturer dans le vert hier, la tech recule légèrement, son repli est amorti par le SOX. La volatilité reste au tapis, la saisonnalité est mauvaise, ce matin on perd une dizaine de degrés, l’automne s’immisce lentement mais surement dans les esprits boursiers, m’est avis que les salles de marchés pourraient rester plutôt calmes jusqu’à vendredi début d’après-midi (CPI), à moins que le cours de l’or noir n’accélère le mouvement.
Le secteur pharma est mis en lumière bien malgré elle par Novartis hier, dont l’action chute de 10,89%, entrainant le SMI avec celle. Il s’agit de la plus forte baisse du titre en six ans, à la suite de l’échec en phase 3 du del desiran contre une maladie musculaire. Ce revers intervient après celui du traitement cardiovasculaire pelacarsen et l’arrêt récent d’autres essais, fragilisant les perspectives de croissance du groupe après 2030. Le del desiran était considéré comme l’actif le plus prometteur acquis lors du rachat d’Avidity pour 12 milliards de dollars et son approbation paraît désormais improbable sans une nouvelle étude. Vontobel abaisse son objectif de 128 à 125 francs et parle d’un revers majeur, Morgan Stanley conserve sa recommandation positive avec un objectif de 135 francs mais juge désormais très improbable un relèvement des prévisions, tandis que Jefferies reste neutre à 110 francs et estime que la valorisation élevée du titre pourrait être remise en question. JPMorgan se montre plus optimiste, considérant que le succès du remibrutinib dans la sclérose en plaques pourrait compenser cet échec. Novartis maintient pour l’instant son objectif de croissance annuelle des ventes de 5% à 6% entre 2025 et 2030. L’échec de l’étude finale de Novartis pèse sur l’ensemble du secteur. Les analystes y voient un signal négatif pour les médicaments reposant sur un mécanisme similaire, notamment l’olpasiran d’Amgen (AMGN -10%), même si les différences entre les programmes ne permettent pas de tirer une conclusion définitive.
L’or se maintient autour de 4400 dollars l’once. La relique barbare est tiraillée entre une géopolitique anxiogène qui lui apporte du soutien et des rendements obligataires tendus qui mettent en lumière le coût d’opportunité de détenir du métal jaune. Au chapitre des monnaies, ce matin le dollar recule légèrement contre l’euro, la paire traite à 1,1639 et tente de repasser au-dessus de sa 200 jours. Au Japon le yen n’en finit pas de grimper, la paire USD/JPY cote 153.30, prochain niveau à tester 152,10, c’est le bas en séance du 27 janvier.
Rien de bien consistant à se mettre sous la dent au menu macro-économique de ce mercredi.
Inditex, propriétaire de Zara, fait état de ventes encourageantes en août mais le titre perd 3.2%, tandis que Volkswagen étudie un partenariat avec JSW en Inde. ASML obtient le soutien des principaux fabricants de puces pour sa nouvelle génération d’équipements et GSK lève 6,5 milliards de dollars afin de financer l’acquisition de Nuvalent. Meta lance un agent d’intelligence artificielle capable d’effectuer certaines tâches de manière autonome et Intel envisage une nouvelle hausse de 10% du prix de ses processeurs pour ordinateurs. Le projet de centres de données d’Alphabet et Blackstone prend du retard, tandis que Chevron prévoit de doubler ses plateformes de forage au Venezuela et Citigroup prépare des paiements internationaux utilisant la blockchain au Japon. Northrop Grumman remporte par ailleurs un contrat de 4,8 milliards de dollars avec l’armée américaine, SoftBank envisage une émission obligataire de 20 milliards et Saudi Aramco suspend plusieurs installations après de nouvelles attaques des Houthis.
Le sentiment de marché évolue dans deux directions opposées en Asie. L’enthousiasme persistant pour l’intelligence artificielle soutient les fabricants de semi-conducteurs et permet au Kospi sud coréen de gagner plus de 1%, mais l’escalade du conflit au Moyen Orient limite l’appétit général pour le risque. Après la destruction de cinq pétroliers iraniens par les forces américaines, Téhéran riposte contre des navires américains et des pétroliers dans le golfe Persique, ainsi que contre la base aérienne jordanienne d’Al Azraq. Tokyo égare 0,19% à la cloche, Hong Kong rend 0,24%, Shanghai monte de 0,28% Séoul progresse de 1,4% et le Nifty50 rend 0,34%. Le future SPX et son compère du NDX progressent légèrement tandis que l’Europe perd 0,6% dans les premiers échanges, elle est concernée de près par le prix de l’énergie qui augmente.
Apple doit présenter ce soir l’iPhone Duo, son premier smartphone pliable et sa plus importante évolution de design depuis près de vingt ans. Proposé à partir de 2000 dollars et jusqu’à environ 3000 dollars selon la capacité de stockage, il permettra d’utiliser plusieurs applications simultanément et intégrera la puce A20 Pro, deux appareils photo de 48 mégapixels ainsi que la compatibilité avec l’Apple Pencil. Le groupe dévoilera également les iPhone 18 Pro et Pro Max, dotés d’importantes améliorations photographiques, d’une meilleure autonomie et d’un prix relevé de 100 dollars, ainsi que de nouvelles Apple Watch davantage axées sur le suivi de la santé et des AirPods 5 offrant une réduction du bruit améliorée. Cet événement très attendu marquera surtout la première apparition de John Ternus comme directeur général, après son remplacement de Tim Cook le 1er septembre, et devra convaincre que le nouveau patron peut préserver la croissance d’Apple tout en relançant son image d’innovateur.
Chez Samsung on est plié de rire, le Galaxy Fold est commercialisé depuis 2019.