LEM International est spécialiste des technologies de détection et mesure de courant. L’entreprise genevoise a réalisé une rentabilité élevée jusqu’à l’exercice 2023-24. Son cash-flow libre (free cash-flow) annuel a ainsi atteint en moyenne 40 millions de francs sur dix ans. Puis LEM a connu une baisse considérable de ses affaires, ce qui s’est traduit par une chute brutale du cours de l’action, en raison d’une conjoncture moins bonne et de nouveaux obstacles, politiques et économiques, mis en travers du développement durable et de la décarbonation.
Une reprise des commandes, encore fragile certes, a eu lieu au premier trimestre 2025-26 (d’avril à fin juin). LEM continue d’innover et d’optimiser son organisation en étant mieux ancrée localement et davantage en symbiose avec sa clientèle, notamment en Chine où environ 40% du chiffre d’affaires sont enregistrés. Les Amériques représentent un peu plus de 11% du chiffre d’affaires. Les dernières évolutions sont encourageantes, malgré la guerre commerciale, et préfigurent un redressement de LEM et de sa capitalisation boursière. Celle-ci avoisine aujourd’hui 550 millions de francs.
LEM employait à fin juin 1702 personnes dans 17 pays, dont plus de 180 à Genève. Elle a conclu en 2023 une collaboration avec le groupe japonais de composants japonais TDK, qui a racheté en 2016 Micronas, le fabricant de capteurs électroniques pour l’industrie automobile, et qui était coté en Bourse suisse. Allnews fait le point avec le CEO de LEM, Frank Rehfeld.
Le cours de l'action LEM a rechuté de près de 50% depuis la publication des résultats du premier trimestre 2025-26. Comment l'expliquez-vous?
Les anticipations des investisseurs étaient sans doute trop élevées, alors que le contexte économique s’avère très incertain et la visibilité réduite, avec un report de décisions d’investissement de la part de clients. Les incertitudes prédominent eu égard à l’impact global des droits de douane américains, en particulier pour nos clients chinois qui exportent. Sans oublier l’appréciation du franc suisse vis-à-vis des devises de nos principaux marchés, ce qui a un impact notable sur notre chiffre d’affaires exprimé en francs.
Pourtant les entrées de commandes ont rebondi au premier trimestre de l’exercice en cours, spécialement dans les régions Chine ainsi qu’EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique). LEM a regagné en compétitivité dans le segment de l’automobile et a augmenté sa force de frappe ainsi que ses parts de marché.
En particulier en Chine où s’exerce une pression intense sur les prix?
C’est le cas, en ayant accentué notre proximité avec la clientèle pour gagner des nouveaux projets, en innovant et en y étant plus productifs. Avec une adaptation de notre organisation aux nouvelles réalités de ce marché. Nous sommes plus rapides, nous avons réduit considérablement le temps entre le commencement et la réalisation d’un projet.
LEM dispose désormais de plus fortes capacités régionales, qui accentuent notre présence internationale, entre autres à Pékin, notre site de fabrication le plus important, et à Penang en Malaisie où se situe notre second centre de production ultramoderne en Asie. Nous produisons environ 60% de notre volume en Asie et où LEM se révèle très bien placée.
Quoi qu’il en soit, nous devons offrir les meilleurs produits et solutions, tout en miniaturisant davantage et en abaissant nos coûts d’exploitation pour devenir plus avantageux. En ayant un temps d’avance sur la concurrence. Nous y travaillons sans relâche, en ayant une organisation plus flexible et efficiente.
La marge brute est tombée au-dessous de 40% au 1er trimestre de l’exercice en cours. Pensez-vous la rétablir?
Nous estimons que c’est possible en étant meilleurs que nos concurrents. Nous devons à la fois améliorer notre marge brute et diminuer nos frais d’exploitation. A ce sujet, nous comptons réaliser des économies de coûts annuelles d’environ 35 millions de francs dès l’exercice 2026-27, réparties entre les coûts de personnel et d’autres frais opérationnels.
«Le marché électronique est avant tout asiatique avec une part mondiale de 60%.»
Vous avez annoncé une réduction d’environ 150 postes de travail. Aura-t-elle lieu principalement à Genève?
Tous les sites sont concernés, mais l’Europe, qui inclut Genève, plus que d’autres. Nous créons aussi des emplois, particulièrement dans la recherche et développement (R&D) en mettant l’accent sur l’Asie. A cet égard, nous avons augmenté notre capacité à innover avec l’ouverture de deux pôles de R&D à Munich et à Shanghai. Le site de Munich se focalise sur sur la conception de circuits intégrés spécifiques à une application (Asic) et la technologie des semi-conducteurs pour accélérer l’innovation de LEM dans le domaine des capteurs intégrés (ICS).
Ces deux pôles permettent de concevoir des capteurs et solutions de plus en plus intelligents et d’avoir justement des bases de développement plus proches de nos clients. N’oubliez pas non plus que le marché électronique est avant tout asiatique avec une part mondiale de 60%. Le siège de Genève se concentre sur la stratégie d’entreprise et l’innovation. En Europe, LEM dispose par ailleurs d’un site de R&D à Lyon ainsi que de capacités de fabrication et R&D à Sofia.
Cela signifie-t-il que LEM retrouvera à terme une marge d’exploitation d’au moins 15% ou un bénéfice net de l’ordre de 40 millions de francs?
Oui, ces chiffres sont réalistes. Sans oublier le fait que LEM n’est pas intense en capital.
A quel horizon?
Pour l’heure, nous restons prudents car nous ne prévoyons pas dans l’immédiat une amélioration significative du climat général des affaires, et ce en dépit d’une tendance positive de nos entrées de commandes dans nos différents segments, hormis celui des énergies renouvelables.
Indépendamment des impondérables actuels, dont la guerre commerciale menée par le président américain Donald Trump, nous devons continuer d’aller de l’avant, de manière rationnelle, et ainsi affermir notre modèle d’affaires.
N’êtes-vous pas trop prudents après avoir été trop optimistes?
Nous nous sommes montrés trop optimistes à l’égard de la rapidité du développement durable sur la base des engagements pris à l’échelle mondiale. Cependant, la décarbonation de l’économie et l’électromobilité sont incontournables à moyen et long terme. LEM apparaît comme un vrai investissement durable.
Quelles sont les plus grandes chances de LEM?
LEM est bien positionnée dans des technologies du XXIe siècle, telles que l’électrification, les énergies renouvelables, l’e-mobilité, l’efficience énergétique et l’automation. Ces technologies revêtiront une importance toujours plus grande, notamment au regard du dérèglement climatique irréfutable et malgré les aléas et vents contraires actuels.
«La miniaturisation croissante a fait surgir des concurrents de l’industrie des semi-conducteurs.»
Et les plus grands risques?
Ceux de l’impact global des tarifs douaniers américains qui causent de l’incertitude sur tous les marchés clés. Ainsi que les reculs et les oppositions politiques sur le plan de l’électromobilité et de la décarbonation de l’industrie.
Sans oublier l’accroissement du savoir-faire technologique de la Chine et l’apparition ainsi de nouveaux concurrents chinois dans nos métiers. Le contexte change. Il y a dix ans, nos plus gros concurrents étaient japonais, tels Tamura et Koshin, ou bien Vacuumschmelze en Allemagne. Entre-temps, la miniaturisation croissante a fait surgir des fabricants de l’industrie des semi-conducteurs.
Quelle est l’importance de la coopération avec le groupe Japonais TDK?
Cet accord concerne le développement conjoint de capteurs de courants intégrés, qui sont plus rapides et plus précis, basés sur la technologie Tunnel Magneto Resistance (TMR), pour répondre à la future demande dans les applications d’électrification, en combinaison avec une compacité et une compétitivité des coûts accrues, à la fois dans les secteurs de l’automobile et de l’industrie.
Où voyez-vous LEM dans dix ans?
Nous avions précédemment en point de mire un chiffre d’affaires de 600 millions de francs pour 2027-28. Toutefois, cela nécessitera, à l’évidence, plus de temps que prévu pour atteindre ce niveau. Sans doute pas avant 2029-2030.