La numérisation va transformer les banques, pas les supprimer

Yves Hulmann

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Selon l'ASB, 54% des Suisses pensent que les banques existeront encore dans 20 ans mais sous une forme très différente. Le point avec Jörg Gasser.


Jörg Gasser, CEO de l’Association suisse des banquiers (ASB). ©Keystone

Jörg Gasser, directeur depuis mai de l’Association suisse des banquiers (ASB), a qualifié mardi ses débuts dans sa nouvelle fonction de «tout à fait positifs», à l’occasion de l’une de ses premières apparitions devant les médias dans ce rôle. Les résultats d’un sondage publié cette semaine à propos de l’opinion des Suisses au sujet des banques helvétiques ne peuvent être qu’encourageants: dans cette enquête effectuée auprès de quelque mille personnes, près de six Suisses sur dix ont une opinion «très positive» (7%) ou «positive» (51%), tandis que la part des avis négatifs se limite à 13% (11% de «négative» et 2% de «très négative»). Ces niveaux n’avaient plus été atteints depuis 2007, soit juste avant l’éclatement de la crise financière.

Un plus grand nombre de personnes pensent désormais
que les banques seront perdantes de la numérisation.

Outre les questions en rapport avec l’image de la branche, l’«Enquête d’opinion 2019 sur les banques en Suisse» fournit aussi des indications sur différents thèmes d’actualité spécifiques, notamment ceux liés à la numérisation. 

Numérisation: la sécurité reste la première inquiétude

En matière de numérisation, les aspects liés à la sécurité restent le premier facteur d’inquiétude pour les personnes interrogées – et les opinions à ce sujet ont peu évolué en deux ans. Parmi les sondés, 30% des personnes interrogées pensent que leurs avoirs sont davantage en sécurité grâce à la numérisation (27% en 2017), tandis que 44% d’entre elles (45% en 2017) pensent que leurs avoirs sont moins en sécurité.

A la question de savoir qui seront les gagnants et les perdants de la numérisation, les sondés sont moins nombreux qu’il y a deux ans à penser que les banque en ressortiront gagnantes (56% contre 65% en 2017). A l’inverse, un plus grand nombre de personnes pensent désormais que les banques seront perdantes de la numérisation (18% contre 14% en 2017).

Les «néo banques» restent peu connues 

Seule certitude aux yeux des sondés, il y aura encore des banques en Suisse dans vingt ans – mais sous une autre forme. En effet, plus du tiers des sondés (35%, contre 40% en 2017) estime qu’il y aura encore des banques dans vingt ans «sous une forme similaire», alors que 56% (49% en 2017) anticipent que les banques existeront toujours «mais sous une forme très différente». 

Les personnes sondées anticipent que les banques normales
continueront à jouer un rôle dominant.

Quant à savoir ce que les sondés pensent des nouveaux acteurs tiers qui entrent sur le marché des services financiers, parfois décrits sous le terme de «néo banque», le sondage ne fournit pas directement de réponse à ce sujet, relève Silvan Lipp, responsable de la communication et des affaires publiques à l’ASB. «Nous n’avons pas d’indications allant dans le sens que les sondés s’attendent à ce que ces nouveaux acteurs évincent complètement les banques classiques du secteur financier. Au contraire, ils anticipent plutôt que les banques normales continueront à jouer un rôle dominant dans ce secteur», ajoute-t-il.

Evolution plutôt que révolution

Norman Karrer, partenaire auprès de la société de conseil zeb, observe que les «trends en matière de numérisation sont plus évolutionnaires que révolutionnaires». Néanmoins, la «pression due à la transformation numérique sur les banques est élevée», observe l’expert qui s’exprimait aussi dans le cadre du séminaire destiné aux médias de l’ASB mardi à Berne. 

Des «écosystèmes» se mettent en place autour d’une prestation donnée.

Sur trois continents, on a vu apparaître des acteurs extérieurs au secteur qui entrent directement en concurrence avec les banques classiques. Aux Etats-Unis, cette concurrence émane avant tout de Google et des «big tech», avec par exemple l’application de paiement Apple Pay. En Europe, quelques «néo banques», comme la britannique Revolut ou l’allemande N26, se font une place dans les services de banque de détail. En Chine, Alipay est un acteur clé dans les paiements. 

Par ailleurs, Norman Karrer observe aussi l’apparition d’«écosystèmes» qui se mettent en place autour d’une prestation donnée, par exemple l’habitat, souvent dominés par une poignée de plateformes. Celles-ci vont ensuite chercher les services dont elles ont besoin auprès de différents prestataires, par exemple auprès des banques lorsqu’il s’agit de financer des hypothèques. «Si les banques ne parviennent pas à se placer au centre de tels écosystèmes, elles risquent d’être reléguées au rang de fournisseur de produits ou de services», avertit le consultant.