Et si le prix des machines arrêtait de baisser?

Valérie Plagnol, Vision & Perspectives

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Le monde a besoin d’investissements en machines et équipements. Resteront-ils toujours aussi disponibles et bon marché?

Depuis trente ans, les prix des machines et des équipements, n’ont cessé de baisser. La révolution technologique est bien sûr à l’origine de cette formidable tendance. Mais ce n’est pas tout. Ce serait même oublier que l’internationalisation des échanges et l’abaissement général des droits douanes ont aussi largement contribué à la diffusion de la baisse de prix, et par là même de l’investissement. Selon une étude du FMI1, depuis le début des années 90 et par rapport au niveau général de prix, les équipements et machines ont vu les leurs se réduire en moyenne de plus de 60% pour les pays développés et de plus de 40% dans les économies émergentes. Parmi eux, les matériels informatiques  et les télécom ont le plus sensiblement reculé (90% et 60% respectivement), sans compter les formidable progrès intégrés.

Les progrès de la technologie nous sautent aux yeux. Nous en avons même la preuve chaque jour jusque dans nos poches. Ce que révèle l’étude du FMI, c’est l’importance de l’intégration du commerce mondial comme facteur d’abaissement des prix, de diffusion des technologies et des investissements. Ainsi, une hausse de 1% de la part des importations dans le PIB d’un pays, induit une baisse du prix des équipements de 0,5 points. Une hausse de 1% de la productivité du travail induirait, quant à elle, une baisse de 0,3 points des prix à la production. Une baisse de 1% des prix relatifs des équipements conduit ainsi à une augmentation à moyen terme de 0,8 points de la part des investissements dans le PIB du pays considéré.

La crise de 2008 a marqué une rupture nette tant
du côté de la R&D que de l’investissement.

L’internationalisation des échanges et l’intégration mondiale des chaînes de valeurs, l’accroissement de la concurrence sur le territoire national par l’ouverture des frontières, augmentent  la productivité et permettent une baisse substantielle des prix des équipements tandis que leur qualité ne cesse de progresser.

La baisse des prix des équipements les rend plus accessible, accroît l’investissement et bien sûr la compétitivité. La croissance des économies émergentes ces dernières années, leur rattrapage d’avec les économies avancées, viennent de cette formidable combinaison. Ajoutons aussi, sur la même période, la libéralisation des flux financiers et, ne l’oublions pas, l’émergence de la Chine parmi les grands fournisseurs mondiaux de biens d’équipements et de machines, avec les Etats-Unis, l’Allemagne, la France et le Japon. La concurrence plus intense entre producteurs a permis ces progrès. Pour les économies en développement, le Fonds a estimé que sur la période 2000 – 2011, la baisse des prix des équipements avait contribué pour un tiers à la croissance des investissements en volume.

La crise de 2008 a marqué une rupture nette tant du côté de la R&D que de l’investissement. Mais la tendance est restée intacte et, en termes réels, les investissements en équipements ont continué de croître. En revanche, la montée des tensions commerciales, le ralentissement durable des échanges comme de la productivité globale, de plus en plus perceptibles, menacent ces tendances.

On ne peut omettre l’ampleur des contraintes d’adaptation que ces nouvelles
technologies et les investissements font peser sur la force de travail.

Comme on l’a vu, d’importantes différences subsistent entre économies développées et pays émergents et à faibles revenus. Les coûts et les prix des investissements sont en moyenne supérieurs pour ces derniers du fait de la distance qui les séparent des points de fabrication, de la qualité des infrastructures d’accueil et des circuits de distribution des équipements importés, et plus encore par le maintien de barrières tarifaires en moyenne supérieures à celles d’autres pays. Il est donc encore possible de progresser par des politiques d’abaissement des barrières tarifaires qui soutiendraient l’investissement dans les pays concernés. Face aux tensions récentes, le FMI recommande aussi aux économies avancées de ne pas recourir à des guerres tarifaires qui n’auraient d’autres effets que de réduire encore leurs investissements par le renchérissement des prix, et d’affaiblir ainsi un peu plus leur potentiel de productivité et de croissance.

Il va de soi que, fort de sa démonstration, le FMI enjoint les pays développés comme les économies émergentes, de se garder de la mise en place de tarifs douaniers qui n’auraient pour effet que de ralentir encore les investissements en équipements. De même, il ne peut qu’encourager la poursuite de politiques publiques visant à promouvoir l’éducation, la recherche, l’entreprenariat privé et les transferts de technologies.
Un plaidoyer de plus pour un libéralisme débridé et sans frontières, diront ses détracteurs. La démonstration ne convaincra pas les plus réticents, sauf à pouvoir mesurer – mais avec retard – les manques et les inégalités qu’ils génèrent. Le processus d’ajustement, de transfert du travail et de désindustrialisation dans de nombreux secteurs peut s’avérer difficile et douloureux, les témoignages abondent. On ne peut omettre l’ampleur des contraintes d’adaptation que ces nouvelles technologies et les investissements font peser sur la force de travail. C’est pour cela que les politiques publiques doivent être centrées sur l’adaptation des travailleurs à ces nouveaux modes de production. La nouvelle révolution technologique vient après d’autres. La performance des économies et le bien-être dépendront aussi de la capacité des états à promouvoir l’ajustement des compétences, afin de  soutenir et aider la mobilité des travailleurs face à ces changements.

 

1 Selon les estimations du FMI dans sa dernière édition d’avril «World Economic Outlook»