Emprise de la guerre commerciale aux Etats-Unis

Marc Brütsch, Swiss Life Asset Managers

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Face aux incertitudes au Royaume-Uni, la croissance britannique devrait ralentir après un début d’année étonnamment dynamique.


©Keystone

Les Etats-Unis avaient brillamment commencé 2019. Face à la forte croissance inattendue du premier trimestre, nous avions, comme la plupart des analystes, relevé nos chiffres pour l’année pleine. Peut-être l’année avait-elle même trop bien commencé pour l’économie et les marchés d’actions américains, incitant le président Trump à se montrer plus exigeant dans son conflit commercial avec la Chine, dont l’escalade récente rend toute issue très difficilement envisageable à court terme – bien au contraire, car la situation pourrait encore dégénérer. En évaluer les conséquences économiques est extrêmement délicat. 

Les barrières non tarifaires, telles que celles prises contre Huawei,
accroissent l’incertitude en menaçant les chaînes logistiques.

Nous pensons que la hausse des droits de douane de 10 à 25% sur 200 milliards de dollars d’importations aura un impact direct limité sur l’économie américaine. Le coût additionnel pour les importateurs et les consommateurs des Etats-Unis est de l’ordre de 0,15%, une estimation haute sachant que la baisse du yuan et les concessions tarifaires des producteurs chinois allègeront la facture. Bien plus problématiques sont la mise à l’index d’Huawei et les mesures de rétorsion potentielles. De telles barrières non tarifaires accroissent l’incertitude en menaçant les chaînes logistiques. L’embellie du sentiment économique de mai pourrait donc cesser. Un renversement de la tendance d’accumulation des stocks du premier trimestre pourrait aussi entraver la croissance des prochains trimestres, ce qui conforte notre prévision de croissance de 2,4%, légèrement en-deçà du consensus.

L’inflation totale devrait s’installer non loin de 2% ces prochains mois, avec un effet de base des prix de l’énergie neutre à négatif à court terme, tandis que la faiblesse intrinsèque de l’inflation sous-jacente des biens contrebalancera l’accélération sous-jacente des prix des services. Ces effets seront sûrement temporaires et nous tablons sur une remontée de l’inflation totale et sous-jacente avec l’arrivée de 2020.

Nouveau chef, mêmes problèmes au Royaume-Uni

L’annonce de la démission du Premier ministre Theresa May n’ouvre qu’en apparence une nouvelle page de la saga du Brexit. Son successeur sera sans doute un Brexiteur issu des rangs conservateurs mais n’en affrontera pas moins les mêmes problèmes : premièrement, le Parlement, opposé à une sortie sans accord, et deuxièmement, une Union européenne qui ne devrait pas accorder de concessions significatives au Royaume-Uni. Impasse et incertitude resteront donc les maîtres-mots de l’été. 

L’inflation britannique surprend plutôt à la baisse
depuis le début de l’année.

Sans être notre scénario de base, un Brexit «dur» à l’échéance du 31 octobre est devenu plus probable. Ce risque pourrait se concrétiser en l’absence d’accord d’ici là et si l’UE refuse de prolonger le délai, ou si un Premier ministre radical défend une sortie brutale, nonobstant les appels du Parlement à négocier un délai supplémentaire. Le plus plausible actuellement serait un nouveau report, ce qui suppose la poursuite des incertitudes et un large éventail d’issues possibles, parmi lesquelles l’abandon du Brexit. Face à tant d’inconnues, la croissance économique devrait ralentir selon nous après un début d’année étonnamment dynamique, stimulé par un mouvement temporaire d’accumulation des stocks.

L’inflation britannique surprend plutôt à la baisse depuis le début de l’année. L’inflation totale, restée sous la barre des 2% au premier trimestre, est montée à 2,1% en avril, stimulée par une date de Pâques plus tardive qu’en 2018. Nous attendons une inflation d’environ 2% pour le reste de l’année. Elle pourrait se révéler supérieure suite au nouveau repli de la livre qui découle de l’échec des pourparlers du Brexit. L’inflation ne devrait toutefois pas préoccuper outre mesure la Banque d’Angleterre, qui maintiendra selon nous le statu quo tant que la question du Brexit ne sera pas réglée.