Pléthore d'inconnues au Royaume-Uni

Marc Brütsch, Swiss Life Asset Managers

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Atterrissage en douceur aux Etats-Unis mais le suspense dure autour du dénouement des relations entre l’UE et la Grande-Bretagne.


© Keystone

La Fed change les règles du jeu des marchés financiers et tire ainsi le dollar à la baisse. Du fait des conditions de financement plus accommodantes, le risque de récession semble faible. Comme les prévisions d’inflation nous semblent à présent excessivement basses, nous tablons sur une légère remontée des taux à long terme d’ici à la fin de l’année.

Les Etats-Unis connaissent un ralentissement graduel qui ramènera la croissance à son potentiel cette année, voire en dessous en 2020. Les derniers chiffres publiés confirmaient nos prévisions, sauf le rapport du marché du travail de février, qui dénotait une quasi-stagnation des créations d’emplois américaines et laissait craindre un tassement plus marqué. Pourtant, les statistiques d’emploi décevantes viennent surtout de facteurs temporaires, tel le blocage de l’administration ou les conditions climatiques. D’autres aspects du rapport étaient bien meilleurs qu’attendu, comme la chute du taux de chômage ou la nouvelle accélération de la hausse des salaires. Le contexte reste ainsi propice à la consommation, comme l’atteste le rebond des indices du moral des ménages, soutenu par les conditions de financement (baisse des taux hypothécaires, remontée des actions). Le revirement très accommodant de la réunion de mars de la Fed entretiendra sans doute ce climat très favorable et la consommation devrait donc rester dynamique. Comme ailleurs pourtant, l’industrie souffrira du tassement de la demande extérieure et de l’absence de signes annonçant une reprise de l’investissement intérieur.

Le risque d’un Brexit sans accord nous semble toujours limité
mais un accident politique à Westminster n’est pas exclu.

Notre prévision d’inflation pour 2019 a longtemps été en deçà du consensus pour finalement être rattrapée par les analystes. Les indices de prix décevants du début d’année pourraient peser sur nos prévisions, mais d’autres signes sont plus positifs : l’essentiel du rebond des prix du pétrole ne sera visible que dans l’inflation de mars, délai d’ajustement des tarifs à la pompe oblige, et la croissance des salaires s’est encore accélérée, ce qui augure fort d’une reprise de l’inflation sous-jacente au cours des prochains mois.

L’incertitude gagne au Royaume-Uni

Notre scénario de base pour les négociations du Brexit a toujours supposé qu’il y aurait un accord, mais aussi de nombreux points toujours en suspens au 29 mars. Le risque d’un Brexit sans accord nous semble toujours limité mais un accident politique à Westminster n’est pas exclu. Entre-temps, comme à l’heure où nous écrivons se déroule encore une nouvelle rencontre entre Theresa May et ses partenaires de l’UE, une prolongation des négociations apparaît comme l’issue la plus probable pour fin mars. Face à cette pléthore d’inconnues, la résistance de l’économie force l’admiration : selon les indices de surprise économique de Citigroup, le Royaume-Uni serait l’unique grand pays développé à afficher un solde de surprise économique positif net au cours du mois écoulé. Visiblement, l’imminence du Brexit avait incité le marché à un pessimisme excessif. Un rapport de l’Office national des statistiques britannique sur les dynamiques du PIB annonçait au contraire une croissance de l’économie de 0,5% en janvier 2019, son meilleur rythme mensuel depuis décembre 2016.

L’inflation globale est restée inférieure à 2% en février et l’inflation sous-jacente annuelle a surpris en tombant à 1,8%. La date tardive de Pâques cette année pourrait déformer les chiffres mensuels de l’inflation des deux prochains mois mais, une fois cette volatilité passée, l’indice des prix devrait fluctuer autour de 1,9% pour le reste de l’année. Ce niveau un peu inférieur à nos projections antérieures s’explique par le redressement récent de la livre. Un Brexit sans accord tirerait sans doute la monnaie britannique de nouveau à la baisse, avec une poussée inflationniste temporaire issue des importations. Inversement, la croissance constante des salaires pourrait induire une hausse de l’inflation si l’accord sur le Brexit finit par voir le jour.