Les principales places financières de chaque côté de l’Atlantique réalisent une semaine plutôt bonne malgré la forte remontée des rendements obligataires aux Etats-Unis. En parallèle le pétrole bouge dans tous les sens, pour rendre un peu moins de 2% sur la semaine tandis que le sommet Xi-Trump accouche d’une souris, mais là encore le marché des actions semble voir le verre à moitié plein. Les actions restent portées par le thème de l’IA, qui retrouve de l’allant grâce notamment à Muse, le nouvel agent de Meta, qui fait monter tout ce beau monde à l’étage supérieur. En parallèle les statistiques macro-économiques de la semaine décrivent une activité économique solide aux Etats-Unis, sur la partie manufacturière et des services (PMIs, indice de l’Université du Michigan). On semble donc accepter dans les salles de marchés que les banques centrales, Fed en tête, soient forcées d’adopter une approche plus restrictive ces prochains mois, c’est le prix à payer pour une économie en pleine forme mais risquant de faire s’envoler plus encore le niveau général des prix (la semaine passée les taux hypothécaires à 30 ans atteignent les 7% aux USA et le gallon de diesel est tout proche des 6,50 dollars).
C’est une ambiance moins festive que l’on retrouve sur les parquets de trading en ce lundi matin d’un été qui joue les prolongations. Donald Trump a refusé la proposition de l’Iran d’un cessez-le-feu de sept jours pour rouvrir le détroit d’Ormuz, les craintes d’un assèchement supplémentaire de l’offre d’or noir resurgissent assez logiquement et poussent le baril de Brent à 107,25 dollars, la résistance de 110 dollars est à nouveau en vue et surtout la tentative de milieu de semaine passée de casser les 100 dollars a avorté. Corolaire, les futures S&P500 (SPX) et Nasdaq100 (NDX) reculent de 0,5% respectivement 0,9%, pendant que le rendement du 10 ans US gagne 4 points de base à 5,20%. Le marché obligataire envoie un signal d’alerte ce matin: les hausses de taux à venir de la Fed pourraient freiner la croissance économique américaine, l’écart de rendement entre le 2 et le 10 ans US s’est réduit à 20 points de base, on recommence à parler d’inversion de la courbe des taux dans les salles de marchés (le 2 ans rendrait plus que le 10 ans), ce qui indiquerait que le marché de la dette s’attend à un ralentissement économique. La principale résistance du 2 ans US (actuellement à 4,90%) se situe dans la zone 5,00% - 5,04%. Le dollar est recherché, la paire eur/usd cote 1,1377, son prochain support se situe à 1,1325, c’est le bas en séance du 24 juin de cette année.
Dans un tel contexte, faisons un point sur les banques centrales et leurs postures respectives. Au Japon, le compte rendu de la réunion de juillet montre que la Banque du Japon pourrait augmenter ses taux plus vite que ne l’anticipent les marchés. Aux Etats-Unis, la Fed laisse entrevoir une hausse supplémentaire cette année et les Fed Funds prédisent désormais 70% de probabilités d’une hausse de 0.25% lors de la prochaine réunion du 28 octobre, il y a un mois on était à 18%. Au Royaume-Uni, deux responsables de la Banque d’Angleterre se rapprochent d’une hausse, tandis qu’en zone euro, la BCE n’exclut pas de rendre sa politique légèrement plus restrictive si les prix de l’énergie restent élevés. La banque centrale australienne devrait, elle, relever son taux de 0,25 point demain (93% de probabilités pricés dans le marché). L’OCDE renforce cette prudence: elle a revu à la hausse ses prévisions d’inflation pour presque toutes les économies du G20 et estime que les banques centrales pourraient devoir réagir à un nouveau choc énergétique. On le constate, la BNS mise à part (elle n’est ni pour ni contre, bien au contraire), les principales banques centrales du monde sont en phase de resserrement du robinet de la liquidité, un phénomène que les actions peuvent tolérer dans une certaine mesure car indiquant une activité économique dynamique, mais la patience n’est pas la principale vertu du joyeux royaume des actions.
En revanche l’accord entre Chinois et Américains de réduire les droits de douane sur certains produits ne peut faire de mal au sentiment. Ceci dit la liste des produits concernés vient d’être publiée, on y retrouve notamment des feux d’artifice, des assiettes, tasses soucoupes, bols à soupe, sucriers ou encore des boules de billard. Les puces électroniques ne sont pas mentionnées dans les comptes rendus de l’accord, ce qui ne signifie pas qu’elles en sont exclues à terme, mais indique tout de même que les réductions portent plutôt sur des biens jugés non sensibles (avec tout le respect dû aux joueurs de billard).
On jette un œil à la séance de trading de Wall Street de vendredi, qui ne nous apprend pas grand-chose si ce n’est que les volumes d’échanges fondent comme neige au soleil et que la volatilité se ratatine à nouveau, le VIX abandonne 5% à 14.87. La configuration technique des principaux indices n’évolue guère, le podium du jour du SPX se compose de la tech, des industrielles et des financières.
L’or recule assez fortement ce matin, l’once perd près de 3% à 4158$, pénalisée par le rebond marqué des rendements obligataires et la force du billet vert. Il faut probablement surveiller les achats des fonds passifs (ETF). Ces dernières semaines, ces fonds ont continué d’acheter de l’or alors même que son prix baissait. Ce soutien pourrait s’affaiblir si leurs achats ralentissent, ce qui augmenterait le risque d’une nouvelle baisse du cours. Au 25 septembre, les ETF avaient acheté, en net, 1,81 million d’onces depuis le début de l’année. Ils détenaient au total 100,7 millions d’onces, leur plus haut niveau depuis le 3 mars.
Au menu macro-économique de ce lundi, aux Etats-Unis, l’indice manufacturier de la Fed de Dallas sera publié à 16h30, puis Tom Barkin, de la Fed, prendra la parole à 19h30.
Armani discute de la vente d’une participation de 15%, notamment avec LVMH et L’Oréal. BASF confirme avoir approché Evonik en vue d’un rachat, sans certitude sur son issue. Roche obtient le feu vert de la FDA pour Gazyva dans le traitement d’une maladie rénale, tandis que Rio Tinto met en service avec Shougang une installation de captage du carbone en Chine. Aux Etats-Unis, Apple fait appel d’un verdict lui imposant de verser 5,7 milliards de dollars dans un litige sur des brevets; Meta est jugé responsable d’avoir trompé les utilisateurs de Facebook sur ses pratiques en matière de données; et Boeing signale une anomalie logicielle du 737 MAX touchant la navigation à l’atterrissage. La Chine envisagerait d’autoriser ByteDance et Alibaba à acheter certaines puces Nvidia. Enfin, Saudi Aramco étudierait une éventuelle cotation de sa division gazière, tandis que la filiale de semi-conducteurs de Sony impose le retour au bureau à 8’000 salariés.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse à part Hong Kong qui progresse de 0.63%. Tokyo abandonne 0.73% à la cloche, Shanghai perd 1.67%, Séoul recule de 2.7% et le Nifty50 égare 1.29%. Les principaux thèmes à suivre aujourd’hui sont le narratif autour d’Ormuz, qui donnera la direction au pétrole et donc au sentiment général de marché. En parallèle et directement lié à ce phénomène, le rendement du 10 ans US retiendra l’attention des intervenants, tandis que l’évolution du dollar reste importante, par tous les temps.
Cette semaine sur la partie macro le rapport sur l’emploi américain de vendredi sera le principal rendez-vous de la semaine: il influencera les attentes pour la réunion d’octobre de la Fed, avec des conséquences possibles pour le dollar face au franc et pour l’or. L’inflation en zone euro orientera, elle, les anticipations concernant la BCE et le cours de l’euro face au franc. Enfin, les indices PMI chinois seront suivis de près: la banque centrale chinoise a fixé un taux de référence du yuan nettement plus fort, ce qui soutient quelque peu les marchés asiatiques, même si la prudence domine encore.