Alors celle-là pas grand monde ne l’avait vue venir. Une tempête rare se lève hier sur le marché obligataire des Etats-Unis, qui refroidit passablement les ardeurs de taureaux ragaillardis depuis quelques séances, pas de quoi tout envoyer à la poubelle ceci dit, mais ce qui se produit hier nous rappelle une énième fois que le chemin qui mène au nirvana boursier est tout sauf un long fleuve tranquille.
Cela commence par une rhétorique agressive de la part d’un officiel iranien à la tribune de l’Onu, qui réveille le baril de Brent et le renvoie au-dessus de 100 dollars. Puis est publié l’indice préliminaire de septembre des directeurs d’achats aux Etats-Unis, qui crève littéralement le plafond sur la partie manufacturière et des services. Cet indice, connu des financiers sous l’acronyme PMI, est un indicateur avancé. Qui mieux que les directeurs d’achats des sociétés a une vue claire des perspectives de chiffre d’affaires d’une entreprise? Or le PMI d’hier nous informe que l’activité économique de la première puissance mondiale est à son plus haut depuis cinq ans, alors que les créations d’emplois sont les plus fortes depuis quatre ans. Troisième sujet «qui fâche» hier, des commentaires restrictifs du gouverneur de la Fed Michael Barr au sujet d’une inflation toujours trop élevée. Enfin une adjudication de bons du Trésor des Etats-Unis à 5 ans rencontre une demande à peine polie, là encore un facteur inquiétant pour les tenants de la dette US.
Le marché des Fed Funds prend acte de tout cela et prévoit désormais 3 voire 4 hausses de taux par la Fed d’ici à juin de l’an prochain. Le scénario monétaire glisse brutalement du côté faucon de la force donc, ce qui provoque une pression vendeuse rare sur le marché obligataire, soutient le dollar et fait vaciller les actions.
Plus forte hausse en plus d’une année du rendement du 10 ans US, qui évolue ce matin à 5.12%, son plus haut niveau depuis 2007. On constate en parallèle que la hausse des rendements observée depuis plusieurs mois n’a manifestement en rien ralenti l’activité économique du pays, même après avoir envoyé les taux hypothécaires et le prix du gallon de diesel au ciel, c’est dire. Le programme de rachat de bons du Trésor de Scott Bessent semble avoir au mieux un effet placebo sur la courbe bref, la Fed semble bien partie pour rester faucon un bon moment, dans un tel contexte la réaction plutôt mesurée du marché des actions est à noter.
Ce jeudi nous allons nous concentrer sur trois points principaux. Tout d’abord le marché obligataire, qui devrait souffrir un peu partout autour du globe, la courbe des taux US faisant probablement tache d’huile. Imaginez bien que le rendement moyen des emprunts d’Etat mondiaux est proche de 4%, un niveau inédit depuis 2007, cela devrait tester la capacité de résilience des actions. Aujourd’hui nous suivrons aussi le bulletin économique de la BCE, on tentera de déceler un éventuel durcissement de ton. Et bien sûr le sommet Trump / XI sera observé de près. La prolongation de deux mois de la trêve commerciale est confirmée, mais les discussions portent aussi sur l’intelligence artificielle, Taïwan, l’Iran et les terres rares, avec un potentiel important de volatilité. Enfin, les demandes initiales d’allocations chômage américaines et le compte courant du deuxième trimestre seront surveillés afin de mesurer si la vigueur économique qui a alimenté la hausse des rendements hier se confirme. La combinaison de taux élevés, d’un sommet géopolitique à fort enjeu et de statistiques américaines importantes promet donc une séance potentiellement bien sportive.
On jette un œil à la séance de trading de Wall Street d’hier soir, qui est plutôt calme. Les volumes d’échanges sont stables, la volatilité ne progresse que de quelques miettes, Thérèse Securities maintient ce matin son constat que tout cela est tout de même très (trop?) calme. Pas de casse majeure à constater sur la partie technique des indices d’actions, les mastodontes de la cote reculent pour la plupart avec un repli maximum de 4% et quelques gaulois qui résistent à l’envahisseur vendeur (Meta, Berkshire, Microsoft, Tesla). Le breadth est nettement négatif, le podium du jour du SPX se compose de l’énergie, des industrielles et des biens de consommation de base. Tous les secteurs reculent hier à l’exception de l’énergie. Le dollar casse les 1.1400 contre euro, actuellement à 1.1387. Prochain support 1.1325, c’est le bas en séance du 24 juin de cette année. A 4284 dollars l’once, l’or résiste plutôt bien ce matin après avoir il est vrai été sous pression hier. Le métal jaune teste actuellement ses moyennes mobiles à 100 et 50 jours, s’il les casse ensuite le niveau de 4000 dollars lui tendra les bras.
Les Etats-Unis et la Chine ont décidé de prolonger de deux mois leur trêve commerciale, jusqu’au 10 janvier 2027, afin de laisser davantage de temps aux négociations en vue d’un accord économique plus large. Scott Bessent souligne que Washington souhaite dépasser les accords ponctuels et avancer sur les principaux sujets de friction, notamment les terres rares, les achats chinois de produits agricoles américains, l’accès aux marchés, les services financiers et l’intelligence artificielle. Cette prolongation évite pour l’instant une nouvelle escalade des droits de douane, mais ne constitue pas encore un accord de fond.
La séance macro-économique de ce jeudi sera rythmée par plusieurs rendez-vous importants, avec la confiance des consommateurs en France à 08h45, puis surtout la décision de la BNS sur ses taux à 09h30 (les économistes n’attendent rien, bien au contraire), suivie de l’indice Ifo allemand à 10h00. Aux Etats Unis, plusieurs membres de la Fed prendront la parole, notamment Williams à 10h10, Barkin à 14h00 et Hammack à 14h50, tandis que les inscriptions hebdomadaires au chômage seront publiées à 14h30 et les ventes de logements neufs à 16h00.
Parmi les grands groupes internationaux, Novartis bénéficie du rejet par un tribunal américain d’une plainte liée à Entresto, tandis que Shell avance sur le projet gazier Aphrodite après un accord conclu avec NGC de Trinité et Tobago sur les conditions d’approvisionnement. Dans la technologie, Nvidia estime que les sociétés actives dans l’intelligence artificielle ne doivent pas profiter de dérogations réglementaires, Meta dévoile Charm, un nouvel appareil fondé sur l’IA, et Oracle enrichit son offre destinée aux actifs numériques avec de nouveaux outils de paiement et de contrôle. Eli Lilly conclut de son côté un accord de collaboration pouvant atteindre 3,35 milliards de dollars, alors que Synopsys et TSMC renforcent leur partenariat pour accélérer le développement de systèmes liés à l’intelligence artificielle. Dans la consommation, Walt Disney relève une nouvelle fois les prix de plusieurs abonnements de streaming aux Etats Unis et McDonald’s apporte un soutien financier à ses franchisés confrontés à la hausse des coûts. Dans l’aéronautique, Turkish Airlines passe une importante commande portant sur un maximum de 150 Boeing 737 MAX. En Asie, Samsung et LG Electronics font l’objet d’une enquête en Inde concernant de possibles droits de douane insuffisamment acquittés sur des composants de téléviseurs OLED, tandis que SoftBank prépare une émission obligataire de 11,1 milliards de dollars destinée à financer un investissement dans OpenAI. Enfin, BHP suspend temporairement ses activités dans une mine de cuivre au Chili après un accident mortel, alors que Petrobras envisage d’intégrer le projet gazier colombien Sirius à son plan stratégique 2027 à 2031.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse sauf Tokyo, qui revient de vacances et réalise un timide +0.98% de type IA. Hong Kong perd 0.42%, Shanghai recule de 1.02%, Séoul est fermée et le Nifty50 abandonne 1.02%. Les futures SPX et NDX reculent de 0.3% respectivement 0.4%, l’Europe est indiquée en repli de 0.4% à l’ouverture de 9 heures.
Retour de l’actualité des marchés lundi 28 septembre