Le sentiment du marché se réveille de bonne humeur ce matin, porté par un repli bienvenu du cours du pétrole et par la Fed, qui affirme clairement et sans équivoque son indépendance hier soir. On va y revenir, disons déjà que Kevin Warsh gagne en crédibilité (auprès des investisseurs) après un discours ferme et des plus clairs, le marché adore l’idée d’un capitaine à bord de la Réserve Fédérale, même si ce dernier revêt des habits de faucon.
L’Arabie saoudite espère rétablir rapidement la moitié de la capacité de son oléoduc fermé après des attaques de drones houthies, puis revenir à pleine capacité dans environ six semaines. Cette annonce fait reculer les cours du pétrole d’environ 3%, après leur récente progression au-dessus de 100 dollars le baril. Le Brent traite à 103,77 dollars le baril, depuis plusieurs séances il tentait de casser les 110 dollars, cela semble désormais remis à plus tard.
La Réserve Fédérale des Etats-Unis annonce hier soir sa première hausse de taux depuis trois ans, c’était attendu. La Fed relève unanimement son taux directeur de 25 points de base et Kevin Warsh adopte un discours ferme, soulignant que l’inflation reste trop élevée depuis trop longtemps. La majorité des responsables monétaires anticipent au moins une hausse supplémentaire cette année, tandis que le marché estime désormais à environ 53% la probabilité d’un nouveau relèvement dès le 28 octobre soit une poignée de jours avant les élections de mi-mandat du 3 novembre. Pour le FOMC du 9 décembre les Fed Funds prédisent 76% de chances d’un relèvement supplémentaire de 0,25%.
Le président des Etats-Unis manifeste son mécontentement. Pour sa part le marché des actions réagit plutôt bien dans un premier temps pour prendre assez rapidement la direction du sud et clôturer globalement dans le rouge. Ceci dit on sent bien que ce matin, sur les parquets de trading l’ambiance est à une forme certaine de soulagement. Le patron de la Fed est fermement décidé à poursuivre son combat contre l’inflation, contre vents et marées s’il le faut, or le marché n’est pas naïf, certes il n’apprécie guère des taux en hausse, mais il sait aussi qu’il vaut mieux soigner le mal plutôt que de faire l’autruche avec les conséquences potentielles que l’on sait.
L’indice S&P500 (SPX) vient tester sa moyenne mobile à 50 jours à son plus haut du jour, puis sa 100 jours à son plus bas pour récupérer quelques miettes de terrain à la cloche. La grande majorité des secteurs terminent leur journée dans le rouge, on notera la forte hausse des volumes d’échanges sur le Nasdaq, qui limite singulièrement la casse en fin de séance. La volatilité reste faible et la courbe des taux américains réagit au discours de Kevin Warsh, elle maintient la pression sur la partie courte tout en relâchant quelque peu la bride au 30 ans US. Le 10 ans rend même un chouia de terrain, ce matin il cote 4,98%, le niveau de 5% est à surveiller de près. Côté monnaies, le dollar se renforce après la Fed, la paire EUR/USD traite à 1,1478, plus grand-chose de techniquement solide ne devrait la retenir jusqu’à 1,1400.
L’or remonte à 4320 dollars l’once. La relique barbare semble présenter une divergence inhabituelle. Le cours du métal recule depuis la mi-août, pénalisé par le durcissement monétaire de la Fed, le niveau élevé des rendements obligataires américains et le rebond du dollar. Pourtant, les encours des ETF adossés à l’or continuent d’augmenter, alors qu’ils évoluent normalement dans la même direction que les prix.
Les ETF détiennent désormais environ 3121 tonnes d’or, leur niveau le plus élevé depuis mars et proche du sommet atteint en février. Le principal risque est donc qu’après la hausse des taux de la Fed, les investisseurs commencent à retirer leurs capitaux de ces fonds. Ces sorties obligeraient les ETF à vendre une partie de leur or et pourraient provoquer une nouvelle baisse brutale du métal précieux. Cela reste hypothétique, mais à suivre.
Tout va bien dans le meilleur des mondes donc? Minute papillon… le contexte général de marché demeure tendu, avec la perspective d’un nouveau relèvement des taux cette année, des tensions persistantes des Etats-Unis avec l’Iran et la Chine ainsi qu’un pétrole toujours supérieur à 100 dollars le baril. Les investisseurs attendent également les inscriptions au chômage et plusieurs statistiques immobilières américaines. BlackRock, se montre plus prudent sur les actions américaines en raison de l’endettement public, de la hausse des taux réels et des risques de refinancement, mais considère que le rendement du Treasury à 10 ans au-dessus de 5% constitue un point d’entrée historiquement attractif pour les obligations.
Au menu macro-économique de ce jeudi, la Banque d’Angleterre annoncera sa décision sur les taux d’intérêt à 13h00 (statu quo attendu, à 3,75%). Aux États-Unis, l’attention se portera à 14h30 sur les mises en chantier, les permis de construire, les inscriptions hebdomadaires au chômage et l’indice manufacturier de la Fed de Philadelphie, avant la publication des promesses de ventes immobilières à 16h00.
Novartis interrompt le développement d’un traitement contre la SLA après l’échec d’un essai clinique intermédiaire, tandis qu’AstraZeneca obtient avec Daiichi Sankyo une recommandation favorable au Royaume Uni pour l’Enhertu contre le cancer du sein et que Novo Nordisk s’associe à Anthropic pour accélérer la découverte de médicaments. Adidas réduit ses effectifs technologiques en Inde et Volvo Cars prévoit de lancer 13 nouveaux modèles d’ici 2030. Aux États Unis, Google devra assouplir ses règles publicitaires et se soumettre à la surveillance d’un contrôleur antitrust, tandis qu’un prêt de 22 milliards de dollars finance une coentreprise entre Blackstone et Alphabet consacrée aux puces. American Airlines, United Airlines et Southwest Airlines réduisent leurs programmes de vols face à la hausse du carburant, Goldman Sachs anticipe un léger recul de ses activités obligataires et une augmentation de ses coûts, Boeing prévoit une certification prochaine du 737 MAX 10, Amazon conclut avec Generac un accord de 2,4 milliards de dollars pour la fourniture de générateurs et ExxonMobil poursuit ses discussions en vue d’un retour au Venezuela. Enfin, Petrobras relève le prix du diesel au Brésil et BYD insiste sur la nécessité d’accroître ses capacités de production en Europe.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo progresse de 0,33% à la cloche, Hong Kong recule de 0,67%, Shanghai perd 0,41%, Séoul égare 0,04% et le Nifty50 avance de 0,54%. Les futures SPX et NDX sont en bonne hausse (0,8%) pendant que l’Europe gagne ½ pourcent dans les premiers échanges.