Warsh: grand oral rate
Les marchés obligataires n’ont pas apprécié les propos tenus par Kevin Warsh à l’occasion du dernier FOMC. Cela dit, Warsh a tenu parole car lors de son intronisation à la tête de la Fed, il avait prévenu que sous son mandat, le «forward guidance» serait abandonné. Ce n’est donc pas une surprise! Cela crée un peu plus d’incertitude et de volatilité, ce que le marché déteste par-dessus tout.
La Fed est moins prévisible que sous Powell et Yellen au moment où nous en aurions le plus besoin. Finalement, que reproche-t-on à KW? Il n’aurait pas été suffisamment convaincant lorsqu’il évoquait la détermination de la banque centrale à ramener l’inflation proche de l’objectif de 2%, tiraillé entre le souhaitable (un petit resserrement monétaire temporaire) et le probable (ne pas froisser Trump). Il a ensuite aggravé son cas en soutenant que le bear market obligataire a déjà accompli une partie du job, sous-entendant qu’il n’y avait pas forcément lieu de procéder à une hausse de taux compte tenu des niveaux de taux actuels sur les emprunts du Trésor. En résumé, plus d’incertitude, moins de crédibilité et attitude presque «désinvolte» vis-à vis des tensions inflationnistes. De quoi propulser les taux longs vers des niveaux records.
Donald Trump connait les noms de ses nouveaux «amis»: Hammack, Kashkari et Logan, les trois courageux qui ont voté pour un resserrement monétaire.
Iran-US, les discussions reprennent
Le baril de brut WTI, au-dessus de 86 dollars en fin de semaine dernière, est revenu vers des niveaux plus raisonnables au moment où l’on apprenait que les discussions entre Américains et Iraniens redémarraient selon des sources pakistanaises non démenties par Téhéran. Ce soulagement, synonyme de baisse des craintes inflationnistes et espoirs de réouverture d’Ormuz, n’a pas vraiment eu les effets escomptés sur les taux longs américains. Lundi après-midi, le WTI retombait vers 79 dollars, comme le 16 juin et le 17 avril. A ces mêmes dates, le rendement du 30 ans s’affichait respectivement à 4,94% et 4,88%. Alors pourquoi étions-nous toujours scotchés à 5,22% en début de semaine? Quels arguments justifient la trentaine de points de base d’écart?
Passons rapidement sur les arguments simples comme des ventes de la part des Chinois pour créer des tensions sur la dette américaine. La raison principale et quasiment exclusive tient en un nom: Kevin Warsh et son FOMC raté. Il a instillé le doute et les taux longs paient le prix fort. Nul doute qu’il va se ressaisir mais en attendant, demandons-nous où serait le 30 ans aujourd’hui si une hausse de taux avait eu lieu mercredi 29 juillet. Sans doute plus bas, paradoxalement si l’on s’en tient à la théorie mais logiquement si l’on fait un peu de psychologie de marché. En tout cas, Donald Trump connait les noms de ses nouveaux «amis»: Hammack, Kashkari et Logan, les trois courageux (ou «cinglés» selon le clan MAGA) qui ont voté pour un resserrement monétaire.
Faut-il avoir peur d’un sell-off?
Autre manière de poser la question, à 5,20%, faut-il acheter le 30 ans ou le fuir comme la peste? Cela dépend de l’horizon d’investissement car à court terme, les turbulences ne sont pas exclues, surtout avec une volatilité accrue par la torpeur estivale et (surtout) par la disparition du «forward guidance». N’oublions pas non plus notre Black Swan 2026 que nous citons régulièrement depuis fin 2025: un sell-off sur les taux longs japonais qui se propagerait sur les marchés mondiaux. A plus long terme, il s’agit d’une belle opportunité d’investissement que l’on n’avait pas vue depuis l’été 2007. Pour être précis, nous avions brièvement vu un 5,17% fin 2023. Nous maintenons donc nos convictions dans une gestion barbell composée de taux longs nominaux et TIPS courts avec breakevens toujours inférieurs à 2%.