Les bourses reprennent goût au risque vendredi en Europe et à Wall Street, encouragées par le recul des prix du pétrole qui compense le coup de froid sur la tech et ses importants besoins d’investissement.
Peu après 14h00, le Brent de la mer du Nord, référence du Brut s’échangeait à 97,69 dollars le baril (-2,98%) après avoir passé les 100 dollars la veille. Le WTI américain suivait la même tendance (-2,79% à 89,69 dollars).
La guerre au Moyen-Orient bloque toujours le détroit d’Ormuz et menace celui de Bal el-Mandeb (mer Rouge), avec des attaques revendiquées jeudi sur des navires de l’Arabie saoudite par des rebelles houthis pro-iraniens.
«Certains navires transportant du pétrole saoudien traversent encore le détroit de Bab el-Mandeb», a toutefois indiqué à l’AFP Giovanni Staunovo, analyste d’UBS. «Pour l’instant, il ne s’agit pas d’un blocus total».
Les taux d’emprunt toujours en hausse
La question occupe les analystes des salles de marché : la dernière flambée du pétrole, revenu vers les 70 dollars le baril début juillet, va-t-elle se traduire par une inflation généralisée à toute l’économie via les salaires?
Dans l’attente d’y voir plus clair, la Banque centrale européenne (BCE) a maintenu jeudi son taux principal inchangé à 2,25%, sans exclure une hausse en septembre.
D’autres banques centrales devraient choisir la voie du statu quo vigilant la semaine prochaine (Fed américaine, Angleterre, Japon).
Les taux d’emprunt restent élevés, ce qui complique le financement de la dette des États et les investissements des géants de la tech. Du même coup, ces taux obligataires offrent des rendements fixes de nature à concurrencer les marchés boursiers.
En France, le taux d’emprunt à dix ans se situait à 3,99%, après avoir franchi la veille le seuil des 4% pour la première fois depuis 2009. Son équivalent allemand revenait à 3,18%.
C’est dans ce contexte déjà compliqué que le président américain Donald Trump a annoncé de nouveaux droits de douane sur les produits d’une soixantaine des partenaires commerciaux des États-Unis, entrés en vigueur vendredi.
«Cette mesure ajoute une nouvelle couche d’incertitude à des tensions géopolitiques déjà élevées au Moyen-Orient. Même si c’est un élément négatif supplémentaire, ce n’est pas le premier choc de ce type, et le marché pourrait progressivement s’y habituer», tempère la banque de gestion suisse Vontobel.
Bourse: l’Europe mieux que l’Asie et Wall Street
Wall Street devrait ouvrir sur une note prudente après sa chute de la veille, provoquée par les violents reculs de Tesla et Alphabet, maison mère de Google et Gemini.
Vers 13h45, le marché des contrats à terme progressait sur le Dow Jones (+0,42%), le S&P 500 (+0,20%) et se tenait à l’équilibre sur le Nasdaq (-0,01%).
A la même heure en Europe, Francfort progressait (+0,68%) grâce aux bons résultats de SAP (applications et plate-forme d’IA, +5,44%).
Milan (+0,61%) progressait également tout comme Paris (+0,31%) et Londres (+0,17%).
En Asie, les bourses ont plongé, victimes des doutes des marchés sur les rendements futurs des centaines de milliards investis dans l’IA (data centers, serveurs, puces, semi-conducteurs, mémoires, cloud...).
A la Bourse de Tokyo, l’indice Nikkei a lâché en clôture 2,73% à 64.611,15 points. A Séoul, l’indice Kospi a terminé sur une dégringolade de 5,72%.
Le mouvement était parti de New York la veille. Le Dow Jones a perdu 0,97%, l’indice Nasdaq a chuté de 2,15% et l’indice élargi S&P 500 a cédé 1,21%.
Tesla (-14,52%) a plongé, tout comme Alphabet (-6,89%), malgré un trimestre de forte croissance durant lequel les revenus de l’activité informatique à distance (cloud) ont pratiquement doublé en un an.
«Brûler du cash»
Les investisseurs ont sanctionné le relèvement des prévisions de dépenses d’investissement d’Alphabet (Google et Gemini) pour 2026 à 195-205 milliards de dollars.
«Les bénéfices en eux-mêmes n’étaient pas le problème», mais plutôt le fait que «le flux de trésorerie disponible est devenu négatif au deuxième trimestre pour Alphabet et Tesla», a expliqué Ipek Ozkardeskaya, analyste de Swissquote.
«Google a été une machine à générer du cash depuis sa fondation, donc brûler du cash est une expérience inhabituelle pour la société», relève Martin Peers dans la lettre spécialisée The Information.
Moteurs des marchés, ces entreprises risquent de dépendre «de plus en plus de l’émission d’actions et d’obligations pour financer des dépenses supplémentaires en IA, au moment même où les anticipations de hausse des taux d’intérêt augmentent», a relevé Mme Ozkardeskaya.