Investir durablement, c’est aussi agir

Fantin Veyre, Raiffeisen Suisse

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Le dialogue avec les entreprises complète aujourd’hui les décisions d’investissement durable.


 

Investir ne suffit plus

Au-delà des considérations environnementales, la durabilité constitue aujourd'hui un véritable facteur de résilience et de création de valeur pour les entreprises. Les enjeux ESG (Environnement, Social et Gouvernance) peuvent en effet avoir un impact direct sur la rentabilité, les coûts de transformation, l'accès aux financements ou encore la réputation d'une organisation. Une entreprise qui anticipe ces évolutions, utilise ses ressources de manière efficiente et intègre les enjeux de durabilité dans ses décisions stratégiques est généralement mieux préparée à faire face aux mutations économiques et sociétales. Dans cette perspective, la durabilité ne doit pas être considérée comme une simple exigence réglementaire ou un critère d'investissement, mais comme un véritable principe de pensée et d'action qui contribue à renforcer la pérennité et la capacité d'adaptation de l'entreprise à long terme.

Pendant longtemps, le rôle de l’investisseuse et de l’investisseur semblait relativement simple: analyser une entreprise, décider d’y investir ou non, puis suivre l’évolution de son placement. Face aux défis ESG, cette vision a évolué progressivement. Les attentes envers les entreprises se sont renforcées ces dernières années: les investisseuses et les investisseurs accordent désormais une importance croissante à la manière dont celles-ci gèrent les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance, au-delà de leurs seuls résultats financiers. Ainsi, l’investissement durable ne repose plus seulement sur la sélection des entreprises, mais également sur la manière dont les investisseuses et les investisseurs peuvent contribuer à leur évolution une fois devenus actionnaires. L’objectif n’est pas de se substituer aux organes dirigeants des entreprises, mais d’utiliser les droits attachés au statut d’actionnaire pour accompagner leur évolution dans la durée. Cette approche repose sur une conviction simple: une ou un actionnaire dispose de droits mais aussi d’une responsabilité.

L’investissement durable ne se résume plus au moment où une décision de placement est prise. Il se poursuit également après l’investissement.

Le dialogue comme levier d’action

C’est le principe de l’active ownership, ou actionnariat actif. Ce dernier repose sur deux leviers complémentaires: le dialogue avec les entreprises (engagement) et l’exercice des droits de vote lors des différentes assemblées générales. Les échanges portent notamment sur des enjeux liés au climat, aux droits humains, aux conditions de travail ou encore à la gouvernance d’entreprise. L’objectif ici est d’encourager les entreprises à faire évoluer leurs pratiques dans une perspective de création de valeur à long terme. Chez Raiffeisen, cette approche est mise en œuvre en collaboration avec Ethos et complète les décisions de placement durable. L’actionnariat actif s’inscrit sur le long terme. En effet, le dialogue avec une entreprise peut s’étendre sur plusieurs années, avec des attentes clairement définies, un suivi des progrès réalisés et, lorsque cela est nécessaire, d’autres moyens d’action comme des interventions lors des assemblées générales ou des recommandations de vote.

Des résultats qui se construisent dans la durée

Plusieurs rapports publiés cette année illustrent le potentiel de cette démarche. À la suite des échanges menés avec Ethos, Ascom a renforcé son reporting de durabilité, fixé de nouveaux objectifs quantitatifs et amélioré la transparence de ses émissions de gaz à effet de serre. Belimo a intégré des critères ESG dans la rémunération variable de sa direction générale et obtenu la validation scientifique de ses objectifs climatiques. Zurich Insurance Group a, quant à elle, publié son premier plan de transition climatique et renforcé la transparence de son reporting climatique. Ces exemples montrent bien que le dialogue peut accompagner des évolutions concrètes et ce même lorsque certaines thématiques continuent de faire l’objet d’un suivi. En 2025, l’approche d’actionnariat actif de Raiffeisen a concerné 215 entreprises et donné lieu à 379 activités d’engagement, auxquelles s’ajoute l’exercice des droits de vote lors des assemblées générales des entreprises concernées. Ces chiffres illustrent l’importance prise par l’actionnariat actif dans l’approche des placements durables.

Une approche complémentaire

L’investissement durable ne se résume donc plus au moment où une décision de placement est prise. Il se poursuit également après l’investissement, grâce au dialogue avec les entreprises et à l’exercice des droits de vote. Sans remplacer les autres approches de la finance durable, l’actionnariat actif constitue un levier complémentaire pour accompagner les entreprises dans leur évolution sur les plans environnemental, social et de gouvernance. Pour les investisseuses et les investisseurs, cette démarche rappelle qu’être actionnaire ne signifie pas uniquement détenir une participation, mais aussi contribuer, dans la durée, à encourager des pratiques plus responsables.

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