Pendant près de deux décennies, l’une des caractéristiques majeures du marché boursier américain a été le faible encours des actions. Année après année, le volume des actions en circulation n’ont pas cessé de se contracter, les rachats d’actions ayant, à eux seuls, effacé près de 12'000 milliards de dollars de capitalisation à l’indice S&P 500. Aujourd’hui, les investisseurs sont sur le point de découvrir ce qui se passe lorsque l’offre de nouvelles actions d’étoffe à nouveau. Selon JPMorgan Chase, les introductions en Bourse (IPO) et les ventes d’actions supplémentaires proposées par les entreprises déjà cotées devraient ajouter environ 1500 milliards de dollars d’actions au marché américain au cours des deux prochaines années. Si cela se concrétise, il s’agirait de la plus forte période d’émissions nettes d’actions depuis au moins la fin des années 1990!
Après avoir racheté leurs propres actions pendant des années pour accroître le rendement des actionnaires, les entreprises, en particulier dans le secteur technologique, se tournent désormais vers les marchés boursiers pour lever des capitaux. Nombreuses sont les entreprises à avoir compté sur leur trésorerie excédentaire et sur les marchés de la dette pour financer leurs investissements dans les centres de données, les puces liées à l’IA et les infrastructures électriques. Mais ces sources de financement ne suffisent plus. Historiquement, les émissions d’actions apparaissent lors des grands cycles d’investissement: la construction des chemins de fer, des canaux et des réseaux de télécommunications a nécessité des capitaux considérables et conduit les entreprises concernées à vendre des actions pour financer leur expansion. Le même processus semble être à l’œuvre avec l’IA: SpaceX, Anthropic et OpenAI pourraient ajouter près de 4000 milliards de dollars à la capitalisation boursière de Wall Street.
Pour les investisseurs intéressés par cette thématique, la question cruciale est celle du timing: quel est le bon moment pour acheter les actions d’une entreprise qui entre en Bourse?
La différence avec les années 2000 est, toutefois, que les méga-IPO à venir ne sont pas des opérations classiques.
Acheter les actions immédiatement après leur introduction en Bourse (IPO) n’est pas nécessairement la meilleure option. En analysant les 30 principales IPO de sociétés technologiques au cours des 15 dernières années, Truist Wealth a constaté qu’elles avaient enregistré, en moyenne, une baisse de leurs cours de bourse de 55% durant leur première année de cotation.
Le fait de ne pas acheter ces nouvelles actions dès leur premier jour de cotation ne signifie pas pour autant qu’elles ne peuvent pas constituer un bon investissement à long terme. Pour preuve, l’indice reprenant les 100 des plus importantes et plus liquides IPO lors de leurs 1000 premiers jours de cotation, a surperformé l’indice MSCI des principales actions mondiales d’environ 550% (en USD) depuis 2008.
L’afflux de grandes IPO dans l’IT rappelle l’époque de la bulle Internet de la fin des années 1990. À l’époque, nombre d’entreprises s’étaient précipitées sur les marchés boursiers pour profiter du fait que les investisseurs étaient tentés d’acheter tout ce qui avait un lien avec Internet. Puis, lorsque les périodes de lock-up – périodes pendant lesquelles les investisseurs ayant participé à l’IPO ne peuvent pas vendre leurs titres – ont pris fin et que les investisseurs institutionnelles ont commencé à prendre leurs profits, les cours de bourse ont décroché. La crainte est que les nouvelles méga-IPO connaissent, elles aussi, une période d’euphorie suivie d’un brutal retour de bâton. D’autant que SpaceX, OpenAI et Anthropic restent encore largement déficitaires.
La différence avec les années 2000 est, toutefois, que les méga-IPO à venir ne sont pas des opérations classiques.
SpaceX a levé 85 milliards de dollars, ce qui est la plus grande IPO de tous les temps et valorise l’entreprise à environ 2000 milliards de dollars! Si l'on tient compte d'Anthropic et OpenAI, les trois IPO pourraient renforcer la valorisation de Wall Street de 4000 milliards de dollars. À l’heure actuelle, seules 11 entreprises de l’indice S&P 500 affichent une capitalisation boursière supérieure à 1000 milliards de dollars!
Ces opérations interviennent aussi à un moment où l’impact de l’IA ne se limite pas au seul secteur technologique. Les investissements que vont devoir consentir les géants de l’IA sont colossaux – environ 5000 milliards de dollars pour la période 2026-2030 – et ils vont continuer à avoir des effets bénéfiques sur beaucoup d’autres secteurs. L’intégration de l’IA devrait accroître la productivité de secteurs comme les soins de santé et la pharmacie. Les besoins de l’IA, en termes d’infrastructures (centres de données, réseaux électriques, …) de puces électroniques et cartes mémoire et d’énergie soutiennent également les secteurs des semi-conducteurs, de la construction d’infrastructures, des fournisseurs d’énergie.
En outre, SpaceX, Anthropic et OpenAI sont déjà considérées comme des leaders dans leur domaine et devraient encore consolider ce statut dans les années à venir, avec à la clé une forte croissance bénéficiaire.