Si la crise énergétique engendrée par la guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz a, une nouvelle fois, exposé les fragilités de certaines régions, à l’instar de l’Europe, elle a aussi révélé les avantages compétitifs d’autres, comme la Chine, dont l’économie et l’industrie semblent aujourd’hui mieux préparées aux défis énergétiques actuels.
On dit souvent que «l’histoire ne se répète pas mais qu’elle rime». Comme les années 1970 font souvent office de cadre de référence à la crise actuelle, il est intéressant d’observer que la manière dont la Chine se distingue aujourd’hui rappelle, à nombre d’égards, le succès du Japon durant les années 1970.
La crise énergétique des années 1970 a eu pour effet de «faire le tri» entre les pays en fonction, d’une part, de leur intensité énergétique1 et, d’autre part, de leur capacité à apporter des réponses industrielles aux défis énergétiques de leur époque.
A l’époque, l’intensité énergétique du Japon était près de 50% inférieure à celle des Etats-Unis, ce qui lui a permis de mieux encaisser les chocs pétroliers et d’afficher une croissance moyenne de son PIB de 4,3% entre 1970 et 1990, contre 3,2% aux Etats-Unis sur la même période.
La crise énergétique a stimulé la demande pour les produits industriels japonais, principalement les automobiles, plus petites et plus économes en carburant que celles fabriquées aux Etats-Unis et en Europe. En 1975, une Ford consommait2 en moyenne 20 litres d’essence aux 100 km, une Mercedes 16 litres et une Honda seulement 8,8 litres. Dans ce contexte, les ventes de véhicules japonais dans le monde se sont envolées, permettant au Japon d’afficher une part de marché de 25% du secteur automobile mondial à la fin des années 1980.
L’efficacité industrielle du Japon lui a, en outre, permis de conquérir des parts de marché importantes dans nombre d’autres domaines, comme l’électronique grand public et l’industrie, pendant près de deux décennies.
Ce leadership s’est également reflété sur les marchés financiers puisque, entre 1970 et 1990, l’indice Nikkei 225 a augmenté de près de 1500%, soit cinq fois plus que le S&P 500 et trois fois plus que l’indice MSCI Monde.
Aujourd’hui, le Japon a malheureusement perdu ce leadership, concurrencé notamment par la Chine qui, à l’instar du pays du Soleil-Levant durant les années 1970, aborde la crise énergétique actuelle en position de force.
Bien que l’économie chinoise soit toujours intensive en énergie – on songe, notamment, au charbon qui représente environ 60% de sa consommation totale d’énergie –, elle est parvenue à baisser cette intensité de près de 25% en dix ans. Elle y est parvenue en doublant ses investissements annuels en énergies renouvelables pour les porter en 2025 à plus de 600 milliards de dollars. Ce qui représente plus de 30% des investissements mondiaux dans ce domaine!
La Chine est devenue un leader dans les énergies renouvelables, dont elle maîtrise une grande part de la chaîne de valeur. Cela va des terres rares, dont elle contrôle 60% de la production, en passant par les batteries, dont la Chine détient une part de marché d’environ 75%, jusqu’aux panneaux solaires, aux éoliennes et aux pompes à chaleur, où sa part de marché fluctue entre 50% et 90%.
Enfin, s’il y a un domaine où sa domination est particulièrement criante, c’est l’automobile. Alors que les ventes de véhicules thermiques marquent le pas, celles de véhicules électriques décollent3. En 2024, elles ont atteint 17,5 millions de véhicules, soit 22% de l’ensemble des véhicules vendus dans le monde, et la Chine à elle seule en a vendu plus de 11 millions.
Comme le Japon dans les années 1970, la Chine semble donc aujourd’hui récolter les fruits de ses choix énergétiques et industriels. En misant massivement sur les énergies renouvelables et l’automobile électrique, elle pourrait permettre à des entreprises comme BYD et Huawei de connaître une ascension comparable à celle de Toyota ou Sony il y a cinquante ans.
Sur les marchés financiers, cela se reflète déjà par une surperformance4 des indices chinois (CSI 300, CSI 300 Green Energy et CSI Technology) par rapport aux meilleurs indices occidentaux, comme le S&P 500. Et ce n’est peut-être qu’un début si la Chine parvient à reproduire les performances du Japon dans les années 1970. A méditer!
1 Intensité énergétique: Consommation d’énergie primaire par unité de produit intérieur brut (PIB), exprimée en kilowattheures par dollar.
2 Source: EPA: United States Environmental Protection Agency, Estimated Real-World Fuel Economy and Vehicule Attributes, 1975 – 2025
3 Source: International Energy Agency
4 Source: LSEG Datastream, données au 19/05/2026