La décision de la BCE de relever ses taux d’intérêt pour la première fois depuis près de trois ans s’apparente davantage à un geste de crédibilité qu’au début d’un nouveau cycle de resserrement monétaire. Le souvenir de 2022 reste très présent. A l'époque, l'institution avait été vivement critiquée pour avoir réagi trop tard aux pressions inflationnistes. En relevant ses taux aujourd'hui, la BCE envoie un message clair: elle ne veut pas répéter les erreurs du passé.
Les derniers chiffres de l’inflation justifient cette décision. L’inflation globale a atteint 3,2% en mai, tandis que l’inflation sous-jacente s’est établie à 2,5%, illustrant la vulnérabilité de la zone euro à la hausse des prix de l’énergie provoquée par le conflit iranien. Les anticipations d’inflation demeurent élevées et la BCE a légèrement relevé ses prévisions d’inflation pour 2026 et 2027. La stabilité des prix étant son mandat, Christine Lagarde affirme que «le public pourrait avoir du mal à comprendre une fonction de réaction qui ne réagit pas».
Nous ne pensons toutefois pas que cela marque le début d’une phase de resserrement agressive. Le contexte économique reste trop fragile pour cela. Le choc énergétique pèse déjà sur l’activité européenne, la croissance du premier trimestre ayant ralenti dans la plupart des pays. La progression des salaires se modère et les conditions du marché du travail s’assouplissent progressivement. Dans cet environnement, les effets de second tour sur l’inflation devraient rester limités, réduisant ainsi la nécessité d’un cycle prolongé de hausse des taux.
Notre scénario central prévoit une seule hausse supplémentaire des taux cette année. Si les tensions géopolitiques s’apaisent, les prix du pétrole pourraient revenir vers 80 dollars le baril, contribuant à réduire les pressions inflationnistes. Cela étant, l’incertitude demeure exceptionnellement élevée, ce qui rend la BCE réticente à s’engager sur une trajectoire monétaire prédéfinie.
Les marchés obligataires anticipent actuellement près de trois hausses de taux cette année, ce qui nous paraît excessif. Dans ce contexte, les obligations d’Etat allemandes pourraient offrir des opportunités intéressantes. Les marchés du crédit restent également remarquablement résilients, les émissions d’obligations d’entreprises continuant d’être bien absorbées par les investisseurs. Cette résilience est en outre soutenue par des niveaux de rendement de plus en plus attractifs.
Les marchés actions européens ne devraient pas souffrir de manière significative de cette hausse des taux. Une grande partie de l’impact des prix élevés de l’énergie est déjà intégrée dans les valorisations, tandis que l’attention des investisseurs reste fermement tournée vers les opportunités liées à la technologie. A ce stade, les actions européennes semblent plus sensibles aux évolutions géopolitiques qu’aux décisions de politique monétaire de la BCE.