Secteur de la santé: des fondamentaux solides masqués par la reprise des valeurs technologiques

Rune Sand-Holm, DNB Asset Management

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Alors que les investisseurs se sont récemment laissés emporter par l'euphorie autour des technologies et de l'IA, le segment des soins pourrait bien revenir sur le devant de la scène.

Malgré l'incertitude géopolitique et le choc des prix de l'énergie qui en a résulté, les marchés boursiers mondiaux font preuve d’une remarquable résilience. Néanmoins, le secteur de la santé, à l’écart du rebond boursier observé en avril, ne manque pas d’atouts.

Le mois dernier, l’indice MSCI World Health Care a reculé de 0,2% en dollars américains, sous-performant ainsi le marché global de 9,8 points de pourcentage, soit la plus faible performance relative du secteur sur un mois depuis 17 ans alors que les indices boursiers se reprenaient. Cette sous-performance inhabituellement forte reflète toutefois moins une faiblesse fondamentale qu’une rotation à court terme du marché: les investisseurs ont privilégié des segments de marché plus cycliques et davantage exposés à l’IA. Dans ce contexte, le secteur de la santé a apparemment servi de source de financement.

Selon nous, ce décalage entre la faible performance boursière et la solidité des fondamentaux nous incite à porter un regard constructif sur le secteur. De nombreuses entreprises affichent une croissance globalement conforme aux prévisions, leurs résultats semblent solides et les risques politiques et réglementaires semblent également s'atténuer. Nous ne voyons actuellement aucune raison fondamentale évidente qui justifierait que le secteur soit à ce point à la traîne par rapport à l'ensemble du marché.

Les assureurs santé américains ont particulièrement bien performé en avril. Des titres tels que Centene, UnitedHealthet Humana ont nettement progressé, soutenus par de solides résultats trimestriels et une révision à la hausse significative de l'ajustement provisoire des taux de remboursement Medicare. Certaines entreprises innovantes du secteur de la santé se sont également distinguées: Glaukos a convaincu avec un rapport trimestriel solide, Axsome Therapeutics a bénéficié de l'autorisation américaine d'un médicament contre l'agitation liée à la maladie d'Alzheimer, et Novo Nordisk a progressé sans actualité spécifique à l'entreprise. La croissance toujours forte du chiffre d'affaires américain de la version orale de Wegovy a probablement soutenu le titre.

Pour une grande partie du secteur de la santé, l’intelligence artificielle devrait constituer à long terme davantage un levier de création de valeur qu’un facteur de risque. Alors que l’attention des investisseurs se concentre actuellement principalement sur les «hyperscalers» et les valeurs liées aux semi-conducteurs, de nombreux cas d’usage concrets émergent dans le domaine de la santé. Les laboratoires pharmaceutiques investissent dans l’IA et le calcul haute performance afin d’accélérer le développement de nouveaux médicaments et de réduire les coûts de recherche. Les entreprises de technologies médicales intègrent l’IA dans leurs solutions logicielles, tandis que les acteurs des services de santé peuvent en tirer parti pour améliorer leur efficacité opérationnelle et maîtriser leurs coûts.

L’IA ne représente toutefois pas une opportunité uniforme pour l’ensemble des segments du secteur. Un risque potentiel de disruption concerne les CRO (Contract Research Organizations), ces sociétés de recherche sous contrat qui accompagnent les laboratoires pharmaceutiques dans la conduite des essais cliniques et les activités d’analyse. Le marché s’interroge en effet sur la capacité de l’IA à prendre en charge, à terme, une partie des travaux de recherche et d’analyse aujourd’hui externalisés. A l’inverse, les CRO pourraient également s’appuyer sur ces technologies pour enrichir leur offre de services et accroître l’efficacité des essais cliniques qu’elles pilotent. A ce stade, nous estimons néanmoins que, pour l’essentiel du secteur de la santé, les opportunités de long terme liées à l’adoption de l’intelligence artificielle l’emportent largement sur les risques.

Face à la menace de l’expiration des brevets, la reprise déjà visible de l’activité de M&A

Un autre facteur de soutien mérite d’être souligné: la dynamique de fusions-acquisitions (M&A). De nombreux grands laboratoires pharmaceutiques seront confrontés, au cours des prochaines années, à l’expiration de brevets majeurs et devront renforcer leurs portefeuilles de produits. Dans le même temps, ils disposent de bilans solides, de niveaux de trésorerie élevés et d’un endettement limité. Les conditions apparaissent ainsi favorables à une reprise de l’activité de M&A dans le segment des biotechnologies.

D’un point de vue des valorisations, le secteur de la santé appelle également une analyse nuancée. Les valeurs pharmaceutiques européennes se négocient souvent avec une décote par rapport à leurs homologues américaines. Celle-ci reflète des réalités structurelles telles qu’une pression accrue sur les prix, un accès au marché plus lent et une fragmentation des marchés européens. Néanmoins, cette situation peut également créer des opportunités pour les entreprises disposant d’une présence mondiale, d’un portefeuille de produits innovants et d’une forte exposition au marché américain. La question centrale demeure de savoir si le marché sous-estime leur potentiel de croissance structurelle ou si cette décote est justifiée par les risques liés aux expirations de brevets et à une productivité de la recherche moins dynamique.

Le secteur n’est toutefois pas exempt de risques. Dans les technologies médicales, la hausse des prix de l’énergie et des coûts logistiques peut peser sur certains acteurs, notamment ceux dont les produits intègrent une part importante de composants plastiques. Cet impact reste en revanche beaucoup plus limité dans les autres segments de la santé. Pour les groupes pharmaceutiques, les coûts des matières premières représentent une part relativement faible de la structure de coûts; cet effet est encore plus marginal pour les sociétés de biotechnologie et pratiquement inexistant pour les prestataires de services de santé.

Enfin, certains événements ponctuels, tels que des rappels de produits, peuvent occasionnellement exercer une pression à court terme sur les cours de Bourse. Le récent rappel de produits annoncé par Insulet en constitue un exemple. Selon les informations communiquées par l’entreprise, celui-ci ne concernait qu’environ 1,5% de sa production mondiale et ne devrait pas avoir d’incidence négative significative sur ses perspectives à long terme.

La perspective générale reste donc positive: le secteur de la santé est fondamentalement solide, caractérisé par son caractère défensif et son fort potentiel d'innovation. Les fluctuations de cours à court terme restent difficiles à prévoir; l'attention se porte principalement sur les facteurs structurels à long terme. Alors que les investisseurs se sont récemment laissés emporter par l'euphorie autour des technologies et de l'IA, le secteur de la santé pourrait bien revenir sur le devant de la scène. Pour les investisseurs qui privilégient la qualité, la croissance structurelle, le potentiel de fusions-acquisitions et les applications à long terme de l'IA, le secteur mérite donc d'être examiné de plus près.

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