Il y a des rencontres que l’on a envie de relater sans attendre. Celle de mardi avec Annabel Brourhant en est une. Et comme l’actualité en matière d’IA depuis la publication de l’encyclique de Léon XIV manque de saveur, je la relate aujourd’hui sans préliminaire.
Parfois dans un couple, on est la femme de ou le mari de. Pour le couple Brourhant, selon l’interlocuteur, Annabel est l’épouse d’Olivier et Olivier l’époux d’Annabel tant l’un et l’autre détonnent. C’est en tout cas lui qui m’a sorti: «va voir Annabel, elle a plein de trucs à raconter avec Hope». Olivier, un évangéliste de l’IA qui devance de loin tous ceux que j’ai rencontrés dans son usage frénétique, aura aussi droit à son billet.
L’IA au service de la philanthropie
S’il y a un milieu qui fait la part belle à l’humain c’est celui des fondations philanthropiques. En particulier lorsqu’il s’agit d’accompagner les femmes touchées par le cancer grâce à l’équithérapie, l’art-thérapie, l’écriture, le chant et d’autres approches. C’est sur cet a priori que j’abordais cette rencontre. Avec curiosité aussi.
D’expérience, les initiatives philanthropiques reposent sur des réseaux de bénévoles bien intentionnés dont la priorité est double: récolter des fonds, puis les redistribuer aux bénéficiaires. Ils donnent de leur personne et leur temps pour la cause; la technologie et l’efficience organisationnelle passeront.
Or c’est sans compter sur Annabel. Diagnostiquée en 2014 d’un cancer du sein qu’elle combat encore, elle fonde Hope en 2017, aujourd’hui 5 personnes entre Paris, Genève et bientôt Miami. Convertie à l’IA par son époux, cette super active aux mille projets l’intègre dans les processus de la fondation – aussi pour lutter contre un bordélisme pathologique.
Dust, une plateforme qui permet de créer des agents IA connectés aux outils internes, lui offre la souscription. Rapidement, elle développe des agents spécialisés qu’elle présente à ses équipes. L’accueil est sceptique tant un monde sépare l’IA des milieux caritatifs. Il en faut plus pour la dissuader: rapidement, les agents font leurs preuves et elle leur donne une identité. Par exemple, RANGERLAFORET classe, priorise, traite les demandes des bénéficiaires, centralise l’information – il désengorge les boîtes e-mail et les collaborateurs mesurent les bienfaits de l’IA. Gain de temps et de clarté, les agents en dégagent davantage pour l’humain et les programmes.
De l’automatisation administrative apportée par les agents, Hope vise maintenant l’automatisation des processus de recherche de fonds. Annabel développe ainsi des agents pour identifier de potentiels donateurs: participants à des galas, fondations, family offices sensibles à la cause. Les agents veillent les appels à projets et aident à rédiger les demandes de financement. L’objectif n’est pas le gain de temps, mais d’augmenter la capacité d’une petite équipe de détecter des opportunités.
Mais la conversation n’a pas débuté ainsi…
L’IA au service de la créativité
Comme deux bons hyperactifs qui s’identifient, la discussion débute sans tour de chauffe, à un rythme frénétique: anecdotes personnelles, projets qui nous ont animés, idées qui s’associent, esprits qui raisonnent en réseau. Annabel évoque pêle-mêle l’équitation, le cancer, le chant, la danse, ses enfants, la peinture, le cerveau – qui tourne –, l’écriture d’un scénario. Et sa capacité à aller au bout de ses projets. C’est là que l’IA fait son entrée, dans cette première rencontre entre deux humains de 60 minutes chrono.
Cette faculté de générer des idées m’est familière. Celle de les transformer en projet aussi. Cette dernière est plus coûteuse en ressources. Quand un tel esprit est pris d’une créativité foisonnante, il se heurte à la difficulté de la réalisation. Ainsi, si le scénario d’un film peut être clair dans un esprit, l’épreuve consiste dans sa rédaction.
C’est ainsi que, grâce à l’IA, Annabel écrit son premier scénario de film en l’espace d’un week-end. 200 pages rédigées à l’aide d’agents et d’instructions extrêmement détaillées décrivant des scènes qui, la veille encore, n’existaient que dans son imagination. Une fois pondu, le scénario est déjà en circulation.
Son témoignage fait écho à mes observations récentes: l’IA est un véritable soutien aux tempéraments créatifs et entrepreneuriaux. Là où nous déléguions parfois la formalisation de nos idées à des tiers, attendant des résultats souvent éloignés de ce que nous imaginions, l’IA raccourcit le cycle avec précision et rapidité. Plus que tout autre chose, l’IA réduit la distance entre une idée et sa réalisation. Je vous fiche mon billet qu’on n’en a pas fini avec des idées humaines formalisées et concrétisées par l’IA.
Au fond, l’histoire d’Annabel n’est pas celle d’une fondation qui utilise l’IA. C’est celle d’une entrepreneure qui refuse que la taille de son organisation limite son impact ou la réalisation de ses idées.
Nous nous quittons sur cette idée. Et celle de promouvoir les Hoptimistes, la comédie musicale conçue par Annabel autour du projet de Hope, au CEO d’un groupe médico-hôtelier suisse. Comme quoi, une idée en amène toujours une autre.