La «shrinkflation» touche aussi la Bourse de Londres

Florian Allain, Mandarine Gestion

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Le retrait des sociétés cotées fragilise la place financière londonienne mais souligne l’attrait des actions britanniques.

 

Lorsqu’un gérant achète les actions d’une société, il a en général une thèse d’investissement c’est-à-dire des arguments qui lui permettent d’anticiper rendements satisfaisants. Il peut par exemple investir en anticipation d’une accélération de la croissance bénéficiaire de l’entreprise ou d’une amélioration de ses ratios de valorisation. Il est cependant rare que sa thèse d’investissement repose uniquement sur le rachat de l’intégralité des actions de ladite société par un concurrent ou un fonds d’investissement même s’il peut y avoir pensé.

L’OPA est évidemment l’un des moyens les plus rapides d’obtenir un excellent rendement pour un investissement en actions dans la mesure où elle s’accompagne généralement d’une prime significative sur le cours de bourse de la société achetée … mais elle reste cependant peu fréquente.

Or sur le mois écoulé, trois sociétés anglaises sur lesquelles nous étions investis ont fait l’objet de discussions en vue d’un rachat total. Sur un portefeuille concentré, en avoir une est déjà appréciable; deux simultanément relève de l’exception mais la probabilité d’en avoir trois en parallèle est infinitésimale. A ces opérations s’ajoutent des offres de rachat annoncées sur d’autres sociétés anglaises au même moment.

Liste des sociétés du Royaume-Uni ayant fait l’objet de discussions avérées en vue d’une OPA en 2026


Source: Mandarine Gestion

 

Cette impression d’une vague de rachats est‑elle confirmée par une analyse plus systématique de la cote britannique?

L'Office for National Statistics, l’organisme public de la statistique au Royaume-Uni, publie ces données sur une base trimestrielle. Hélas, sa dernière publication recense les opérations de la fin d’année 2025 seulement. Il montrait cependant déjà une forte progression des opérations de fusions-acquisitions en Grande-Bretagne au dernier trimestre de l’année et une hausse de près de 75% des rachats par des investisseurs étrangers sur l’année par rapport à 2024. Heureusement, de nombreux fournisseurs d’informations financières et des banques d’investissement ont publié des données plus récentes sur le sujet.

Bloomberg recense ainsi près de 150 Milliards de Livres Sterling de transactions sur les cinq premiers mois de l’année, il faut remonter à 2015 pour retrouver de tels montants. En écho, Reuters indique que la Grande-Bretagne représente 10% des transactions mondiales cette année, il faut là aussi remonter à 2015 pour retrouver de telles proportions. On notera au passage que les investisseurs américains - fonds comme industriels - sont de loin les premiers acquéreurs d’entreprises en Grande-Bretagne.


 


L’explosion des opérations de rachat d’entreprises britanniques n’est donc pas une lubie de gérant mais un phénomène significatif et documenté.

Un marché qui peine à se renouveler

Le souci, dans le cas du Royaume-Uni, c’est que cette disparition de sociétés cotées n’est pas compensée par l’introduction en bourse d’autres sociétés. En effet, les nouvelles cotations outre-Manche sont en berne et la place financière de Londres a perdu de son attractivité. Les entreprises en quête de capitaux se tournent désormais plus souvent vers le non-coté, dont l’essor permet désormais des financements de grande taille, largement compétitifs face à une introduction en bourse et avec beaucoup moins de contraintes règlementaires pour l’entreprise. Par ailleurs, les valorisations plus généreuses des entreprises outre-Atlantique incitent les fleurons britanniques à se coter aux États-Unis. L’introduction en bourse de la société anglaise ARM Holdings à New York avait d’ailleurs été vécue comme un affront majeur pour la Bourse de Londres.

Une mauvaise nouvelle pour Londres… mais une opportunité pour les investisseurs

Les représentants de la place financière londonienne s’alarment même ouvertement auprès des autorités britanniques de ce phénomène qu’ils nomment «de-equitisation».

Si la disparition progressive des sociétés cotées au Royaume-Uni est plutôt une mauvaise nouvelle pour nos voisins britanniques, elle illustre cependant aussi une belle opportunité pour les investisseurs en actions. En effet, la cote britannique reste riche d’un grand nombre de sociétés de qualité, opérant partout dans le monde et dont les valorisations restent très raisonnables comme en témoignent les primes significatives que des investisseurs financiers sont prêts à payer sans même bénéficier des synergies dont un acquéreur industriel pourrait bénéficier.

Pour filer la métaphore mythologique, la «perfide Albion» pourrait donc bien rester, dans les prochains mois, un véritable Eldorado pour les investisseurs actifs.

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