L’IA en Suisse: le pragmatisme fait face au potentiel d’avenir

James Mazeau, UBS Global Wealth Management

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La majorité des entreprises abordent l’intelligence artificielle non pas avec une euphorie aveugle, mais plutôt en tant qu’évolution logique de la digitalisation.

©Keystone

 

L’envolée fulgurante de l’intelligence artificielle (IA) n’est plus depuis longtemps un thème exclusivement réservé aux géants américains de la technologie ou aux leaders chinois de l’innovation. En Suisse aussi, l’IA trouve pas à pas sa place dans le monde de l’entreprise. Décryptage.

La dernière enquête de la Recherche d’UBS menée auprès d’environ 2500 entreprises suisses révèle que la majorité d’entre elles abordent l’IA non pas avec une euphorie aveugle, mais plutôt en tant qu’évolution logique de la digitalisation.

L’IA est utilisée avec pragmatisme là où elle crée une véritable valeur ajoutée, et ce de manière sélective et axée sur l’application la plupart du temps. On ne peut donc pas parler de révolution, mais plutôt d’un phénomène qui devrait continuer de s’accélérer dans les années à venir.

Utilisation plus faible dans certains domaines

Environ 60% des entreprises interrogées utilisent déjà l’IA aujourd’hui. Pour les grandes entreprises, ce chiffre est encore plus élevé, tandis que les petites et moyennes entreprises (PME) sont un peu à la traîne.

L’IA est particulièrement répandue dans les secteurs des technologies de l’information et de la communication, des services financiers et de la pharmaceutique. Dans les domaines où la part du travail manuel est élevée, tels que la construction, les transports ou le textile, l’utilisation est encore faible.

Il est concevable que l’intelligence artificielle puisse soutenir le contexte de taux faibles et contribue ainsi aussi structurellement à la persistance des rendements obligataires atones.

Les champs d’application les plus fréquents sont le soutien à la prise de décision (51%), l’amélioration des produits et services existants (47%), ainsi que l’automatisation des processus d’affaires (37%). Seules 5% des entreprises estiment que l’IA est au cœur de leur modèle d’affaires, ce qu’on considère comme un signe clair d’une utilisation sélective et axée sur les objectifs.

L’IA: plus une opportunité qu’un risque

Ce qui frappe tout particulièrement, c’est la relation étroite entre le niveau de digitalisation et l’adéquation face à l’IA. En effet, les entreprises qui présentent un niveau élevé de digitalisation disposent de données structurées, de processus automatisés et d’une infrastructure informatique performante, des conditions idéales pour une utilisation réussie de l’IA. En Suisse, les PME manquent souvent des ressources, du savoir-faire et de la conviction nécessaires à une utilisation concrète.

Quoi qu’il en soit, la plupart des entreprises voient plutôt l’IA comme une opportunité que comme un risque. Les grandes entreprises et les secteurs fortement numérisés anticipent notamment des gains de productivité, de meilleures bases de prise de décision et des optimisations de la qualité. Le potentiel de réduction des coûts est certes reconnu, mais aujourd’hui il n’est très souvent par la principale motivation. Il s’agit plutôt de gagner en efficacité et de doper l’innovation tout en améliorant l’expérience client.

Les risques de l’IA

Les risques liés à la protection et à la sécurité des données sont tout en haut de la liste, suivis de près par la crainte de prendre des décisions erronées du fait de données ou d’algorithmes défaillants. La pénurie de main-d’œuvre qualifiée et les frais d’implémentation élevés sont eux aussi des obstacles.

Quoi qu’il en soit, environ la moitié des sociétés prévoient d’étendre leurs activités d’IA au cours des cinq prochaines années, tandis que seulement 17% d’entre elles anticipent un recul. Les priorités stratégiques relèvent de l’analyse des données, de l’automatisation et du développement.

Anticipation modérée de la réduction des emplois

Un coup d’œil au marché du travail révèle une tendance intéressante: contrairement à certaines études qui prévoient une réduction massive des emplois, les entreprises suisses n’anticipent qu’un recul modéré.

Plus de la moitié d’entre elles comptent sur des effectifs stables et beaucoup voient dans l’IA un moyen d’alléger la tâche de leurs employés plutôt que de les remplacer. Les exigences en matière de qualifications augmentent cependant: les compétences informatiques et digitales, la créativité et les capacités analytiques devraient devenir encore plus importantes à l’avenir.

Qu’est-ce que cela signifie pour les investisseurs?

En Suisse aussi, l’IA devrait concerner de plus en plus d’entreprises. La différence si souvent mentionnée entre les entreprises qui bénéficient de l’évolution de l’IA et celles qui manquent le coche devrait donc aussi gagner en pertinence en Suisse. Le sondage de la Recherche d’UBS suggère également que l’IA pourrait avoir des retombées sur le marché du travail. Même si seul un repli modéré des effectifs est attendu, il s’agit tout de même d’un repli.

Les améliorations escomptées en matière de productivité, de prise de décision et de qualité, conjuguées à de moindres coûts, devraient être prises en compte par tous les investisseurs dans des actions ou du Private Equity d’entreprises qui réussissent à intégrer l’IA à leurs produits et services. La productivité accrue peut aussi avoir des effets déflationnistes, par exemple quand les hausses de productivité et les économies de coûts se traduisent par des frais salariaux globaux moins élevés.

Pour un pays comme la Suisse, il est donc concevable que l’IA puisse soutenir le contexte de taux faibles et contribue ainsi aussi structurellement à la persistance des rendements obligataires atones. Et dans un tel contexte, les classes d’actifs comme les hedge funds, les investissements dans l’infrastructure ou les instruments structurés tels que les Reverse Convertibles devraient rester dans la ligne de mire des investisseurs en tant que substituts partiels des obligations traditionnelles. 

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