Vers un rééquilibrage du modèle de distribution

Nicolette de Joncaire

3 minutes de lecture

«Nous faisons évoluer notre approche commerciale afin de l’orienter davantage vers la clientèle privée» déclare Fabrice Chemouny de Natixis Investment Managers.

 

Avec une collecte nette de 40 milliards d’euros en 2025, Natixis Investment Managers confirme la solidité de son modèle dans un environnement de marché pourtant contrasté. Portée par la diversité de ses expertises et par la complémentarité de ses affiliés, la plateforme s’appuie sur une présence internationale étendue et une proximité client assumée pour soutenir sa croissance. Malgré un contexte marqué par la volatilité des marchés, la pression sur les marges institutionnelles et les incertitudes géopolitiques, le groupe parvient à maintenir une dynamique commerciale soutenue et à faire évoluer son positionnement. Développement des actifs privés, rééquilibrage vers la clientèle de gestion de fortune, innovations produits y compris lancement d’ETF actifs: autant de leviers activés pour répondre aux nouvelles attentes des investisseurs. Entretien avec Fabrice Chemouny, Responsable de la Distribution Internationale chez Natixis Investment Managers.

En 2025, la collecte de Natixis Investment Managers (Natixis IM) atteint pour la deuxième année consécutive, un niveau record de 40 milliards d’euros et ses encours sont de 1’1 323 milliards d’euros. D’où est venue cette croissance?

Cette croissance s’appuie sur l’ensemble de nos régions — Europe, Asie, Moyen-Orient, Amérique du Sud et Amérique du Nord— ainsi que sur nos 16 sociétés de gestion affiliées, à hauteur de leur poids respectif. DNCA a, à elle seule, contribué à hauteur de 11,7 milliards d’euros, mais la performance a été largement partagée, tant du côté des produits de taux avec Loomis Sayles, que des stratégies actions avec WCM ou encore Harris Oakmark. Elle reflète avant tout la solidité de notre approche multi-affiliés, fondée sur l’indépendance de nos sociétés de gestion: chaque affilié se concentre sur son propre style et sa philosophie d’investissement, une approche qui continue de démontrer toute sa pertinence. La proximité avec la clientèle constitue également un levier clé de notre développement : nous sommes implantés dans 22 pays dans le monde et couvrons au total 34 marchés.

La hausse des encours est une chose mais qu’en est-il de celle du chiffre d’affaires?

Bien que nous soyons certainement le gestionnaire d’actifs français le plus exposé au dollar et donc à sa baisse, notre PNB est de 3,5 milliards d’euros en 2025 soit en hausse de 3% à change constant, dont 1 milliard au quatrième trimestre 2025, ou encore + 6% sur un an.

Quels sont vos axes de développement actuels?

Nous poursuivons le développement de notre offre sur les marchés des actifs privés et faisons évoluer notre modèle de distribution afin de l’orienter davantage vers la clientèle privée, dans le but de rééquilibrer nos activités entre institutionnels et gestion de fortune. Dans le même temps, les marges sur la clientèle institutionnelle se sont resserrées, sous l’effet notamment d’un mouvement de consolidation du secteur.

Quid des fusions entre affiliés?

S’agissant des fusions entre affiliés, comme celle récemment réalisée entre Mirova et Thematics, elles doivent avant tout répondre à un besoin des clients. La gestion thématique connaît une forte demande, donc nous avons choisi de créer un leader mondial sur ce segment en réunissant les compétences complémentaires de deux affiliés reconnus pour leur expertise en investissement responsable et leur innovation dans la gestion thématique. En retenant le nom de Mirova, largement identifié dans la profession pour son ADN ESG.

Comment réagissez-vous aux événements récents sur la scène internationale?

Nos clients sont naturellement préoccupés et cherchent à ajuster leurs portefeuilles, mais à ce stade, aucune panique n’est à signaler et nous n’avons subi de revers sur aucun front.

Quelles sont vos activités au Moyen-Orient?

Nous opérons depuis Dubaï pour couvrir la région, en particulier l’Arabie saoudite, où nous comptons parmi nos clients plusieurs acteurs de premier plan, notamment des fonds souverains et des fonds de pension. À ce stade, nos collaborateurs expriment leur volonté d’y rester.

Natixis IM propose une offre de gestion active et de conviction. Comment vous positionnez-vous vis-à-vis des ETF actifs?

Nous prévoyons d’en lancer au second semestre en Europe, de manière sélective et en étroite adéquation avec les besoins de nos clients.

Comment s’explique le succès de DNCA en 2025?

La réussite de DNCA s’explique notamment par la collecte record sur son fonds phare,  DNCA Alpha Bonds, qui a rencontré un immense succès sur tous les marchés. DNCA n’a toutefois pas été le seul moteur de l’année: Ostrum AM et Loomis Sayles ont également enregistré de solides performances, tandis que Harris Oakmark a remporté un mandat de 15 milliards auprès de Vanguard aux Etas Unis. De son côté, la stratégie Shiller d’Ossiam a collecté un milliard supplémentaire. Dans des marchés sans direction claire, la richesse et la diversité de notre modèle multi-affiliés répond aux attentes de nos clients et produisent donc d’excellents résultats.

Quel usage faites-vous aujourd’hui de l’intelligence artificielle?

Nous l’utilisons à plusieurs niveaux, notamment en gestion d’actifs, où elle permet de rechercher et d’agréger les données nécessaires à l’analyse, laquelle demeure le privilège des équipes humaines. Nous avons également déployé un pilote pour assister à la rédaction des comptes rendus de réunions et utilisons l’intelligence artificielle dans la préparation des réponses aux appels d’offres. L’objectif est clair: générer des gains de temps significatifs pour se concentrer sur la génération d’idées et de solutions.

Quelle est la place de la Suisse dans vos activités?

La Suisse figure parmi nos cinq marchés clés, avec deux implantations complémentaires. À Genève, sous la houlette de Sophie Courmont, l’activité est principalement orientée vers les banques privées suisses ainsi que les gérants indépendants. À Zurich, dirigée par Carolin Hefele, l’approche est davantage tournée vers les grandes institutions locales,. Ces deux entités sont placées sous la responsabilité de Gad Amar, en charge de la distribution pour l’Europe de l’Ouest.

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