Le retour de la thématique inflationniste s’est imposé brutalement sur les marchés. Entre «sell-off» sur les taux d’intérêt, regain d’aversion au risque et retour du dollar comme valeur refuge dominante, la configuration actuelle rappelle fortement le choc énergétique de 2022.
Le conflit au Moyen-Orient a ravivé le spectre de la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine. En quelques jours, la structure des marchés a profondément changé, présentant des similitudes frappantes avec l’épisode de 2022. Le prix du Brent s’est envolé au-delà de 100 dollars le baril, contre une moyenne de 69 dollars avant le déclenchement du conflit, sous l’effet de la suspension de la production d’hydrocarbures par plusieurs pays du Golfe, notamment le Koweït, le Qatar et l’Arabie saoudite.
Mais la réaction la plus spectaculaire a été observée sur le marché du gaz naturel européen. Les prix ont bondi de plus de 67% sur la semaine pour atteindre 52 euros par MWh, conséquence directe de la fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20% de l’offre mondiale de gaz naturel liquéfié.
Le choc énergétique ravive les anticipations d’inflation
Ce choc énergétique a immédiatement ravivé les anticipations d’inflation de part et d’autre de l’Atlantique. Avec la flambée des prix du gaz naturel, l’Europe apparaît une nouvelle fois comme la région la plus exposée, comme ce fut déjà le cas en 2022.
Sur les marchés obligataires européens, cette situation s’est traduite par un aplatissement marqué des courbes de rendement, principalement tiré par la hausse des taux courts. Les points morts d’inflation ont progressé, notamment sur les maturités les plus courtes, reflétant un réajustement rapide des anticipations d’inflation et de politique monétaire.
Toutefois, le point mort d’inflation allemand à dix ans, actuellement à 2,06%, reste sensiblement inférieur au niveau de 3% observé après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Cela suggère que les marchés n’anticipent pas encore un choc inflationniste durable lié au conflit actuel.
La fragmentation obligataire en zone euro a néanmoins refait surface. Le spread entre les obligations italiennes et allemandes s’est élargi de 13 points de base pour atteindre 76 points de base, reflétant notamment la forte dépendance énergétique de l’Italie au gaz naturel liquéfié qatari, qui représente près de 35% de ses importations totales de gaz.
Les marchés obligataires sous pression
Au Royaume-Uni, la correction obligataire a été particulièrement marquée. Le rendement des Gilts à dix ans a bondi de 40 points de base sur la semaine pour atteindre 4,63%, soit une hausse deux fois plus importante que celle observée sur le T-Note américain.
Aux États-Unis, la dynamique haussière des taux a brièvement été interrompue par un rapport sur l’emploi décevant. Les créations d’emplois ont chuté de 92'000 en février et le taux de chômage est remonté à 4,4%. Cette surprise macroéconomique a temporairement freiné la remontée des rendements obligataires.
L’accalmie a toutefois été de courte durée. Les inquiétudes liées à un scénario de stagflation ont rapidement repris le dessus, comme en témoigne la forte remontée de la volatilité. L’indice VIX a ainsi clôturé au-dessus de 29 pour la première fois depuis plus de 200 jours.
Les actions européennes sous-performent
Sur les marchés actions, les indices européens ont nettement sous-performé leurs homologues américains. L’Euro Stoxx 50 a reculé d’environ 7% sur la semaine, tandis que les marchés américains ont largement effacé leurs pertes initiales.
Le Nasdaq ne cède ainsi que 0,6%, tandis que le S&P 500 limite son recul à 1,8%, illustrant une meilleure résilience des marchés américains dans cet environnement incertain.
Le retour du dollar comme valeur refuge
Dans ce contexte de forte aversion au risque, le dollar a retrouvé son statut de valeur refuge dominante. Lors des tensions géopolitiques de 2025, ce rôle avait davantage été occupé par l’or. Cette fois-ci, la devise américaine s’impose clairement comme l’actif refuge privilégié des investisseurs.
Autre similitude frappante avec le choc de 2022: l’insensibilité relative des taux chinois. Le rendement des obligations souveraines chinoises à dix ans est resté stable autour de 1,8%, illustrant la déconnexion du marché obligataire chinois face aux turbulences internationales.
Par ailleurs, Pékin a annoncé une cible de croissance comprise entre 4,5% et 5%, soit la plus faible depuis 1991. Dans ce contexte, plusieurs banques chinoises ont commencé à réduire leurs expositions au Moyen-Orient, pour un montant estimé à 15,7 milliards de dollars.
Les marchés émergents pénalisés par l’aversion au risque
Les marchés émergents ont été fortement impactés par l’environnement «risk-off». En quelques jours, toute la surperformance relative des actions émergentes par rapport aux actions américaines a été effacée, dans le sillage du renforcement du dollar.
Les marchés asiatiques ont été particulièrement touchés en raison de la forte vulnérabilité de la région à la hausse brutale des prix de l’énergie. En fin de semaine, les indices ont amorcé une phase de consolidation, mais les performances hebdomadaires restent nettement négatives, à l’image du Kospi (-10%) et du Nikkei (-5,5%).