Après un rallye spectaculaire, l’or a atteint un nouveau record historique le 29 janvier, à plus de 5500 dollars américains par once. Rien que ces trois dernières années, sa valeur a presque triplé, dépassant même le marché actions mondial en plein essor (+70%). Le mini-krach de l’or à la fin du mois a toutefois semé le doute et alimenté la crainte d’une fin de cycle plus précoce que prévu. L’entrée est-elle encore intéressante aux niveaux actuels et quels peuvent être les moteurs d’une nouvelle hausse?
Depuis la fin de l’étalon-or de Bretton Woods, l’or a connu trois phases de boom. La protection contre l’inflation était au premier plan du boom initial dans les années 1970, qui s’est brusquement achevé lorsque Paul Volcker, un «faucon» anti-inflation, a pris la présidence de la Réserve fédérale américaine. La lutte réussie contre l’inflation dans les années qui ont suivi a eu des conséquences catastrophiques pour le prix de l’or. Le métal précieux est alors entré dans un marché baissier qui a duré 20 ans.
Le deuxième boom de l’or, entre 2002 et 2012, n’était plus que partiellement lié à l’inflation. L’augmentation de l’endettement public, soutenue par une orientation de plus en plus expansionniste de la politique monétaire des banques centrales, avec d’importantes baisses de taux et des mesures quantitatives, a conduit sur les marchés à une baisse des taux d’intérêt réels, parfois jusqu’en territoire négatif (taux après déduction de l’inflation). Comme l’or ne verse ni intérêt ni dividende, les «coûts d’opportunité» augmentent lorsque les taux réels montent. À l’inverse, la baisse des taux réels signale soit que les banques centrales relâchent la lutte contre l’inflation, soit qu’elles achètent des obligations, ce qui accroît le besoin de protection contre l’inflation et la dépréciation monétaire via l’or.
Les «cadeaux fiscaux» du nouveau gouvernement américain, combinés à des pressions politiques sur la Réserve fédérale pour qu’elle abaisse les taux malgré une inflation élevée, ont remis la question de la stabilité monétaire à l’ordre du jour.
Le lien étroit entre taux réels et prix de l’or a toutefois trouvé une fin provisoire avec l’attaque de la Russie contre l’Ukraine en 2022. Les sanctions qui ont suivi sur les avoirs en dollars américains de la Russie, combinées à une montée des risques géopolitiques, ont suscité une forte demande d’or de la part des banques centrales. En effet, le métal précieux est considéré comme un actif neutre qui ne peut pas être gelé ou bloqué. Il y a trois ans et demi, de nombreuses banques centrales d’Asie et d’Europe de l’Est ont commencé à restructurer leurs réserves de change. La part de l’or dans les réserves des banques centrales atteint désormais près de 27% à l’échelle mondiale, supplantant l’euro comme numéro deux des monnaies de réserve. Dans le rallye actuel de l’or, la demande des banques centrales joue un rôle décisif, nettement supérieure au cours des quatre dernières années à la moyenne des quinze dernières années.
La demande des investisseurs particuliers a reçu en 2025 un nouvel élan marqué. Les «cadeaux fiscaux» du nouveau gouvernement américain, combinés à des pressions politiques sur la Réserve fédérale pour qu’elle abaisse les taux malgré une inflation élevée, ont remis la question de la stabilité monétaire à l’ordre du jour. Les achats d’or physique et d’ETF/ETC ont atteint un nouveau record historique.
La stabilité monétaire et la géopolitique sont, en conséquence, les moteurs actuels du rallye de l’or. Tant qu’il n’y aura pas de retour à une politique budgétaire et monétaire axée sur la stabilité, le vent arrière pour l’or persistera. Mais aux niveaux de prix élevés actuels, les risques augmentent. L’appétit d’achat des banques centrales a déjà nettement diminué l’an dernier ; dans l’industrie de la joaillerie aussi, l’or est de plus en plus remplacé par d’autres métaux. Le prix élevé de l’or pourrait également être un signal pour les banques centrales occidentales de réduire une partie de leurs importants avoirs en or et d’acter des gains: la part de l’or dans les réserves des banques centrales aux États-Unis, en Allemagne, en Italie et en France a augmenté de dix points de pourcentage depuis le troisième trimestre 2022 pour atteindre désormais environ 80%.
Dans l’optique de rendre son portefeuille d’investissement plus résilient face aux chocs géopolitiques et à la dépréciation monétaire, le métal précieux peut continuer à apporter une contribution de valeur. Mais les investisseurs doivent être conscients que les forces de gravité s’appliquent aussi à l’or – la hauteur de chute s’est accrue en raison de la hausse fulgurante. Selon notre appréciation, on obtient désormais une protection contre l’inflation à meilleur coût au travers d’actifs réels tels que les infrastructures, les transports ou l’immobilier.