BofA veut croître fortement en Suisse

Emmanuel Garessus

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Le groupe prévoit d’accroître de 40% sa clientèle Corporate Banking pour la région EMEA. La Suisse y joue un rôle clé, selon Thorsten Pauli, de BofA Suisse.

 

La prévision financière est un art à part entière, rarement exempt de surprises. En novembre 2024, Bank of America organisait une conférence de presse en Suisse, dans un climat de marché marqué par l’idée que d’éventuels changements de politique commerciale américaine resteraient limités. Les événements ont finalement pris une bien autre tournure.

En ce début d’année, Allnews a rencontré Thorsten Pauli, Country Executive de Bank of America Suisse, et Olof Engelbrekts, Head of Investment Banking de Bank of America Suisse, afin de discuter de leurs convictions, de leurs priorités stratégiques et des enseignements tirés des récents développements.

Qu’attendez-vous de l’année 2026?

T.P.: Les marchés actions montrent que l’appétit pour le risque reste intact. Nous anticipons une année 2026 très active, tant sur les marchés actions qu’en matière de fusions et acquisitions. Les taux d’intérêt devraient rester relativement bas. En Suisse, la BNS a évoqué un risque de déflation, ce qui suggérerait des taux maintenus proches de 0%, un environnement favorable conditions de financement sur les marchés.

Le marché des introductions en bourse (IPO) devrait être dynamique. Nous venons d’assister à une opération majeure en Europe. Dans l’ensemble, l’année à venir devrait être une année «normale» en matière d’IPO, conforme aux tendances historiques. Le principal risque reste d’ordre géopolitique.

Est-ce que vous allez augmenter vos activités de banque d’investissement en Suisse?

T.P.: Le groupe prévoit de développer ses activités de banque d’investissement et d’accroître de 40% sa clientèle Corporate Banking pour la région EMEA. La Suisse joue un rôle clé dans cette stratégie. La Suisse est un marché exceptionnel, avec un grand nombre d’entreprises internationales en recherche de financements. Notre plateforme suisse s’est fortement développée avec notre équipe bancaire qui a plus que doublé ces dernières années pour dépasser les 60 collaborateurs. À moyen terme, nous avons l’ambition de renforcer encore notre présence.

«Notre objectif est clair: renforcer notre empreinte auprès des entreprises en Suisse.»

Votre forte croissance est-elle liée à une base de comparaison faible? Quels sont vos effectifs actuels?

T.P.: Nous sommes présents en Suisse depuis 1951 et allons célébrer notre 75e anniversaire en juin prochain.

Nous proposons une gamme complète de services en banque d’investissement, banque commerciale, financement et trading, couvrant quasiment tous les besoins des entreprises, à l’exception de la banque privée et de la gestion d’actifs. Ces dernières années, nous avons élargi notre champ d’action au-delà des grandes capitalisations pour inclure le segment des PME et ETI suisses déployant une stratégie de croissance à large échelle. Après un démarrage très solide, nous continuerons sans aucun doute à investir dans ce segment.

Notre objectif est clair: renforcer notre empreinte auprès des entreprises en Suisse. Nous sommes ici pour le long terme.

Êtes-vous présents en Suisse romande?

T.P.: Nous couvrons activement les régions francophones et italophones, mais sans présence physique.

Credit Suisse a-t-elle été remplacée dans le financement des grandes entreprises?

O.E.: Nous constatons un nombre croissant de demandes de la part de grandes entreprises et ETI entreprises souhaitant diversifier leurs relations bancaires en Suisse. Pour les PME, la tendance s’est amorcée mais progresse à un rythme plus lent. Nous voyons toutefois un potentiel important dans ce segment.

Comment se développe le marché des IPO en Suisse?

T.P.: Nous devrions voir au moins deux IPO en 2026, un rythme conforme à la moyenne historique. L’environnement s’est amélioré, mais les investisseurs ne sont pas disposés à acheter à n’importe quel prix. Une IPO nécessite toujours un marché actions favorable, mais dépend moins qu’autrefois de conditions de marché idéales. L’an dernier, les IPO en Europe ont été bien exécutées, et les décotes se sont réduites.

«Nous devrions voir au moins deux IPO en 2026, un rythme conforme à la moyenne historique.»

Que déduisez-vous pour le marché des IPOs du boom des transactions en secondaire au sein du private equity?

Le pipeline est bien rempli. La principale contrainte reste les tendances macroéconomiques sous-jacentes dans certains marchés européens, qui continuent de peser sur certains secteurs et certaines entreprises.

Est-ce que l’industrie de la défense européenne est aussi recherchée que l’IA aux Etats-Unis?

T.P.: Nous considérons que l’industrie européenne de la défense est un secteur en croissance structurelle pour les années à venir. Nous anticipons donc des introductions en bourse dans ce secteur à moyen terme.

Est-ce que de nouvelles IPOs ont besoin d’une hausse des indices d’encore 10%?

T.P.: Une IPO requiert toujours un environnement favorable des marchés actions, mais elle dépend davantage de la performance post-introduction que de l’évolution des indices.

Comment voyez-vous se développer le franc suisse?

O.E.: Selon nos économistes, le potentiel de dépréciation significative du franc suisse reste limité cette année. Les primes de risque élevées qui pèsent sur le dollar américain incitent les investisseurs à se couvrir, ce qui, sur le marché des changes, continue de soutenir la demande de CHF. Nos prévisions prévoient une légère dépréciation, mais les préoccupations persistantes autour de la dédollarisation et la hausse de la prime de risque à long terme sur les finances publiques devraient continuer à soutenir le franc suisse. Même si la BNS devait intervenir pour affaiblir la devise, de telles mesures auraient peu de chances d’inverser la tendance de fond.

Et l’économie suisse?

T.P.: De nombreuses entreprises sont exposées aux variations du franc suisse, comme l’ont montré la dernière saison des résultats annuels des entreprises. Jusqu’à présent, elles ont su compenser cet effet par des gains de productivité. Nous restons optimistes pour 2026.

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