Les investisseurs qui ont opté pour la gestion passive se trouvent dans une situation délicate: dans la course à l’intelligence artificielle, leurs portefeuilles sont de plus en plus exposés aux segments à forte intensité de capital. Alors que les géants du cloud comme Alphabet, Microsoft, Meta ne cessent de surenchérir, les investisseurs se trouvent confrontés à un dilemme: doivent-ils rester fidèles à ces géants ou se tourner vers de nouveaux horizons?
La concentration des indices comporte des risques et pose la question d’une éventuelle bulle de l’IA. Sur ce dernier point, nul ne peut répondre avec certitude. En effet, après trois années de progrès époustouflants et d’investissements colossaux, l’avenir de ce marché et celui de la capacité de ses entreprises à créer de la valeur restent flous, notamment si les modèles d’IA se banalisent et que leur monétisation demeure incertaine.
Mais pendant que les tenants de la gestion passive s’interrogent, ceux qui ont opté pour la gestion active peuvent partir en quête d’opportunités en dehors des titres les plus courus et explorer les angles morts du marché de l’IA.
Cibler les points sensibles
Historiquement, ce sont souvent les entreprises qui proposent des solutions aux goulets d’étranglement d’un système de production qui tirent le plus grand profit des nouvelles technologies. De ce point de vue, TSMC et ASML occupent des positions enviables dans la chaîne d’approvisionnement en semi-conducteurs, éléments essentiels des nouvelles technologies. Ainsi, plus de 90% des puces les plus avancées, 20'000 fois plus fines qu’un cheveu, sont fabriquées dans les fonderies de TSMC. Or, pour la gravure de ces semi-conducteurs de pointe, les machines de lithographie à ultraviolets extrêmes (EUV) sont pratiquement incontournables. Par conséquent, sans ces deux entreprises, l’IA n’existerait pas.
La Chine se profile comme l’un des acteurs déterminants pour l’avenir de l’IA.
L’énergie représente également un point critique pour l’IA. L’efficacité énergétique des ordinateurs a doublé environ tous les 18 mois durant plusieurs décennies. Mais, récemment, ce rythme a ralenti. La consommation en électricité des centres de données consacrés à l’IA a explosé, se multipliant par quinze en trois ans. Dorénavant, la capacité de calcul se mesure en watts et non plus en octets.
Cette évolution a de profondes implications. Alors qu’aux Etats-Unis, les investissements dans les énergies renouvelables et dans la modernisation du réseau électrique sont à la traîne, ils s’envolent en Chine et profitent à des entreprises comme CATL, bien positionnées sur les segments des batteries et systèmes de stockage d’énergie.
Des modèles d’affaires basés sur l’IA
Au-delà de la mise en place des infrastructures nécessaires à l’IA, une nouvelle génération d’entreprises dont les modèles d’affaires sont basés sur l’IA émerge. Ainsi, Cloudflare qui s’est donné pour mission d’optimiser les performances et la sécurité sur internet pourrait également jouer un rôle central dans la gouvernance de l’IA. Son logiciel «AI Crawl control» permet aux éditeurs de contenu en ligne d’éviter que leurs données ne soient siphonnées, autrement dit volées, par des «crawlers» (ndlt: des robots d’indexation IA qui collectent les données pour entraîner des modèles d’IA).
Samsara utilise l’IA pour optimiser les opérations dans de nombreux secteurs industriels et notamment le transport par camions. Avoir ces derniers au bon endroit au bon moment grâce à l’analyse prédictive permet à ses clients d’économiser des millions de dollars par an. Duolingo se sert de l’IA générative pour enrichir son offre de formations et personnaliser l’apprentissage. Elle a lancé plus de 150 nouveaux cours durant les 12 derniers mois.
Autre exemple, AppLovin utilise l’analyse et le ciblage publicitaire par IA pour aider les concepteurs de nouvelles applications à attirer des utilisateurs et à monétiser leur offre. Cette plateforme est en mesure de traiter des millions de requêtes de décision publicitaire par seconde. Enfin, la société Intuitive Surgical a renforcé son avantage compétitif grâce à l’introduction de robots chirurgicaux utilisant l’IA. Ces derniers permettent d’obtenir de meilleurs résultats pour les patients et un retour sur investissement plus élevé pour les hôpitaux.
Plus à l’Est: la Chine
Nombre d’investisseurs continuent d’ignorer la Chine alors que ce pays enregistre chaque mois des centaines de brevets pour de nouveaux outils d’IA générative. Au vu de l’amélioration de son environnement commercial et de la mobilité internationale de ses talents en matière de technologie, la Chine se profile comme l’un des acteurs déterminants pour l’avenir de l’IA.
Des entreprises spécialisées dans les infrastructures ou dans les logiciels telles que Enflame, Moore Threads, Meta X, Biren, Kunlunxin et Minimax ont fait des avancées remarquables. De même, des acteurs chinois de la robotique comme Unitree sont considérés comme ayant une longueur d’avance sur leurs concurrents occidentaux.
Les constructeurs chinois de véhicules électriques comme BYD ont fait progresser leurs marques et ont amélioré la qualité de leurs produits. Il sera intéressant d’observer l’évolution de l’offre de BYD sur le plan de la conduite autonome et des modèles de haut de gamme.
Tous les exemples précités témoignent de l’étendue de la palette des opportunités existant dans le domaine de l’IA. L’histoire montre que les gagnants de demain sont rarement les mêmes que ceux d’hier. En effet, ce sont ceux qui savent provoquer, accompagner et innover autour des grandes tendances qui sont les mieux placés pour en tirer les plus grands bénéfices.