La perte de cheveux, un marché en plein boom

Charles-Henry Monchau, Banque Syz

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La perte de cheveux n’est pas seulement un problème esthétique, elle peut affecter la confiance en soi, l’identité et le bien-être des personnes.

 

Le succès de la phase III de Cosmo Pharmaceuticals pour traiter la perte de cheveux chez l’homme a attiré l’attention sur un marché longtemps considéré comme purement cosmétique. La demande pour des traitements efficaces augmente, ce qui stimule la recherche et favorise l’émergence de sociétés biotechnologiques explorant de nouvelles méthodes.

Introduction 

La perte de cheveux n’est pas seulement un problème esthétique, elle peut affecter la confiance en soi, l’identité et le bien-être des personnes. Le marché ne se limite plus aux shampoings et produits cosmétiques. Aujourd’hui, il comprend des entreprises pharmaceutiques, des sociétés de biotechnologie, des fabricants de dispositifs médicaux et des cliniques, tous cherchant à traiter une situation qui touche des centaines de millions de personnes dans le monde.

L’impact de la perte de cheveux

Selon Medihair, la perte de cheveux touchera environ 85% des hommes et 33% des femmes à un moment de leur vie. Une chute de cheveux fait naturellement partie du cycle de croissance, mais elle est considérée comme une perte de cheveux clinique lorsqu’elle dépasse régulièrement 100 cheveux par jour.

Pendant des décennies, la perte de densité capillaire a été perçu comme un signe naturel et inoffensif du vieillissement. Cependant, la recherche médicale a commencé à mettre en lumière ses causes sous-jacentes. La génétique joue un rôle, surtout dans la perte de cheveux liée aux androgènes. Ce n’est pas le niveau d’hormones qui déclenche le processus, mais la sensibilité des follicules à celles-ci. Le vieillissement affaiblit les follicules capillaires au fil du temps. Le stress, certaines maladies et certains traitements peuvent également accélérer la chute. Même sans douleur physique, la perte de cheveux est de plus en plus reconnue comme une vraie problématique médicale, et non comme une simple question esthétique.


Source: Scandinavian Biolabs

Les cheveux ne sont pas seulement une question d’apparence: ils sont liés à l’identité, à la jeunesse et à la façon dont les autres nous perçoivent. La perte de cheveux peut provoquer de l’anxiété, de la dépression, un repli sur soi, et un sentiment de perte de féminité ou de masculinité, surtout chez les jeunes. Une étude européenne menée auprès de 729 hommes a montré que 62% d’entre eux estimaient que la perte de cheveux réduisait leur confiance en eux, et 43% pensaient qu’elle diminuait leur attractivité. Chez les femmes, le stress et la détresse liés à la perte de cheveux sont encore plus importants. Cette situation est souvent plus difficile à vivre pour les femmes à cause d’un stigmate social plus fort, la perte de cheveux y est perçue comme moins «acceptable» que chez les hommes, ce qui renforce le sentiment d’isolement.


Source: PubMed

La perte de cheveux peut affecter la vie professionnelle en influençant la manière dont les autres perçoivent l’âge, l’énergie ou l’autorité d’une personne. Son impact dépasse l’individu et touche aussi la société.

En 2024-2025, le président sud-coréen Le Jae-myung a demandé aux autorités d’étudier si l’assurance santé nationale devait couvrir davantage de traitements contre la perte de cheveux, y compris la calvitie héréditaire, qu’il a qualifiée de «question de vie ou de mort» pour de nombreux jeunes. La communauté médicale a soulevé des questions sur le coût et la priorité par rapport aux maladies graves, mais le simple fait que ce débat ait eu lieu montre à quel point l’alopécie est devenue un sujet social majeur.

Aperçu du marché de la perte de cheveux

Le marché des soins capillaires est vaste et en pleine expansion, porté par une demande constante à la fois pour la santé des cheveux et pour l’esthétique. Selon McKinsey, l’industrie des soins capillaires devrait atteindre près de 100 milliards de dollars d’ici 2028, avec une croissance annuelle de 5% entre 2023 et 2028. 

Les traitements contre la perte de cheveux ne dépendent pas de la conjoncture économique. Les personnes concernées continuent de chercher des solutions efficaces et sont prêtes à investir, quel que soit l’état de l’économie. Beaucoup dépensent pour des shampoings haut de gamme, des produits spécialisés, des soins en salon ou des traitements, pouvant atteindre plusieurs centaines de dollars par an.

Le marché des traitements capillaires est donc vaste et diversifié, structuré autour de plusieurs segments principaux.

Les traitements médicaux constituent une part centrale de l’industrie. Les thérapies contre la perte de cheveux, comme le minoxidil appliqué directement sur le cuir chevelu, le finastéride oral ou les traitements injectables tels que le plasma riche en plaquettes (PRP), sont très répandus. Ces solutions ciblent principalement l’alopécie androgénétique, la forme la plus fréquente de perte de cheveux chez les hommes comme chez les femmes.

La thérapie au laser est une option non chirurgicale de plus en plus populaire. Les appareils à faible intensité stimulent les follicules pileux, améliorent la circulation et favorisent des cheveux plus épais et en meilleure santé.

Les solutions chirurgicales, comme les greffes de cheveux, représentent un autre segment en forte croissance. Des techniques comme la FUE (extraction d’unités folliculaires) sont désormais largement acceptées dans toutes les tranches d’âge, et les cliniques du monde entier réalisent chaque année des centaines de milliers de greffes.


Source: medihair

Les ventes en ligne sont devenues un canal clé pour les traitements contre la perte de cheveux, surtout chez les jeunes consommateurs qui privilégient des solutions pratiques et personnalisées. En parallèle, l’intérêt pour les compléments de bien-être et les soins du cuir chevelu ne cesse de croître, reflétant des changements plus larges dans les habitudes de beauté, de soins personnels et de mode de vie.

Les grandes marques grand public jouent un rôle majeur sur ce marché. Des entreprises comme Procter & Gamble, L’Oréal ou Unilever utilisent leurs larges réseaux de distribution et leur notoriété pour proposer une gamme de produits: traitements à base de minoxidil, shampoings et après-shampoings conçus pour ralentir la chute des cheveux ou favoriser la repousse. Ces produits se trouvent souvent en concurrence avec ceux proposés par les sociétés pharmaceutiques et les startups spécialisées dans les soins capillaires.

Les sociétés pharmaceutiques sont également très actives, notamment sur les marchés de médicaments sur ordonnance. Des groupes comme Merck, Bayer ou Pfizer investissent dans la recherche de thérapies de nouvelle génération, visant à aller au-delà des produits en vente libre et des médicaments classiques. Leur objectif: améliorer l’efficacité, réduire les effets secondaires et développer de nouveaux traitements pour l’alopécie androgénétique.

Tendances émergentes sur le marché des soins contre la perte de cheveux

Le marché des soins contre la perte de cheveux est en pleine transformation grâce aux innovations biotechnologiques et medtech, qui vont au-delà des traitements traditionnels. Les nouvelles avancées permettent de développer des solutions ciblant directement les causes biologiques de la perte de cheveux, plutôt que de se contenter de traiter ses symptômes.

Les sociétés pharmaceutiques spécialisées jouent un rôle clé dans cette innovation. Cosmo Pharmaceuticals N.V., par exemple, développe Breezula, une solution topique à 5% de Clascoterone. Ce traitement bloque la DHT (dihydrotestostérone), une hormone responsable de la réduction des follicules pileux, tout en étant peu absorbé par l’organisme. Les essais de phase III ont montré une augmentation du nombre de cheveux pouvant atteindre 539% par rapport au placebo.

L’annonce de ces résultats en décembre a été très bien accueillie par le marché: le cours de l’action de Cosmo a progressé de 82% sur l’année et de 10% depuis le début de l’année, après une récente augmentation de capital de 5,3% au profit de Capital Group. Cette société irlandaise cotée à Zurich renforce ainsi sa base d’actionnaires et sa flexibilité financière sans diluer ses actions.


Source: Bloomberg

Le segment des traitements capillaires innovants attire de plus en plus les investisseurs. Les fonds institutionnels, notamment ceux spécialisés dans la santé et les sciences de la vie, orientent leur capital vers les entreprises développant de nouvelles thérapies. Le succès des essais cliniques renforce leur confiance dans ce secteur en pleine expansion.

Les levées de fonds ont un impact direct sur le marché. Pelage Pharmaceuticals, basée à Los Angeles, a levé 120 millions de dollars en octobre lors d’une série B co-dirigée par Arch Venture Partners et Google Ventures. Cette annonce a renforcé la confiance des investisseurs dans les traitements régénératifs, alors que Pelage se prépare à lancer ses essais de phase III.

D’autres startups attirent également l’attention. OneSkin, à San Francisco, a levé plus de 46 millions de dollars pour développer une gamme de sérums capillaires et de produits de soins du cuir chevelu. Luminate Medical a, quant à elle, réalisé une série A de 21 millions de dollars pour un dispositif de traitement à domicile, confirmant l’intérêt des investisseurs pour les thérapies de soutien, notamment pour les patients sous chimiothérapie.

La biotech chinoise Kintor Pharmaceutical se distingue avec son programme GT 20029 (AR PROTAC). Ce traitement topique cible les récepteurs androgéniques des follicules pileux pour prévenir leur miniaturisation, offrant une approche innovante contre l’alopécie androgénétique. Les essais de phase II en Chine ont atteint leurs objectifs avec d’excellents résultats et une bonne sécurité. L’entreprise se prépare désormais à des essais de phase III en Chine et aux États-Unis, ce qui a renforcé la confiance des investisseurs et entraîné une hausse du cours de l’action de 195,45% en 2025.


Source: Kintor Pharmaceutical Limited, PR Newswire

Les dispositifs medtech transforment la manière dont la perte de cheveux est diagnostiquée et traitée. Des plateformes alimentées par l’IA, comme FotoFinder Trichoscale AI, cartographient la densité des follicules, l’état du cuir chevelu et l’amincissement des cheveux avec une précision de plus de 94%. Déjà utilisées en clinique, ces solutions permettent de distinguer différents types de perte de cheveux, comme l’alopécie androgénétique ou inflammatoire, pour des plans de traitement plus précis et de meilleurs résultats pour les patients.

L’intégration de la télémédecine renforce encore ces outils. Les patients peuvent envoyer des images de leur cuir chevelu depuis chez eux, analysées par l’IA pour produire des rapports cliniques destinés aux médecins. Cela étend la portée des cliniques, favorise le suivi des traitements et permet des interventions basées sur des données objectives plutôt que sur des suppositions.

En améliorant les tests cliniques, la medtech augmente non seulement la précision, mais simplifie aussi le flux de travail. Les infirmiers et techniciens passent moins de temps sur les mesures manuelles, tandis que les médecins peuvent se concentrer sur l’interprétation des données et la personnalisation des traitements, ce qui accélère les consultations, améliore l’expérience patient et renforce la confiance dans les résultats.

Pour les sociétés pharmaceutiques, ces plateformes IA servent non seulement au diagnostic et à l’administration de traitements, mais aussi à optimiser la R&D et les processus commerciaux. Par exemple, Cosmo Pharmaceuticals (2,15 milliards de francs de capitalisation boursière) utilise l’apprentissage automatique pour accélérer la découverte de molécules à forte puissance, réduisant ainsi les délais de développement dans le secteur biopharmaceutique.


Conclusion 

La perte de cheveux est une préoccupation humaine qui traverse les siècles. Des auteurs anciens, comme Suétone, rapportent que même Jules César se préoccupait de son amincissement capillaire et cherchait à le dissimuler en peignant ses cheveux vers l’avant ou en portant des couronnes de laurier.

Aujourd’hui, la perte de cheveux se situe à l’intersection de la médecine, de la biotechnologie, du bien-être et de la santé grand public. Les progrès scientifiques ont permis de mieux comprendre ses causes biologiques, la recherche sociale a documenté son impact sur la qualité de vie, et l’innovation a élargi le panel de traitements disponibles. Les solutions pharmacologiques traditionnelles restent le pilier du marché, mais les approches émergentes en biotechnologie et medtech redéfinissent progressivement les attentes des patients et des professionnels.

 

Il ne s’agit pas de recommandations d’investissement

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