Un nouveau cap pour le dollar américain

Tilmann Galler, J.P. Morgan Asset Management

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Les investisseurs doivent accorder une attention accrue à l’exposition aux devises dans l’ensemble des classes d’actifs.

Après une période haussière de 14 ans pour le dollar américain, la tendance s’est définitivement inversée. Depuis le début de 2025, la devise s’est affaiblie et nous pensons que sa baisse pourrait se poursuivre.

La force du dollar résultait, selon nous, de «l’exceptionnalisme» des Etats-Unis en matière de croissance économique, de la performance solide de son marché boursier et de son avantage en termes de rendement réel. Ces atouts reposaient sur une confiance forte dans le cadre institutionnel qui protège les détenteurs d’actifs américains et du dollar.

Certaines fondations qui soutenaient la force du dollar ont évolué. Par conséquent, le dollar devrait continuer de s’affaiblir progressivement, même si certains scénarios pourraient entraîner des mouvements plus chaotiques.

Le rôle de l’exceptionnalisme dans la force du dollar américain

Vu que le dollar est cyclique, il n’y a pas de point de départ évident, mais la plupart des analystes regardent la surperformance de la croissance américaine. Depuis la crise financière, l’économie américaine a généralement surperformé les autres grandes économies, telles que la zone euro et le Japon. La révolution du schiste a rapproché les Etats-Unis de l’indépendance énergétique, rendant leur économie moins vulnérable aux chocs énergétiques.

L’objectif du président Trump de ramener la production manufacturière aux Etats-Unis a joué un rôle central dans le récent déclin du dollar.

Non seulement l’économie américaine dans son ensemble a enregistré de meilleurs résultats, mais les entreprises technologiques américaines ont également prospéré grâce à de nouvelles innovations comme l’intelligence artificielle. Bon nombre de ces entreprises ont contribué à la surperformance significative des indices boursiers américains.

La Réserve fédérale a pu également maintenir des taux d’intérêt plus élevés que ses homologues du G7. L’Europe, après la crise de la dette souveraine, et le Japon, piégé dans un régime déflationniste, ont même dû recourir à des taux négatifs.

La surperformance en matière de croissance, les taux d’intérêt plus élevés et la solidité des institutions ont attiré des capitaux mondiaux vers les Etats-Unis, permettant de financer des prêts aux ménages, aux entreprises et au gouvernement américains. Ce capital a permis une augmentation des dépenses, stimulant davantage la croissance intérieure et soutenant la demande de biens et services provenant d’autres régions du monde.

Quelle est la prochaine étape pour le dollar américain?

Avec des valorisations déjà élevées, le cycle vertueux du dollar est désormais au point mort à plusieurs égards. L’objectif du président Trump de ramener la production manufacturière aux Etats-Unis a joué un rôle central dans le récent déclin du dollar. A court terme, du moins, la réduction des importations doit, par définition, coïncider avec une baisse de la consommation américaine de biens et services, que cette baisse provienne des ménages, des entreprises ou du gouvernement. Les partisans des droits de douane diront que ce rééquilibrage réduira simplement les dépenses américaines en biens et services étrangers, mais cela n’est pas réaliste compte tenu du rôle clé des importations dans la production américaine.

La baisse de la demande américaine en biens et services étrangers forcera les pays qui en dépendaient à accepter une croissance plus faible ou à stimuler leur économie. La Chine et l’Allemagne réagissent par des mesures de relance internes, le changement de politique budgétaire en Allemagne étant particulièrement notable. Ces mesures de relance signifient que ces pays investiront davantage leur capital chez eux plutôt que de l’envoyer aux Etats-Unis. Le Japon, plus grand détenteur étranger de bons du Trésor américain, est un autre facteur important pour l’évolution du dollar. A mesure que l’économie japonaise se redresse, les rendements obligataires locaux augmentent et incitent davantage de capitaux à rester dans le pays.

Attention à l’exposition aux devises

En raison de la surperformance des actifs américains, l’exposition au dollar a considérablement augmenté dans de nombreux portefeuilles. La part du dollar américain dans un portefeuille classique 60:40 composé du MSCI ACWI et de l’indice Bloomberg Global Aggregate Bond est passée de 44% début 2011 à 57% fin octobre 2025, selon Bloomberg et MSCI.

Les investisseurs doivent accorder une attention accrue à l’exposition aux devises dans l’ensemble des classes d’actifs. Malgré la dépréciation du dollar cette année, il reste fondamentalement une devise chère. Selon nos perspectives de marché à long terme pour 2026 (LTCMA), le dollar américain est, selon nous, encore 7% au-dessus de sa juste valeur par rapport à l’euro, et 8% par rapport à la livre sterling.

Un éventuel frein pour les rendements des actions

Depuis la fin des accords de Bretton Woods, un dollar fort s’accompagnait généralement d’une surperformance des actions américaines par rapport au reste du monde. En période de faiblesse du dollar, l’inverse était vrai. Cela est intuitif, car l’attrait des rendements des actions attire les capitaux mondiaux et influence les mouvements du dollar.

Les investisseurs doivent donc être attentifs aux expositions non couvertes et à la façon dont les mouvements de devises peuvent amplifier toute sous-performance relative si le marché boursier américain venait à fléchir. L’année 2025 rappelle que, à court terme, ces fluctuations peuvent être significatives. En monnaie locale, le S&P 500 a progressé de 18% sur l’année jusqu’à fin novembre, tandis que pour les investisseurs non couverts en euros et en livres sterling, l’indice n’a augmenté que de 5% et 11% respectivement.

La valeur refuge du dollar pourrait ne plus être ce qu’elle était

Au cours de la dernière décennie, les investisseurs ont accepté une exposition plus importante au dollar pour la protection supplémentaire qu’elle leur offrait en période de volatilité des marchés. Depuis le sommet de la crise financière mondiale, la corrélation sur deux ans du billet vert avec la performance du S&P 500 a été presque continuellement négative. Cela signifiait que l’exposition au dollar pouvait compenser une partie du risque actions. C’était particulièrement évident lors de crises survenues en dehors des Etats-Unis, comme la crise de la dette souveraine en zone euro et le déclenchement de la guerre en Ukraine.

Cependant, ce statut de valeur refuge ne semble plus aussi solide. La corrélation du dollar avec le marché boursier a fortement augmenté en 2025. Si les politiques américaines s’avèrent inflationnistes et déstabilisantes, le dollar risque de perdre ses effets positifs de diversification.

Trouver le bon équilibre du risque de change dans le portefeuille est essentiel pour réussir ses investissements à l’avenir. L’ajout de stratégies couvertes en devises et d’une gestion active du risque de change, ainsi qu’une large diversification internationale, peuvent atténuer les risques liés à une baisse du dollar, qu’elle soit ordonnée ou désordonnée.

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