On nous aura pourtant prévenu…

Julien Serbit, Prime Partners

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Nous cherchons dans le passé des points de comparaisons alors que nous ne cessons de rappeler que les performances passées ne présument pas des performances futures.

 

Les craintes d’une bulle technologique s’intensifient ces dernières semaines et la saison des résultats va de nouveau agir comme juge de paix pour le secteur. Tenant compte des signes clairs d’une certaine euphorie, notamment au niveau des investissements des grands acteurs de la «tech», il convient de rééquilibrer l’exposition des portefeuilles au secteur star de la cote.

Au cours des dernières semaines les investisseurs jouant à plein le thème de l’intelligence artificielle ont continué d’être récompensés sur les marchés financiers. Sans sourciller, la plupart des valeurs liées de près ou de loin à la construction de data centers ont atteint de nouveaux sommets et Nvidia a notamment franchi la capitalisation ubuesque de 5 trillions de dollars. Le S&P 500 est désormais composé à plus de 40% de valeurs technologiques et ne reflète plus vraiment la réalité économique des États-Unis, ce qui, dans le monde des indices boursiers, n’est de loin pas une exception. Les débats entre «believers» de l’IA et sceptiques de la «tech», ces derniers, soyons honnêtes, étant souvent des investisseurs ayant raté le train, font rage et je reste personnellement dans le camps des premiers. Cependant, comme dit le proverbe, il faut savoir raison garder car force est de constater que l’exubérance des «capex» des géants de la technologie américaine parait de plus en plus réelle.

Les marchés financiers proposent bien des schémas différents quand il s’agit de nous étonner et il est toujours drôle de constater que nous cherchons sans cesse dans le passé des points de repère et des comparaisons en tout genre alors que dans le même temps nous ne cessons de rappeler que les performances passées ne présument pas des performances futures… Mieux vaut en rire. Là où en revanche l’histoire se répète souvent et où des ressemblances apparaissent, c’est plutôt dans le comportement des investisseurs. Pour faire simple, on en veut toujours plus et les gains boursiers euphorisent bon nombre d’investisseurs et viennent altérer leur discernement. Le chant des sirènes en quelque sorte. En l’occurrence, même si Sam Altman, figure de proue d’Open AI, n’a rien d’une sirène, c’est peut-être bien de la «start up» derrière Chat GPT qu’il faut commencer à se méfier.

Tout d’abord, gardons en tête que depuis des mois le marché a largement célébré toute annonce de contrat ou projets communs entre une société et Open AI. Oracle, Broadcom et bien d’autres ont vu leurs valorisations boostées à grands coups de collaborations à venir. Au risque de passer pour un rabat-joie, les investisseurs se sont avant tout focalisés jusqu’ici sur des effets d’annonce, faute de «concret» immédiat. Les promesses boursières n’engageant en général que ceux qui les croient, de plus en plus d’entre eux commencent à pointer du doigt la frénésie de dépenses de la start up vis-à-vis de ses revenus. Certes, le monde entier s’est mis à Chat GPT et l’immense majorité des utilisateurs est subjuguée par cet assistant omniscient capable de donner de précieux conseils sur les meilleures croquettes à donner à son chat ou de vulgariser les étapes d’une opération à cœur ouvert afin que nous puissions l’expliquer à nos convives le soir de Noel. Tout cela est clairement magique mais ne rapporte pas beaucoup d’argent pour le moment. En tout cas pas assez pour que Sam Altman puisse convaincre les plus perplexes. De plus, il faut bien le dire, le monsieur a parfois tendance à jouer de ce paradoxe, déclarant qu’au fond il n’en a que faire de combien sa société brule de cash… méfiance.

Si l’on en vient à ce qui nous taraude le plus, nous les investisseurs, la question est la suivante: que faire désormais avec notre exposition aux actions technologiques?

Un premier élément de réponse tient au fait que le temps du «tout venant» semble largement derrière nous. Autrement dit toute annonce de contrat, développement ou projet estampillé intelligence artificielle ne devrait plus être en mesure de faire grimper durablement les titres des sociétés concernées. Les multiples ne sont plus ceux d’il y a 12-18 mois et le coté effet d’annonce commence à avoir un sérieux air de déjà-vu. Il faut donc creuser un peu plus et tenter de séparer le «bruit» du réel et là ça se complique bien évidemment. 

Engranger des profits sur les sociétés aux bilans les moins solides semble être une première mesure sage en cette fin d’année. Diversifier son exposition aux différents sous segments du secteur technologique en est une seconde. Au-delà des semi-conducteurs, la «tech» offre de nombreuses opportunités moins corrélées à la construction de data centers. Restons cependant réalistes, qu’il s’agisse de cyber sécurité, fintech ou e-commerce, les cours de la plupart des entreprises actives dans ces domaines se sont déjà fortement appréciés au cours des derniers trimestres. N’en demeure pas moins qu’une bonne diversification «intra sectorielle» aidera probablement en cas d’accident. Enfin, et c’est surement là le plus important, gardons la tête froide vis-à-vis du bénéfice/risque du positionnement de nos portefeuilles après quasiment trois années de hausse des marchés actions. Si comme l’indice Nasdaq, la performance globale des actions technologiques que nous détenons en portefeuille est quasiment de 100% depuis 2023 alors où est l’intérêt de prendre des risques supplémentaires à ce stade? Les investisseurs qui sont dans cette situation enviable n’ont de loin pas manqué le train de l’IA et doivent faire preuve de sang-froid, sans notamment céder à la pression des performances calendaires qui n’a aucun sens quand il s’agit d’investir.

Il n’y a aucune prophétie ou intelligence (non artificielle pour le coup) à anticiper que le marché va de plus en plus discriminer les sociétés technologiques dans les mois et les trimestres à venir. La compréhension des investisseurs va naturellement augmenter et ces derniers vont petit à petit clairement discerner les gagnants et les perdants de cette évolution technologique majeure. Dit autrement, les sociétés qui auront su monétiser leurs investissements dans l’IA, si massifs soient-ils, devraient être mieux traitées que celles dont les bénéfices n’empruntent pas suffisamment vite le chemin de la hausse.

L’histoire d’amour entre les marchés et les acteurs de l’intelligence artificielle passera elle aussi par des hauts et des bas et comme parait-il l’amour dure trois ans, il semble sage de privilégier désormais les sociétés technologiques dont les actes sont plus visibles que les mots en termes de revenus. 

Ce billet n’a pas été rédigé par Chat GPT 😉

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