Marchés émergents en effervescence

Alain Barbezat, BCV

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Innovation, dollar en baisse et exposition modérée à la nouvelle donne commerciale plaident pour un retour solide des actions des marchés émergents, Chine en tête.

Les marchés boursiers chinois affichent un optimisme marqué et la longue période de sous-performance des marchés émergents semble en passe de s'inverser. Les conditions semblent être alignées pour cette catégorie d'actif à l’orée de 2026.

L'innovation technologique, le développement des infrastructures et la modernisation industrielle occupent désormais une place centrale dans les préoccupations des pays émergents. Leurs économies gagnent en dynamisme, affichant une croissance rapide et un capital intellectuel solide, se libérant de leur dépendance à l'égard des Etats-Unis ou des marchés développés pour concevoir leurs propres produits ou technologies, comme en témoigne le déploiement du modèle d'intelligence artificielle de DeepSeek en Chine au début de l'année.

L'annonce de DeepSeek a capté l'attention, mais ce qui a suivi a été encore plus marquant: un regain d'enthousiasme et un essor de l'innovation en Chine, désormais palpables non seulement dans l'ambiance générale, mais également sur les marchés boursiers. Plusieurs forces convergent actuellement pour provoquer une réévaluation des actions chinoises.

Partenaire incontournable

Il ne s'agit pas seulement d'une histoire d'innovation. C'est une histoire de substitution et, de plus en plus, de préférence. La Chine est en train de devenir rapidement le partenaire technologique incontournable des marchés émergents en quête de souveraineté, d'échelle et de rapidité. Pour les pays du Sud Global, qui recherchent des solutions abordables et performantes, la technologie chinoise devient l'option par défaut dans divers domaines stratégiques.

Dans la biotech, plus de 30% des accords mondiaux de concession de licences de médicaments sont actuellement conclus par les Chinois.

De l'intelligence artificielle générative à la robotique humanoïde et à l'automatisation industrielle, l'innovation chinoise accélère à tous les échelons. Dans le secteur des biotechnologies, plus de 30% des accords mondiaux de concession de licences de médicaments sont actuellement conclus par les Chinois. Dans le secteur de la robotique humanoïde, la Chine allie de façon singulière des compétences en intelligence artificielle de niveau mondial à une capacité de production inégalée.

Lors de son discours au Sommet All-In le 25 septembre 2025, Eric Schmidt, ex-PDG de Google, a souligné la perte de vitesse des Etats-Unis face à la Chine en raison de divergences stratégiques dans le domaine des systèmes d'intelligence artificielle avancés et de leur incorporation dans des technologies cruciales. Eric Schmidt a souligné que Pékin mettait l'accent sur l'intégration de l'intelligence artificielle dans des applications concrètes, allant des applications grand public à la robotique. «Par conséquent, ils mettent un point d'honneur à recourir à l'intelligence artificielle et à l'appliquer à toutes les situations», a-t-il affirmé.

Énergie meilleure marché

Un élément crucial pour l'évolution de l'intelligence artificielle réside dans l'accès à l'énergie – et plus précisément à l'électricité – et à son coût, tous les deux indispensables pour alimenter les gigantesques centres de données. De nos jours, la Chine détient le record du pays affichant le tarif de l'électricité le plus bas. Il y a 20 ans, elle fournissait environ la moitié moins d'électricité que les Etats-Unis. Aujourd'hui, sa production dépasse celle des Etats-Unis et de l'Europe réunis, et ce, à un coût nettement plus bas. Un point supplémentaire pour la Chine dans la course à la suprématie technologique.

La Chine a, par ailleurs, abandonné sa stratégie d'ajout de capacités industrielles excédentaires pour adopter une nouvelle politique dite d'«anti-involution». Derrière ce terme se cache une politique visant à mettre un terme à la concurrence féroce entre les entreprises, qui entraîne une surcapacité de production, une déflation et une compression des marges bénéficiaires.  Les marges et les valorisations déprimées pourraient ainsi rebondir.

Stimuler la demande

La Chine a annoncé en outre des mesures de grande envergure visant à stimuler la demande intérieure en encourageant la consommation de services. Cette nouvelle orientation politique pourrait susciter une demande durable. Les services sont des activités à forte intensité de main-d'œuvre, avec une répercussion sur les salaires et la création d'emplois.

Les cinq dernières années ont laissé des séquelles chez de nombreux investisseurs en actions chinoises. Ainsi, perception, politique et technologie sont désormais alignées. Conséquence: pour la première fois depuis des années, les récits macro et microéconomiques en Chine convergent enfin vers le haut et devraient contribuer à faire oublier ces «mauvais moments» vécus par les investisseurs.

Asie de l’Est favorisée

Durant ce même laps de temps, l’Inde, privilégiée récemment par les investisseurs, s’en trouve affaiblie. En effet, la révolution de l'IA semble éliminer les activités de services tout en augmentant la productivité du secteur manufacturier et en récompensant les pays disposant d'une énergie bon marché et fiable, ainsi que d'excellentes infrastructures. En d'autres termes, les tendances actuelles favorisent désormais l'Asie de l'Est au détriment de l'Inde.

Outre ces éléments internes, les marchés émergents profiteront de la conjoncture où la Réserve fédérale américaine et les banques centrales des marchés émergents assouplissent leur politique monétaire, tandis que le dollar américain est généralement en baisse.

Une vingtaine de banques centrales des marchés émergents ont réduit leur taux d’intérêt ce trimestre, avec un déplacement de la dynamique de la région EMEA vers l'Amérique latine, tandis que l'Asie progresse de manière plus modérée en raison de sa sensibilité plus importante aux taux de change. La décision de la Fed d'assouplir sa politique monétaire permet aux banques centrales des marchés émergents de continuer sur leur voie de politique accommodante.

Un autre souffle favorable vient de l’énergie: traditionnellement, la hausse des prix du pétrole a limité la flexibilité des marchés émergents, mais avec l’annonce surprise de l’Opep d’une augmentation de la production dans un environnement économique stable, le pétrole devrait poursuivre sa tendance à la baisse, ce qui atténuera l’un des principaux moteurs d’inflation pour les marchés émergents importateurs d’énergie.

Finalement, les droits de douane imprévisibles, les attaques contre l'indépendance des banques centrales et l'instabilité gouvernementale en Europe devraient permettre la poursuite de la réduction de la décote des actifs des marchés émergents. Dans ce contexte, la situation politique des principales économies émergentes constitue un avantage supplémentaire.

En conclusion, les réformes de la gouvernance en Corée, l’émergence de DeepSeek et la réforme du marché des capitaux en Chine, la demande continue de semi-conducteurs alimentée par l'IA pour Taïwan et la Corée, une Amérique latine relativement gagnante sur le plan tarifaire et une Europe émergente bénéficiant des mesures de relance budgétaire allemandes et du renforcement de la défense paneuropéenne sont autant de développements régionaux spécifiques au sein des pays émergents, qui avec l’assouplissement de la politique monétaire américaine, devraient favorablement orienter les économies et les marchés de cette région au cours des 6 à 12 prochains mois. Sans oublier le fait qu’ils devraient être soutenus par un retour à la croissance des bénéfices et un gonflement des valorisations boursières.

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