Les milieux économiques en appellent jeudi au Conseil fédéral pour poursuivre les négociations avec les Etats-Unis sur l’épineux dossier des droits de douane américains, au retour bredouille de Washington de la présidente de la Confédération Karin Keller-Sutter et du conseiller fédéral en charge de l’économie Guy Parmelin.
Pour faire face au taux de 39% désormais appliqué à l’essentiel des exportations helvétiques vers le pays de l’oncle Sam, Economiesuisse réclame de surcroît un train de mesures pour renforcer la place économique helvétique.
«Ils (les droits de douane, ndlr) affaiblissent fortement la compétitivité internationale de nos entreprises sur le marché américain, compromettent des relations commerciales établies de longue date et mettent sérieusement en danger des milliers d’emplois,» s’alarme la Fédération des entreprises suisses.
La faîtière de l’industrie technologique Swissmem de son côté évoque un secteur «de facto à l’agonie» en cas de maintien du taux d’imposition punitif à l’entrée aux Etats-Unis, «surtout au vu des droits de douane nettement plus bas pour la concurrence en provenance de l’UE et du Japon».
L’organisation saisit l’occasion pour publier une liste en dix points de propositions visant à améliorer les conditions cadres pour l’ensemble de l’industrie d’exportation, entre prolongation du chômage partiel, incitations à l’innovation, plafonnement des coûts salariaux, relâchement des exigences climatiques ou encore assouplissement de la loi sur l’exportation de matériel de guerre.
Action claire du gouvernement
De son côté, Swissmechanic, la faîtière des petites et moyennes entreprises (PME) du secteur des machines, des équipements électriques et de la métallurgie (MEM), a fait part de son inquiétude à l’agence AWP. «Nos membres sont confrontés à de nouvelles et énormes barrières commerciales qui compromettent leur compétitivité et pèsent sur des parts de marché importantes aux Etats-Unis», déclare le président de l’association Nicola Tettamanti, tout en appelant le Conseil fédéral à «une action claire, cohérente et visible au niveau international».
«Nous attendons notamment de la Suisse qu’elle poursuive rapidement le dialogue avec les Etats-Unis et engage des négociations constructives afin de trouver une solution viable. L’objectif doit être de réduire les droits de douane au plus vite ou de créer des mécanismes de compensation appropriés», explique-t-il.
Selon M. Tettamanti, certaines entreprises étudient déjà d’autres débouchés, d’autres d’éventuelles délocalisations de la production. «Quoi qu’il en soit, la pression est forte», conclut le président de Swissmechanic.
Metal.suisse, la faîtière de la construction métallique, estime également que le Conseil fédéral doit poursuivre les négociations avec le gouvernement américain. «Notre modèle économique et des milliers d’emplois sont gravement menacés», estime l’association dans un communiqué. Metal.suisse réclame des mesures «de grande envergure» pour soulager l’industrie suisse, telles qu’un accès rapide et sans formalités administratives au chômage partiel ainsi qu’une baisse des prix de l’énergie.
Garder son calme
La Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH) quant à elle entend garder la tête froide et examiner attentivement les prochaines étapes. «Comme le montrent nos statistiques d’exportation, de nombreux acteurs du secteur ont augmenté leurs livraisons aux États-Unis entre mars et avril, de sorte que, dans de nombreux cas, les produits sont actuellement disponibles en quantité suffisante sur place», explique à l’agence AWP le président de la FH Yves Bugmann. Selon lui, si le taux de 39% reste en vigueur, les entreprises horlogères devront envisager des ajustements de prix.
Les Chambres latines du commerce et d’industrie (CLCI) sont d’avis que des premières mesures temporaires comme des réductions de l’horaire de travail permettraient d’amortir le choc douanier. «Directement ou indirectement, tous les secteurs subiront de lourdes conséquences négatives pouvant aller jusqu’à des licenciements importants», soulignent dans un communiqué les CLCI, qui réclament par ailleurs un allègement de la fiscalité et de la bureaucratie pour les entreprises.
Jugeant essentielle la poursuite de négociations avec Washington, Interpharma estime que «tous les secteurs doivent unir leurs forces et soutenir le gouvernement afin que la Suisse parvienne à trouver une solution viable au conflit douanier», observe l’association des entreprises pharmaceutiques suisses pratiquant la recherche.
Si les produits pharmaceutiques sont pour l’instant exemptés de droits de douane, un niveau comparable à celui frappant les autres marchandises helvétiques entraînerait une forte baisse du produit intérieur brut (PIB) de la Suisse, d’au moins 0,7%, estime l’association en se référant aux calculs du Centre de recherches conjoncturelles KOF de l’EPFZ.
Indépendamment des discussions douanières avec la Suisse, l’administration américaine a contacté directement 17 entreprises pharmaceutiques et leur a demandé de proposer aux Etats-Unis des prix comparables à ceux pratiqués dans d’autres pays ayant une puissance économique similaire, poursuit Interpharma. Cette demande ne doit pas être confondue avec les discussions douanières.