En bourse, le débat du moment porte sur les actions américaines et leur intégration dans un portefeuille. Après une excellente performance en 2024, le marché américain est en train de consolider, notamment la Big Tech. Le gérant d’actifs Amundi effectue précisément un «road show» sur ce sujet en ce moment en Suisse. Vincent Denoiseux, Head of Investment Strategy chez Amundi ETF, dont la fonction porte aussi bien sur la perspective de marché que sur le choix des produits, répond aux questions d’Allnews:
Comment construire un portefeuille d’actions américaines à un moment où les grandes valeurs tech sont en recul sensible?
Les actions américaines sont effectivement au centre des discussions. Nous avons répondu aux préoccupations des investisseurs en lançant un ETF sur les actions américaines, en l’occurrence sur l’indice MSCI USA, un ETF relativement classique dont l’intérêt principal se situe dans la faiblesse des frais de gestion (3 points de base). Nous l’avons accompagné d’une innovation :deux expositions appelées «US Mega Caps» et «US ex-Mega Caps». La première contient les 37 plus grandes capitalisations de la cote américaine, ayant une valeur supérieure à 200 milliards de dollars, tandis que la seconde représente les représente 567 titres (à fin décembre 2024) large cap n’appartenant pas à ce premier groupe.
«La dissociation de l’exposition américaine entre mega caps et ex-mega caps est de fait un des éléments qui a le plus d’impact».
En 2024, l’essentiel de la performance est venu des mega caps. Notre rôle est d’accompagner les investisseurs dans leurs choix d’allocation afin de mieux appréhender les risques potentiels sur leurs portefeuilles. Nos nouveaux ETF répondent à cette question.
Quels sont les facteurs qui importent aujourd’hui?
Ils sont au nombre de trois. Le premier est représenté par la taille des actions américaines dans l’indice MSCI Monde, à savoir 73%. L’investisseur, qu’il ait envie d’en acheter ou qu’il ait besoin de réexposer son portefeuille aux actions américaine, a besoin d’une brique américaine pour son allocation stratégique.
Le deuxième facteur est lié au choix de l’indice. La plupart des clients sont exposés- (implicitement ou explicitement) à l’indice MSCI World, comprenant 73% d’actions américaines (MSCI USA). Mais si l’investisseur a acheté son exposition à travers l’indice S&P 500 et non pas l’indice MSCI USA, la tracking-error, soit le risque relatif entre ces deux indices, est significative puisqu’elle est de près de 1% sur longue période. Pour donner un ordre de grandeur, l’écart est similaire a comparable à celui d’un indice ESG.
Le troisième facteur est celui des mega caps, qui ont représenté près des trois quarts de la performance en 2024. La dissociation de l’exposition américaine entre mega caps et ex-mega caps est de fait un des éléments qui a le plus d’impact. Il est donc crucial pour l’investisseur.
Les actions américaines consolident. Comment construire un portefeuille au moment où émergent des tendances à la stagflation?
Les flux en ETF UCITS ont atteint à 68 milliards de dollars cette année. Le montant dépasse le niveau record de 2024 à la fin février. Sur les actions américaines, après l’accélération spectaculaire liée à l’élection de Donald Trump -la semaine succédant à l’élection, près de 12 milliards de dollars de collecte nette en une seule semaine, dont 9 milliards sur les actions américaines, nous assistons à une rotation en faveur des actions européennes.
S’agissant de nos investisseurs, nous pouvons les classer en trois camps à l’égard des actions américaines: Le premier apprécie l’ETF sur le MSCI USA pour viser une exposition sur l’ensemble du marché américain. Un autre camp, souhaite continuer à jouer la hausse des mega caps, notamment s’agissant de l’exposition aux géants de la tech. Enfin, le troisième camp pose un regard plus circonspect sur les valorisations des mega caps. Nous proposons dans ce cadre l’ETF sur les ex-mega caps américaines, comprenant 593 actions, et nous le segmentant en 37 plus grandes et 567 plus petites.
Le point principal pointe sur des valorisations records au sein des mega caps, dans un contexte de droits de douane en hausse. L’appétit des investisseurs est très fort pour les ex-mega caps. Cela rejoint la vision d’Amundi sur les marchés, avec une préférence pour la partie équipondérée, laquelle réduit l’exposition aux «7 magnifiques». Mais, pour utiliser une image médicale, il faut distinguer entre l’effet principal du médicament et les effets secondaires. L’équipondéré n’a initialement pas pour fonction de réduire l’exposition aux mega caps mais celle d’aligner les expositions. L’indice ex-mega caps répond précisément à cela en excluant les mega caps du portefeuille. Et il nous permet de garder un portefeuille pondéré par les capitalisations boursières.
Face à un scénario de stagflation, quel est l’appétit au risque des clients?
Notre tâche consiste à fournir des briques d’investissement. Depuis deux semaines, l’attentisme des clients s’est accru, mais les investisseurs ont à ce stade préféré acheter des titres lors des baisses plutôt que de vendre leur exposition. L’appétit pour le risque demeure clairement. En revanche, nous observons aussi des achats plus nets d’obligations.
«Nous avons déjà dépassé l’objectif fixé par Amundi sur les actions européennes pour 2025».
Nos clients sont par exemple des gérants multi-actifs ou des gérants en actions. Les premiers préfèrent acheter des actions européennes plutôt que sortir de la classe d’actifs Actions. L’intérêt grandit depuis quelque temps pour les actions européennes et il commence à naître pour les actions émergentes.
J’observe que les actions européennes, japonaises et émergentes forment trois régions Value en comparaison avec les actions américaines. Nous assistons davantage à un rééquilibrage en faveur de titres légèrement moins chers qu’à un désamour à l’égard des actions.
C’est un peu la fin du «Trump Trade» et des «7 magnifiques», en termes de produits quels segments d’ETF sont-ils privilégiés?
Amundi ETF est à ce jour presque entièrement centré sur les ETF indiciels. Nous avons récemment lancé une gamme d’ETF actifs non pas en tant que tel dans le but de créer une surperformance par rapport à un indice mais pour gérer des labels d’investissements responsables, notamment en France.
Il existe un fort besoin de gestion active au format ETF, notamment aux Etats-Unis. Il faut savoir qu’un ETF de droit américain est mieux traité sur le plan fiscal qu’un fonds équivalent de droit américain. Si l’investisseur détient un fonds actif de droit américain, l’ETF actif de droit américain sera par conséquent plus efficace. Cet élément n’existe pas en Europe. En même temps, plusieurs fournisseurs ont construit une gamme d’ETF centrée sur la gestion active.
A ce stade, les investisseurs aiment beaucoup la gestion indicielle au format ETF. Les fonds indiciels représentent plus de 96% des actifs sous gestion en ETF. La croissance des ETF actifs est significative mais les encours sont encore faibles. Je pense que la gestion active va croître au format ETF mais l’essentiel des encours restera très majoritairement de type indiciel.
Le smart beta est très utile et l’investissement sectoriel demeure populaire, notamment dans la tech, la robotique, l’IA.
Comment l’incertitude accrue des marchés se traduit-elle dans les ETF? Faut-il s’inquiéter de la forte augmentation des «leverage ETF» si le marché baisse?
Il faut tempérer les craintes. Les actions européennes sont en hausse de 12% depuis le début de l’année alors que l’indice S&P 500 perd 2%. Les performances ne sont pas inquiétantes à ce stade.
La gamme des leveraged ETF existe depuis fort longtemps. Il n’y a pas d’inquiétude à ce stade.
L’essentiel de la volatilité se traduit pour l’instant par une rotation des actions américaines vers les actions européennes et peut-être vers les actions émergentes plutôt que vers une recomposition des portefeuilles.
Nous n’observons pas de stress de la part de nos investisseurs. La plupart des clients sont des gérants multi-actifs (actions, obligations, marché monétaire). Si leur benchmark comprend 60% d’actions et 40% d’obligations, cette référence ne changera pas. Nous assistons plutôt à des rebalancements internes.
Les autorités multiplient les déclarations en faveur d’investissements dans la défense. Qu’en est-il des investisseurs?
Nous avons observé un très fort intérêt des investisseurs pour cette partie de la cote. Nous n’avons pas à ce jour d’ETF sur la défense mais venons de publier une étude sur le rôle central que peuvent jouer les secteurs des secteurs Industries et Ressources de Base.
Comment se manifeste l’intérêt pour les actions européennes au sein des ETF?
L’appétit pour les actions européennes se traduit par l’investissement dans le Stoxx Europe 600, un ETF très diversifié sur les principales capitalisations européennes. Il existe aussi pour l’Euro Stoxx 50, plus concentré, et aussi pour le DAX, qui présente une des meilleures performances depuis le début de l’année (près de 16%). Sur le plan sectoriel, les bancaires sont très prisées.
Est-ce que les achats d’ETF émergents se concentrent sur la Chine?
Durant la dernière semaine de février , près de 1,5 milliard d’euros de collecte ont porté sur les actions émergentes, l’essentiel se concentrant sur les actions chinoises à la veille du Congrès du parti communiste. Dans l’Empire du Milieu, la question de l’indice est intéressante. Pour des raisons de valorisation, nous privilégions les A-Shares, soit les valeurs plus exposées aux facteurs domestiques, après les annonces de relance budgétaire. La durabilité du mouvement reste un point d’interrogation.
Est-ce que, après la hausse de plus de 10% des actions européennes, une poursuite de la hausse est un scénario probable?
Nous avons déjà dépassé l’objectif fixé par Amundi sur les actions européennes pour 2025. Il est sûr que nous avons fait une bonne partie du chemin. En revanche, aux Etats-Unis, nous sommes en-deçà de l’objectif annuel.
Les annonces faites sur la défense européenne produisent un effet positif sur ce secteur et les valorisations demeurent attractives tant en termes absolus que relatifs. L’environnement géopolitique peut ajouter un élément moteur.
Aux Etats-Unis, nous restons constructifs sur la croissance économique mais les droits de douane créent une incertitude. Depuis plus d’un semestre, pour des raisons de valorisation, nous avons souligné notre préférence pour les indices équipondérés et maintenant pour l’indice ex-mega caps. La performance enregistrée depuis le début de l’année va dans ce sens.
Pourquoi préférez-vous l’indice ex-mega caps à un indice de small caps?
Nos investisseurs se fondent sur des indices de référence comme le S&P 500. Le choix des small caps s’éloigne de leur référence. Un passage aux small caps représente un risque plus élevé.
Lorsque le débat concerne le choix entre les mega caps ou les ex- mega caps, il est important de noter qu’on reste dans les grandes capitalisations. La principale préoccupation des professionnels consiste à gérer un portefeuille de grandes capitalisations américaines qui représentent plus de 70% des actions mondiales.
La composition des deux blocs large caps et ex-large caps évoluera ces prochains mois. Si les 7 magnifiques sortent des mega caps, quelles en seront les conséquences?
Si une action qui n’appartient pas aux mega caps le devient, elle sera achetée par l’indice correspondant. Une rotation va s’effectuer. Ce phénomène de «starification» est d’plus présent aux Etats-Unis qu’en Europe.
Si l’on considère les plus grandes capitalisations mondiales par secteur, les grandes sociétés américaines sont omniprésentes. Selon les secteurs, on constate une différenciation marquée entre mega caps et ex-mega caps.
Qu’observez-vous dans les ETF obligataires?
La volatilité est significative sur les taux d’intérêt et les anticipations d’inflation. Nous sommes positifs sur les obligations d’entreprises Investment Grade. Les spreads sont trop bas sur le High Yield.