Nestlé, dont deux filiales russes ont été placées provisoirement sous administration d’une société russe, a indiqué vendredi «avoir pris connaissance» du décret présidentiel validant cette opération. Le géant veveysan de l’alimentation «évalue la situation et les options».
«Nestlé s’engage à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger ses droits et assurer la continuité de ses activités, dans l’intérêt de toutes les parties prenantes, en particulier de ses salariés», a-t-il affirmé dans un bref communiqué.
Le président Vladimir Poutine a fait placer deux filiales russes de Nestlé, Nestlé Russia et Nestlé Kuban, provisoirement sous administration de la société russe L.E.V. Management, selon un décret présidentiel publié jeudi. Nestlé reste propriétaire de ces sociétés nais ne peut plus prendre de décisions à leur égard, avait précisé l’agence AFP.
Nestlé avait indiqué après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 réaliser environ 2% de son chiffre d’affaires en Russie, y produisant notamment du café, des confiseries, des aliments pour bébés et de la nourriture pour animaux. La multinationale établie à Vevey avait réduit ses investissements et ses exportations depuis la Russie, notamment en raison des sanctions internationales, et avait concentré son offre sur les denrées alimentaires de base.
Dans un commentaire, l’analyste de la banque Vontobel, Jean-Philippe Bertschy, estime la part du chiffre d’affaires réalisée en Russie à un peu plus de 1% du total, en raison de la baisse observée depuis 2022.
La Banque cantonale de Lucerne (LUKB) juge les conséquences de cette affaire «pesantes». Elles n’en demeurent pas moins supportables pour Nestlé du fait de sa taille, de sa rentabilité et de sa grande diversification, explique l’établissement. Selon JPMorgan, une perte totale des activités russes pourrait réduire le bénéfice par action de 3 à 4%.
Chute de l’action
Le préjudice financier ponctuel pourrait s’avérer plus important. La LUKB estime la valeur de l’ensemble des activités en Russie à environ 1,75 milliard de francs. En cas de perte de ces dernières des correctifs de valeur correspondants pourraient se révéler nécessaires.
Se basant sur des cas précédents, JPMorgan observe que les cessions après une mise sous administration externe peuvent s’effectuer à des conditions défavorables. Le groupe alimentaire français Danone a ainsi essuyé une perte de 1,2 milliard d’euros lors de son retrait de Russie. Les brasseurs Carlsberg et Heineken ont également vendu leurs activités avec des pertes importantes à la suite d’interventions de l’État.
La Banque cantonale de Zurich (ZKB) estime donc que Nestlé se trouve dans une situation difficile: des investissements supplémentaires pourraient accroître les risques liés à la réputation et de boycott. A défaut d’y injecter des fonds supplémentaires, l’entreprise risque de perdre ses activités. Et même dans ce cas, une expropriation ultérieure ne saurait être exclue.
A la Bourse suisse, les investisseurs accusaient le coup, la nominative du numéro un mondial de l’alimentation dégringolant vers 11h45 de 2,3% à 76,56 francs, pesant sur l’indice phare SMI qui pointait lui aussi dans le rouge à hauteur de 0,16%.
Également concernée par un décret de transfert de Vladimir Poutine, la filiale russe de la chaîne de grande distribution française Auchan a indiqué vendredi avoir demandé des «clarifications», a rapporté l’AFP. Présent en Russie sous le nom «Achan» depuis 2002, Auchan est l’un des principaux acteurs du secteur de la grande distribution. Sur le site internet de sa filiale russe, il recense plus de 33’000 employés dans ce pays, dans 241 magasins.
L’ex-filiale russe de Leroy Merlin, acquise fin 2023 par une société basée à Dubaï et rebaptisée Lemana Pro en 2024 dans ce pays, est elle aussi visée par cette mesure de placement sous administration russe. Leroy Merlin, tout comme Auchan, notamment, est contrôlé par le groupe français Association familiale Mulliez.