Risque et incertitude à l’heure de la Libération

Axel Botte, Ostrum AM

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A l’approche d’un tournant commercial majeur, les marchés se tendent entre hausses de tarifs, ralentissement américain et quête de refuges.

© Keystone

 

La fin du trimestre est souvent propice à la réduction des risques. Les hausses de tarifs prévues pour la – «Journée de la Libération» selon Trump – exercent une pression sur les marchés d'actions. Parallèlement, la tendance à la pentification des courbes des taux se poursuit, tandis que l'or demeure la seule valeur refuge.

L’aversion pour le risque augmente à mesure que l’administration américaine accentue la pression tarifaire. Les nouvelles mesures protectionnistes dites de réciprocité seront mises en œuvre le 2 avril. L’Union européenne et le Canada devraient réagir. Parallèlement, les importations de véhicules seront taxées à hauteur de 25%. Les indices actions asiatiques ont reculé fortement, les constructeurs automobiles nippons et coréens perdant environ 5% en bourse à la suite cette annonce. Le Japon exporte, vers les Etats-Unis, pour environ 40 milliards de dollars de véhicules annuellement et devrait prendre des mesures de rétorsion. L’escalade dans la guerre commerciale semble inévitable. Il s’agit sans doute d’un moment charnière dans l’économie mondiale. Si le consommateur américain ponctionné par les tarifs n’est plus la locomotive de la croissance, la demande devra provenir d’autres pays. La Chine en a parfaitement conscience et présente un nouveau plan de soutien à la consommation des ménages. Ce rééquilibrage au long cours pourrait déplacer durablement le barycentre de l’économie mondiale. 

Escalade tarifaire et basculement économique

Sur le plan conjoncturel, l’économie américaine connait un 1er trimestre en rupture avec la croissance de 2,4% estimée entre octobre et décembre 2024. Le déséquilibre sans précédent de la balance des biens (147 milliards de dollars en février après 155 milliards de dollars en janvier) se traduira par une croissance très faible, voire négative, au 1er trimestre 2025. Si l’économie américaine ne présente pas à ce stade de dynamique récessive, le plongeon de la confiance des ménages et les projections prudentes du secteur de la distribution constituent une alerte baissière. En Europe, l’inflation devrait diminuer en mars après les chiffres encourageants en France (0,9%) et en Espagne (2,2%). La BCE devrait y voir les raisons d’une baisse supplémentaire de 25pb en avril. Plusieurs membres considèrent toutefois que la politique monétaire n’est plus restrictive, de sorte qu’une pause n’est pas totalement exclue. La réponse tarifaire de l’UE sera prise en compte par la BCE. 

Dans le contexte d’escalade de la guerre commerciale, les actions naviguent toujours en eau trouble avant le début de la saison des résultats. Les secteurs cycliques européens plongent de 2 à 3%. Les services publics jouent leur rôle de refuge. Par ailleurs, les taux à long terme n’offrent pas de répit. La hausse des taux réels à long terme traduit la dérive des finances publiques. Le choc de prix n’affecte pas encore les anticipations d’inflation à long terme. Si ces anticipations augmentaient, la Fed serait contrainte de réagir. Le 10 ans oscille autour de 4,30%. Le Bund à 10 ans revient sous le seuil de 2,75%, l’influence américaine en Ukraine ravivant la recherche de sécurité. L’inflation probablement proche de 2% en mars ramène le Schatz vers 2% (-10pb sur la semaine). Les spreads souverains sont stables avant la décision de Moody’s sur la note espagnole (Baa1). Le crédit investment grade offre une prime de 85 pb contre swap alors que les valorisations du high yield restent un frein à la performance. Le high yield européen (320pb contre swap) a désormais effacé tout le resserrement enregistré depuis le début de l’année.

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