Mis à part la correction observée lors de la Journée de la Libération en avril, les marchés actions asiatiques ont globalement connu une année solide, avec l’indice MSCI Asie hors Japon en hausse de 15% depuis le début de l’année (au 22 juillet). L’affaiblissement du dollar américain a été un facteur favorable, la plupart des devises asiatiques s’étant appréciées d’au moins 5% face au billet vert.
De fortes divergences sont toutefois observées au sein des marchés asiatiques. Le grand gagnant cette année a été l’indice Kospi de Corée du Sud, qui a bondi de +32% en monnaie locale (+40% en USD), soutenu par la résolution des tensions politiques ayant pesé sur le marché à la fin de l’année dernière. En effet, l’un des engagements clés du président Lee Jae-myung est de relancer le marché boursier coréen. À l’instar des initiatives entreprises au Japon, une réforme des marchés de capitaux est en cours afin d’améliorer la gouvernance d’entreprise, l’allocation du capital, et ainsi renforcer les rendements pour les actionnaires.
Ce qui est encore plus impressionnant, c’est que la Corée surperforme nettement les autres marchés d’Asie du Nord, alors que le Japon et Taïwan affichent cette année des performances stables en monnaie locale. Le dollar taïwanais est la devise asiatique la plus performante face au dollar américain (+10%), mais cette vigueur a eu un impact négatif sur les exportateurs taïwanais. Le Japon a été confronté à des défis similaires, avec un yen fort (+6%), combiné à une hausse du coût de la vie et à une érosion du soutien envers le Premier ministre Ishiba. Ce dernier a vu la coalition au pouvoir dirigée par le PLD perdre sa majorité à la chambre haute. Bien qu’Ishiba ait exprimé sa volonté de continuer à diriger son parti, il fait face à une pression croissante au sein du PLD pour qu’il démissionne et assume la responsabilité des mauvais résultats électoraux. Cette incertitude politique risque de peser sur le marché boursier japonais tant qu’elle ne sera pas dissipée.
Par ailleurs, les actions chinoises ont été les deuxièmes plus performantes, malgré les tensions commerciales avec les États-Unis: l’indice Hang Seng de Hong Kong a progressé de +25%, tandis que le MSCI China est en hausse de 22%. En comparaison, les actions A chinoises ont été à la traîne, n’ayant gagné que 5% depuis le début de l’année. Les actions H chinoises intègrent dans leurs valorisations l’anticipation d’un accord commercial favorable avec les États-Unis – une hypothèse confortée par l’annonce récente selon laquelle Nvidia peut reprendre ses livraisons de semi-conducteurs vers la Chine, tandis que la Chine a autorisé l’exportation de terres rares vers les États-Unis. Singapour complète le trio de tête avec une performance de +11% (+18% en USD), soutenue par un optimisme croissant quant à l’effet d’un programme de développement du marché boursier de 5 milliards de dollars singapouriens, censé dynamiser la Bourse locale.
À l’inverse, les marchés asiatiques les moins performants se situent tous en Asie du Sud-Est: la Thaïlande affiche une baisse de -14% (-8% en USD), la Malaisie -7% (-2% en USD), et les Philippines -3% (-1% en USD). La faiblesse du marché thaïlandais s’explique principalement par des problèmes politiques internes, notamment la suspension du Premier ministre Paetongtarn Shinawatra par la Cour constitutionnelle. Cette crise de leadership politique a retardé l’adoption du budget national ainsi que la mise en œuvre de mesures économiques urgentes visant à relancer une économie domestique en difficulté.
En regardant vers l’avenir, la faiblesse persistante du dollar américain devrait continuer à soutenir les marchés asiatiques. Toutefois, cela devra s’accompagner de catalyseurs positifs sur les marchés domestiques pour stimuler les cours. Pour la plupart des marchés à la traîne, cela implique de résoudre les problèmes politiques internes et de lancer des politiques de relance économique.
L’indice MSCI Asie hors Japon se négocie actuellement à un PER prévisionnel de 13,9x pour l’exercice 2026, mais plusieurs marchés affichent des valorisations bien inférieures – les Philippines (9,4x), l’indice chinois HSCEI (9,7x) et la Corée du Sud (10x) sont les trois marchés asiatiques les moins chers à ce jour.