Quand les vieilles peurs font obstacle aux solutions nouvelles

Stephan Mumenthaler, Scienceindustries, Zurich

2 minutes de lecture

De nouvelles méthodes de sélection peuvent rendre les plantes plus résistantes. Alors que l'UE s’adapte et agit, la Suisse reste inflexible à ce chapitre. C’est un frein à l’innovation.

 

L'été met clairement en évidence un problème que l'agriculture signale depuis des années. Les vagues de chaleur durent plus longtemps, la sécheresse meurtrit les cultures, fait apparaitre de nouvelles maladies et propage les ravageurs. L'agriculture doit donc s'adapter. Mais la grande question est celle-ci: saurons-nous lui donner les bons outils pour le faire?

Répondre au scepticisme

Beaucoup de gens accueillent les nouvelles méthodes de sélection avec défiance ou scepticisme. C’est compréhensible. Quand on entend dire que ces méthodes modifient le patrimoine génétique des plantes de manière ciblée, on pense tout de suite aux risques pour l’homme et l’environnement. Pour cette raison précise, un débat objectif s’impose.

Les techniques modernes telles que CRISPR/Cas9 diffèrent fondamentalement des méthodes de génie génétique des générations précédentes. Elles ouvrent la voie à des sélections plus fines et plus rapides. Elles permettent d’obtenir des végétaux plus résistants à la sécheresse, aux maladies ou aux ravageurs et qui consomment moins de ressources, offrant du même coup d’intéressantes perspectives de progrès à l’agriculture durable.

L’Europe clarifie la situation

L’Union européenne a réagi à cette évolution. Elle fait désormais une distinction entre différents types de techniques sélectives et fixe pour cela un cadre juridique spécifique. Des plantes obtenues par sélection conventionnelle mais ne contenant aucun matériel génétique d’une autre espèce seront désormais traitées différemment des classiques organismes génétiquement modifiés.

La Suisse réunit les conditions optimales pour jouer un rôle de premier plan dans le domaine des nouvelles méthodes de sélection.

Soucieuse de garantir en même temps la protection de l’environnement et des consommateurs, l’UE maintient des normes de sécurité de haut niveau. Sur ses terres, par conséquent, les règles d’étiquetage assurent la transparence et les agriculteurs conservent leur liberté de choix. La recherche, la sélection végétale et l’agriculture y bénéficient enfin d’un cadre d’activité clair et d’une sécurité prévisionnelle.

La Suisse reste à la traîne

En Suisse, bien différente est la situation. Le Conseil fédéral a certes présenté un projet de nouvelle loi sur les technologies de sélection végétale. Celui-ci est toutefois nettement plus restrictif que la réglementation européenne et il compliquerait considérablement, en pratique, le recours à de nouvelles méthodes de sélection.

Les résultats de la consultation sont très clairs. Une large majorité des participants réclame une orientation plus audacieuse vers la solution européenne. Cela se comprend, car quiconque souhaite encourager la recherche et l’innovation ne devrait pas les placer dans un cadre moins favorable que celui de ses principaux partenaires commerciaux.

La recherche se déploie là où elle est aisée et encouragée. Les entreprises investissent là où les conditions-cadres sont fiables. On voit pourtant que l’agriculture suisse perd l’accès à des technologies qui deviennent de plus en plus la norme dans de nombreux pays.

Un changement de cap s’impose

La Suisse a d’excellentes universités, des entreprises innovantes et une agriculture performante. Elle réunit les conditions optimales pour jouer un rôle de premier plan dans le domaine des nouvelles méthodes de sélection.

Pour cela, nul besoin de renoncer à la sécurité. Il suffit d’un régime juridique favorisant l’innovation tout en garantissant la sécurité, la transparence et la liberté de choix. Or, c’est justement l’UE, souvent critiquée pour son hyper-réglementation, qui sait mettre en place des règles aussi nuancées et si bien adaptées à la pratique en matière de nouvelles méthodes de sélection. La Suisse devrait suivre son exemple et ne pas chercher à se distinguer inutilement sur ce point.

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