Porté par un environnement exceptionnellement favorable (faibles taux d’intérêt, abondance de liquidités et revalorisation continue des actifs), il a largement surperformé les marchés cotés sur une longue période. Cette lecture mérite toutefois d’être nuancée. Au cours des trois dernières années, les marchés cotés ont enregistré des performances particulièrement soutenues, portées par la résilience des économies développées, la solidité des résultats des entreprises et l’essor de thématiques structurelles telles que la technologie et l’intelligence artificielle. Dans ce contexte, la question n’est plus uniquement celle du niveau absolu de performance du Private Equity, mais bien celle de sa capacité à continuer de surperformer les marchés cotés dans les années à venir.
Le modèle du Private Equity repose sur des leviers clairement identifiés: la croissance du chiffre d’affaires des entreprises en portefeuille, l’amélioration de leur rentabilité, le recours au levier financier et la capacité à céder les participations dans de bonnes conditions. L’analyse de ces facteurs permet d’apprécier de manière plus réaliste les perspectives de rendement à moyen et long terme. Sur le plan des fondamentaux, les indicateurs demeurent globalement solides. La croissance économique, bien que moins soutenue, reste résiliente, les niveaux de rentabilité des entreprises sont élevés et les gains de productivité attendus, notamment liés aux nouvelles technologies, constituent un soutien structurel à l’activité. La création de valeur par la croissance organique et l’amélioration des marges, pilier central du Private Equity, reste pleinement d’actualité.
L’environnement financier est en revanche moins porteur que lors de la décennie passée. Le retour des taux d’intérêt à des niveaux comparables à ceux du milieu des années 2000 a réduit l’effet amplificateur de la dette sur les rendements. Les opérations de buyout reposent désormais sur des structures de financement plus prudentes, limitant la contribution du levier financier sans remettre en cause la solidité du modèle.
L’activité de fusions-acquisitions et des introductions en bourse a ralenti depuis 2022, pesant sur les sorties de portefeuille. Les stratégies de consolidation ciblées «buy-and-build» continuent néanmoins de jouer un rôle clé dans la création de valeur. Les sorties demeurent un point de tension, mais plusieurs facteurs plaident en faveur d’une normalisation progressive, notamment le développement des marchés secondaires et la pression exercée par des niveaux élevés de capitaux non investis.
Sur le plan des performances, dans un scénario prudent marqué par l’absence d’expansion des multiples et un recours plus mesuré au levier financier, les rendements du Private Equity devraient se normaliser. Des multiples d’investissement de l’ordre de 2,3 à 2,4 fois le capital investi apparaissent réalistes, correspondant à des taux de rendement interne compris entre 12% et 13% sur des horizons de détention de cinq à six ans. Ces niveaux seraient inférieurs à ceux observés par le passé, tout en restant attractifs sur le long terme.
La question de la surperformance du Private Equity par rapport aux marchés cotés se pose donc légitimement. Si la «prime d’illiquidité», historiquement élevée, devrait être inférieure à celle observée au cours des trente dernières années, rien n’indique qu’elle soit appelée à disparaître. En contrepartie d’un horizon d’investissement long et d’une liquidité réduite, le Private Equity continue d’offrir un accès privilégié à l’économie réelle et à des leviers de création de valeur peu accessibles sur les marchés cotés.
Dans ce contexte, la sélection des équipes de gestion devient déterminante. La capacité des gérants à créer de la valeur par l’exécution opérationnelle, la discipline financière et la maîtrise des risques constitue plus que jamais le principal facteur de différenciation.