Pourquoi la solidité américaine repose désormais sur un fil

Arthur Jurus, ODDO BHF

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Les marchés anticipent désormais deux à trois baisses d’ici fin 2025, la première dès septembre.

 

Les derniers chiffres du marché du travail américain ont surpris par leur faiblesse. En juillet 2025, seules 73'000 créations de postes ont été enregistrées, contre 143'000 attendues. Pire encore, les révisions des mois précédents ont retiré 258'000 emplois au total, ramenant la moyenne des trois derniers mois à 35'000, soit à peine la moitié du seuil de 70'000 à 90'000 jugé nécessaire par la Fed de San Francisco pour stabiliser le chômage. Le taux officiel est passé de 4,1% à 4,2%, mais les tensions apparaissent surtout chez les jeunes actifs: le chômage des 16-24 ans a atteint 10%, signal avancé d’un ralentissement. Parallèlement, les indicateurs de confiance se tassent, avec un indice ISM manufacturier à 48,0 en juin – son plus bas niveau depuis octobre 2024 – et une consommation privée qui perd de l’élan en volume réel.

Ce refroidissement du marché de l’emploi traduit à la fois un cycle économique arrivé à maturité et l’impact direct des politiques de Donald Trump. Sa stratégie commerciale protectionniste alourdit les prix et fragilise les chaînes d’approvisionnement, tandis que son durcissement migratoire prive les secteurs les plus dépendants – hôtellerie, restauration, agriculture – d’une main-d’œuvre indispensable. La suspension temporaire des rafles de travailleurs sans papiers ne compense pas le resserrement des règles d’octroi des cartes vertes. Autrement dit, la politique économique américaine amplifie le ralentissement naturel de l’activité, accentuant la vulnérabilité d’un marché du travail qui servait jusqu’ici de pilier à la croissance.

Les implications pour les investisseurs sont majeures. Si la règle de Sahm, qui anticipe une récession dès qu’une hausse de 0,5 point du chômage en moyenne mobile est constatée, n’est pas encore franchie, la tendance rapproche l’économie américaine de ce seuil critique. La Réserve fédérale, qui maintient son taux directeur entre 4,25% et 4,50% malgré une inflation de 2,9%, se retrouve sous pression croissante: les marchés anticipent désormais deux à trois baisses d’ici fin 2025, la première dès septembre. Cette perspective alimente la volatilité des actions américaines, obligeant les investisseurs à une sélectivité accrue. Dans nos allocations, nous avons choisi de réduire notre exposition globale aux Etats-Unis, non par défiance envers la qualité des entreprises cotées, mais par prudence face à un cycle du travail et de la croissance qui vacille.

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