Prôner l’investissement dans les marchés émergents (ME) n’a jamais été un exercice facile. Toute une série de chocs a, dans le passé, souvent amené les investisseurs à retirer leurs capitaux, provoquant des cycles d’expansion/récession marqués. On s’interroge d’ailleurs encore pour savoir combien de ME accèderont vraiment au statut d’«économies développées». On se demande également pourquoi investir dans les actions émergentes, au vu de leurs performances.
Cependant, le fait que les doutent persistent ne signifie pas qu’investir dans les ME n’en vaut pas la peine. Au contraire, de nombreux indices montrent que le meilleur est à venir.
Croissance à l’horizon
Actuellement, l’argument en faveur des ME porte en général sur leur valorisation relative. Auquel s’ajoute de plus en plus souvent celui de leur résilience macroéconomique. En effet, après le cycle de resserrement monétaire le plus marqué aux Etats-Unis depuis une génération, la plupart des principales économies émergentes en sont sorties indemnes. Cela dit, l’argument de la croissance des ME est encore insuffisamment pris en compte.
On nous répète à l’envi que l’âge d’or de la globalisation arrive à son terme et que les ME, qui en ont été les premiers bénéficiaires, vont être les plus affectés par son retournement. En réalité, nous ne sommes pas en phase de «déglobalisation», mais plutôt en phase de «désinisation», l’Occident cherchant à exclure la Chine de son système. Certains ME vont donc sortir gagnants de cette réorganisation des chaînes d’approvisionnement et de nouveaux champions à l’exportation vont émerger.
Le centre de gravité se déplace
Après avoir été boudées pendant une décennie, les actions mexicaines, sud-coréennes, vietnamiennes et indiennes suscitent à nouveau plus d’intérêt. La raison en est simple: nombre de réponses aux principaux défis des décennies à venir se trouvent dans le monde en développement.
En réalité, nous ne sommes pas en phase de «déglobalisation», mais plutôt en phase de «désinisation», l’Occident cherchant à exclure la Chine de son système.
La transition vers les énergies renouvelables, par exemple, exigera d’énormes quantités de métaux critiques tels que le cuivre et le nickel. La relance des secteurs manufacturiers dans les marchés développés aura des besoins considérables en acier et en ciment. L’intelligence artificielle nécessitera quantité de semi-conducteurs. Si l’on prend en compte tous ces facteurs, l’idée que le centre de gravité économique du monde va continuer à se déplacer en direction des marchés émergents devient tout à fait plausible.
De l’importance de la macroéconomie
Certains investisseurs négligent le facteur macroéconomique, préférant identifier les entreprises de qualité et favorisant l’analyse des fondamentaux. Mais pour les ME, la macroéconomie compte.
Si l’on sélectionne les bonnes entreprises au mauvais moment, l’évolution des devises et le durcissement du crédit peuvent faire chuter les cours des actions émergentes. En revanche, si les facteurs sélection et choix du moment sont favorables, les performances des actions peuvent être spectaculaires. Certains indices amènent à penser qu’une situation de ce type se profile à l’horizon.
Nous sommes encore en dessous du pic de 2007 de l’indice MSCI marchés émergents et les sorties de capitaux des ME sont encore supérieures aux afflux enregistrés pendant la plus grande partie de cette décennie. Résultat, les prix des actifs paraissent sous-évalués par rapport à d’autres marchés. Par ailleurs, de plus en plus d’entreprises d’envergure internationale apparaissent dans les marchés émergents.
Des acteurs mondiaux
Prenons le cas de Taiwan Semiconductor Manufacturing Corporation, plus connue sous le nom de TSMC: sa part du marché dans la fabrication de semi-conducteurs pour des tiers avoisine les 60% et ses plus gros clients sont Apple, NVIDIA et Qualcomm. Dans les années 1990, TSMC était environ deux fois importante que son concurrent le plus proche, United Microelectronic Corporation. Aujourd’hui, elle est six fois plus grande!
Nul ne sait quelles sont les applications de l’IA qui auront le plus de succès. En revanche, il est à peu près certain que TSMC sera le fabricant des semi-conducteurs qui permettront à ces applications de fonctionner. Or, le marché semble encore sous-estimer tout le potentiel de création de valeur de ce fabricant.
L’Inde compte de nombreuses startups prometteuses et l’augmentation du revenu disponible de la population profite aux grandes marques du pays. Une bonne partie de ce potentiel se reflète déjà dans les valorisations, mais il reste une marge importante, notamment pour une entreprise telle que Jio Financial Services dont les perspectives sont exceptionnelles.
Elle se distingue en effet des quelques centaines d’autres «fintech» indiennes du fait qu’elle bénéficie du soutien de Reliance Industries et peut accéder à toutes ses données. Soit les données de quelques 400 millions de consommateurs côté télécommunications et 200 millions de consommateurs côté commerce de détail. Une telle combinaison représente un puissant atout.
La patience peut être bénéfique
Si le début de ce siècle a été marqué par l’intégration de la Chine et de l’Occident, les changements qui s’annoncent pour les années 2020 seront d’une tout autre envergure: quatre milliards de personnes réparties dans plus d’une centaine de pays émergents vont redoubler d’efforts pour accroître leurs échanges commerciaux avec tous les partenaires potentiels, qu’ils se situent d’un côté ou de l’autre du fossé géopolitique.
Ce processus est déjà bien enclenché puisque le commerce entre les différents marchés émergents n’a jamais été aussi actif. En outre, les échanges se faisant dans des devises autres que le dollar, les marchés émergents s’affranchissent toujours davantage de leur dépendance historique à la politique américaine.
Les bénéfices de cette nouvelle vague de mondialisation seront probablement réinvestis dans les marchés émergents eux-mêmes. Cette capacité à s’auto-entretenir pourrait amener à une évolution d‘une tout autre envergure que celles que nous avons observées jusqu’à présent.