Les infrastructures sociales alternatives créent de nouvelles opportunités

Jean-Francis Dusch & Audrey Colin-West, Edmond de Rothschild Asset Management

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Un investissement solide dans les infrastructures devrait permettre aux investisseurs d’obtenir des rendements supérieurs à la moyenne tout en renforçant des services essentiels.

 

La définition des infrastructures s’est considérablement élargie au cours de la dernière décennie. Les infrastructures sociales alternatives constituent un segment du marché qui suscite aujourd’hui un intérêt croissant tant chez les investisseurs en actions que chez les acteurs de la dette.

Elles englobent des entreprises qui sortent des sentiers battus en matière d’infrastructures, mais qui fournissent néanmoins des services essentiels dans des secteurs tels que la santé, l’éducation et la logistique. Les prêteurs spécialisés dans la dette d’infrastructure peuvent ainsi accéder à toute une série d’opportunités attractives dans ce domaine, à condition de faire preuve de rigueur en ne finançant que les entreprises qui offrent véritablement des services assimilables à ceux des infrastructures.

Il y a dix ans, lorsque l’on pensait aux infrastructures, on pensait à un aéroport, à une autoroute ou à une centrale électrique. Mais les limites de ce qui peut être défini comme une infrastructure ont été repoussées. Si la solidité des actifs physiques reste primordiale, les marchés accordent une importance croissante au caractère essentiel des services.

À mesure que la définition des infrastructures a évolué, un domaine s’impose comme une opportunité d’investissement majeure: les infrastructures sociales alternatives. Ce secteur se situe à la croisée des chemins entre les services aux entreprises et les infrastructures traditionnelles.

Il englobe des entreprises qui présentent bon nombre des caractéristiques traditionnelles des entreprises d’infrastructure, la plus importante étant qu’elles fournissent des services essentiels au fonctionnement de la société. De plus, elles doivent offrir des flux de trésorerie prévisibles à long terme, très souvent soutenus par un cadre réglementaire, et elles doivent détenir une position monopolistique ou quasi-monopolistique sur leur marché.

Santé, éducation et au-delà

Investir dans les infrastructures sociales alternatives offre l’opportunité de soutenir le «S» de l’«ESG», en particulier lorsqu’il s’agit de financer des entreprises dans des secteurs où le financement public est insuffisant.

Dans une grande partie de l’Europe continentale, les pharmacies constituent un excellent exemple d’infrastructure sociale alternative. Elles jouent un rôle clé dans le système de santé en tant que premier point de contact lorsque les personnes recherchent des conseils médicaux, des vaccinations et des médicaments.

L’imagerie diagnostique est un autre exemple, issu du secteur de la santé, de service essentiel au bon fonctionnement de la société. Un diagnostic précoce sauve des vies. Il s’agit d’un service dont la population ne pourrait littéralement pas se passer; les entreprises opérant dans ce secteur peuvent donc présenter des caractéristiques propres aux infrastructures.

L’éducation est également un secteur chroniquement sous-financé par l’Etat dans de nombreux pays, ce qui signifie qu’il existe des opportunités pour les acteurs du secteur des infrastructures de financer l’enseignement privé, notamment au niveau de l’école maternelle. Certains pays, comme la Finlande, offrent un cadre juridique et contractuel à l’enseignement privé sous la forme de chèques-éducation, et ce soutien très fort de la part du gouvernement garantit des flux de trésorerie prévisibles à long terme.

Éviter les écueils

La tâche la plus importante pour un prêteur spécialisé dans la dette d’infrastructure lorsqu’il aborde les infrastructures sociales alternatives est de faire preuve de rigueur en s’en tenant strictement à la définition des infrastructures.

Les infrastructures sociales alternatives, au-delà des exemples susmentionnés des soins de santé et de l’éducation, peuvent également englober des entreprises opérant dans des secteurs tels que la logistique, le stockage frigorifique et les équipements de traitement de l’eau et des eaux usées. Mais il est possible d’aller trop loin en repoussant les limites de la notion d’infrastructure. Un prêteur peu rigoureux pourrait être tenté de commencer à financer des entreprises qui fournissent des services certes importants et s’aventurent dans de nouveaux domaines d’investissement, mais qui ne présentent pas véritablement les caractéristiques propres aux infrastructures.

Tout revient à la notion d’essentialité et de caractère critique. Pour constituer un actif d’infrastructure sociale alternative digne d’intérêt, celui-ci doit fournir des services véritablement essentiels et critiques pour la société.

Atténuer les risques

L’émergence de cette nouvelle classe d’actifs résulte en partie de l’évolution de la société, dans le contexte de mégatendances telles que le vieillissement de la population, la numérisation, la transition énergétique et la mondialisation. L’Etat n’étant pas en mesure de financer correctement tous les services dont la société a besoin, le secteur privé est appelé à jouer un rôle croissant.

Un autre facteur est la compression des rendements pour les investisseurs en capitaux propres dans les infrastructures traditionnelles. Cela a incité tant les acteurs des capitaux propres que ceux de la dette à repousser les limites du secteur des infrastructures et à rechercher des sous-secteurs susceptibles d’offrir de meilleurs rendements et de meilleures marges aux prêteurs.

Un prêteur spécialisé dans la dette d’infrastructure devra toujours évaluer soigneusement les risques et s’assurer que des mesures d’atténuation sont en place. Il en va de même pour les infrastructures sociales alternatives. Lorsque les entreprises sont exposées à un certain degré de risque de marché, il devient particulièrement important de comprendre la dynamique du marché sur lequel elles opèrent et l’origine de leurs flux de trésorerie. 

Par exemple, en Italie, les pharmacies sont fortement réglementées, avec des distances minimales obligatoires entre les établissements. Cela confère aux pharmacies des caractéristiques quasi monopolistiques, puisqu’elles sont les seuls points de vente de médicaments, ce qui contribue à garantir des revenus prévisibles à long terme. De plus, la plupart des médicaments sont remboursés par le système de santé public, ce qui garantit un soutien important de la part des pouvoirs publics. Ces facteurs ne s’appliquent pas nécessairement au secteur pharmaceutique dans d’autres pays, d’où l’importance d’avoir une compréhension très fine des facteurs qui assurent la résilience des revenus d’un projet donné.

Perspectives d’avenir

Il reste encore du chemin à parcourir pour sensibiliser le marché aux infrastructures sociales alternatives. Certains investisseurs (LP) ne sont pas encore tout à fait familiarisés avec ce concept. Pour eux, il est important de comprendre en quoi une transaction potentielle dans le segment des infrastructures alternatives présente tout de même des caractéristiques propres aux infrastructures.

Les investisseurs comprennent bien que la définition des infrastructures s’élargit. Par exemple, il y a dix ans, investir dans des navires de maintenance de parcs éoliens offshore (SOV) aurait été considéré comme une stratégie très de niche. Aujourd’hui, en revanche, cela serait considéré comme un investissement classique dans les infrastructures de base.

Les infrastructures sociales alternatives suivront le même schéma. De plus en plus d’acteurs du marché se sentiront à l’aise avec l’idée d’investir dans ces infrastructures à mesure que le concept gagnera en popularité, et les transactions deviendront de plus en plus courantes. D’ici là, une solide capacité de recherche «hors des sentiers battus», associée à un sens aigu de ce qui constitue un investissement solide dans les infrastructures, devrait permettre aux investisseurs d’obtenir des rendements supérieurs à la moyenne tout en renforçant des services essentiels mais souvent négligés pour la société.

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