Après avoir annoncé pas moins de 38 fois l’imminence d’un accord avec l’Iran ces derniers mois sans que ceci ne débouche sur une concrétisation jusqu’ici, les dernières prises de parole de Donald Trump jeudi soir semblent cette fois avoir davantage de poids. Contrairement à ces nombreux précédents, la nouvelle a été confirmée par l’agence de presse officielle en Iran, laquelle indique qu’un accord préliminaire aurait été trouvé entre les deux parties incluant 14 points dont un cessez-le-feu définitif sur tous les fronts, y compris au Liban, une levée du blocus naval et un retrait des troupes américaines encerclant l’Iran, un allègement des sanctions contre Téhéran et un dégel de ses avoir financiers. En contrepartie, le régime iranien s’engage à abandonner toute velléité à développer une arme nucléaire, à entamer des négociations de 60 jours pour déterminer du sort de son programme nucléaire existant et surtout à rouvrir le détroit d’Ormuz.
Si les négociations autour du sujet nucléaire s’annoncent particulièrement délicates et qu’un compromis sera probablement difficile à trouver, ceci devrait être relégué au second plan aux yeux des investisseurs pour qui l’enjeu principal est la reprise des flux pétroliers comme en témoigne la réaction des actifs vendredi. Le cours du Brent a en effet lourdement chuté pour repasser sous le seuil de 90 dollars/baril, tandis que les marchés actions célébraient cette annonce avec une nette surperformance des secteurs cycliques et de la technologie qui retrouve des couleurs après une semaine chahutée, marquée par des prises de profits en amont de l’entrée en bourse de SpaceX. Certes, la normalisation de la situation sur le marché du pétrole devrait prendre plusieurs mois et le niveau historiquement faible des stocks mondiaux devrait maintenir les prix de l’énergie à des niveaux bien plus élevés qu’avant la guerre. Néanmoins, en cas de signature d’un accord de paix durable dans les prochains jours, les investisseurs seront prêts à regarder au travers et préféreront souligner la dissipation des risques extrêmes sur la croissance et l’inflation.
Cette annonce est également une très bonne nouvelle pour les banques centrales et en premier lieu la BCE qui a procédé cette semaine au premier relèvement de ses taux directeurs depuis 2023. Si plusieurs membres de l’institution restent favorables à une deuxième hausse des taux ces prochains mois, une accalmie sur les cours du brut serait un argument de poids pour contenir les effets de second tour et pourrait inciter la BCE à se montrer prudente dans un contexte où la croissance montre clairement des signes de fragilité.
De l’autre côté de l’Atlantique, un relèvement des taux directeurs n’est pas attendu la semaine prochaine pour la première réunion présidée par Kevin Warsh. Mais une hausse d’ici la fin de l’année est désormais pleinement intégrée par les marchés financiers. Le nouveau président de la Fed, perçu comme favorable à une politique monétaire accommodante, ne manquera cependant pas l’occasion de souligner les statistiques d’inflation relativement rassurantes à l’instar de l’inflation cœur CPI ressortie en dessous des attentes cette semaine ou encore son indicateur préféré Trimmed Mean qui reste à un niveau relativement faible (2,35%).
Dans ce contexte et compte tenu des attentes très pessimistes des investisseurs concernant les hausses de taux des banques centrales, nous restons acheteurs de taux courts et de crédit investment grade comme high yield. D’autre part, la consolidation que nous craignions sur les marchés actions s’étant désormais matérialisée, nous avons de nouveau adopté une vue positive sur les marchés actions.