Le Value revient-il... ou devient-il plus difficile à trouver?

Maximilien Mestelan, NS Partners

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Les flux se réorientent vers le Value, mais la création de valeur ne se trouve pas toujours là où les valorisations semblent les plus basses.

 

Depuis son point haut d'octobre 2025, le ratio MSCI World Growth / MSCI World Value évolue progressivement en faveur du Value. Les flux vers les stratégies décotées se redressent, tandis que plusieurs secteurs longtemps restés à l'écart des grands mouvements de marché retrouvent l'attention des investisseurs.

Pour autant, parler aujourd'hui d'un véritable changement de régime paraît excessif. Les conversations de marché continuent de tourner autour de l'intelligence artificielle, des infrastructures numériques ou des grands acteurs technologiques américains. Même les débats sur le Value finissent souvent par revenir à la question de savoir qui bénéficiera le plus du prochain cycle d'investissements liés à l'IA.

C'est précisément ce qui rend la situation actuelle intéressante.

Les données suggèrent qu'un rééquilibrage est en cours, mais certainement pas un abandon du Growth. Les bénéfices continuent d'ailleurs de raconter une histoire bien différente de celle généralement associée à une rotation de style classique.

Aux Etats-Unis comme dans plusieurs régions longtemps à la traîne, les perspectives bénéficiaires continuent de s'améliorer. Derrière des marchés proches de leurs sommets historiques, on trouve certes des valorisations élevées, mais aussi des bénéfices régulièrement révisés à la hausse.

On parle beaucoup d'une possible bulle liée à l'intelligence artificielle. Pourtant, une partie importante de la hausse des marchés semble davantage refléter une révision continue des profits qu'une envolée incontrôlée des multiples. Le marché valorise peut-être moins une révolution technologique qu'une révolution bénéficiaire.

Cette nuance apparaît clairement lorsque l'on observe ce qui se passe sous la surface des indices.

Les financières offrent probablement l'exemple le plus convaincant d'un secteur dont la performance repose sur une amélioration réelle des fondamentaux. La progression des cours a été accompagnée d'une croissance robuste des bénéfices, ce qui suggère que le marché corrige progressivement un pessimisme excessif.

L'énergie et plusieurs segments défensifs racontent une histoire différente. La progression des cours y provient davantage d'une expansion des multiples que d'une amélioration comparable des résultats. La performance reflète alors davantage un changement de perception qu'une création de valeur économique.

La situation devient alors presque paradoxale.

Certains secteurs traditionnellement considérés comme Value sont de plus en plus soutenus par l'expansion des multiples. Dans le même temps, plusieurs segments associés au Growth continuent d'afficher une croissance bénéficiaire solide alors que leurs valorisations se normalisent progressivement.

La technologie en fournit l'exemple le plus frappant. Malgré des multiples encore exigeants, une part croissante de sa performance est désormais justifiée par la réalisation effective des bénéfices. Les investissements liés à l'IA soutiennent désormais un écosystème bien plus large que celui des seules méga-capitalisations.

Autrement dit, le débat n'est probablement plus celui qui oppose Value et Growth. Le véritable sujet est ailleurs: qu'est-ce qui est déjà intégré dans les cours?

C'est ici que la confusion entre Value Factor et Value Investing devient particulièrement dangereuse.

Le facteur Value achète ce qui paraît bon marché selon une série de ratios standardisés. Le Value Investing cherche des entreprises dont la valeur intrinsèque est supérieure au prix de marché. La différence peut sembler théorique. Elle ne l'est pas. Une banque valorisée neuf fois ses bénéfices n'est pas forcément une bonne affaire si ces bénéfices correspondent au sommet du cycle. A l'inverse, une société valorisée vingt-cinq fois ses résultats peut demeurer sous-évaluée si le marché continue de sous-estimer sa capacité à générer des flux de trésorerie sur longue période.

Une action peut être «cheap» sans être réellement sous-évaluée.

C'est probablement le paradoxe le plus intéressant du moment. Les premiers signes d'un regain d'intérêt pour le Value rendent la recherche de valeur plus exigeante, pas moins. A mesure que les flux se dirigent vers les mêmes secteurs et les mêmes titres, une partie des décotes disparaît mécaniquement.

Le risque n'est donc plus seulement de passer à côté d'une amélioration relative du Value. Il est de supposer que tout ce qui porte aujourd'hui l'étiquette Value constitue encore une opportunité de Value Investing.

Si les années à venir sont davantage portées par les bénéfices que par l'expansion des multiples, l'enjeu ne sera probablement pas de choisir entre Growth et Value. Il sera d'identifier les attentes déjà intégrées dans les cours et celles que le marché continue de sous-estimer. Le meilleur endroit pour trouver de la valeur ne se situe peut-être déjà plus dans le facteur Value lui-même. 

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