Les fusions-acquisitions sont un moteur puissant pour la performance des small caps

Yves Hulmann

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Beaucoup de petites et moyennes capitalisations sont actives dans des métiers exposés directement ou indirectement à l'écosystème de l’IA, souligne Laurent Picard de Bellevue AM.

 

Les développements en lien avec l'intelligence artificielle (IA) et l'évolution des prix de l'énergie ont continué d'occuper le devant de l'actualité ces derniers mois. A côté des géants de la tech américaine et des poids lourds mondiaux du secteur de l'énergie, de nombreuses petites et moyennes capitalisations européennes, parfois en mains familiales ou contrôlées par un actionnaire majoritaire, parviennent à tirer leur épingle du jeu en se positionnant avantageusement dans des segments de niche. Tour d'horizon avec Laurent Picard, Senior Portfolio Manager chez Bellevue Asset Management à Zurich, gestionnaire du fonds Bellevue Entrepreneur Europe Small qui investit aussi dans quelques entreprises suisses, à l'exemple de PolyPeptide.

Quels sont les critères de sélection qui s'appliquent pour les entreprises qui font partie du fonds Bellevue Entrepreneur Europe Small?

Notre fonds investit dans des petites et moyennes capitalisations dites «Entrepreneur» ou familiales, c’est-à-dire des entreprises cotées en bourse contrôlées par un entrepreneur ou sa famille. Nous avons fixé le seuil de détention minimal à 20% des droits de vote de la société. Ces actionnaires doivent avoir au moins un représentant au conseil d'administration de l'entreprise. Ainsi, l’actionnaire majoritaire exerce une influence directe sur la stratégie, sans pour autant être forcément en charge de son exécution.

«Nous investissons dans des sociétés familiales dont les bilans solides et les niveaux de rentabilité élevés constituent d'excellents facteurs de résistance dans des scénarios de crise.»

Pourquoi les entreprises en mains familiales ou contrôlées par un entrepreneur feraient-elles mieux que le reste du marché?

Nous constatons qu’à long terme, ce segment tend effectivement à surperformer le reste du marché. Les facteurs clés de succès peuvent être très différents d'une société à l'autre, mais certaines caractéristiques financières et managériales convergent clairement et soutiennent leur performance boursière. La qualité de leur bilan est, par exemple, une caractéristique commune et un facteur déterminant de leur succès, souvent négligé à tort par la communauté financière. Un bilan solide témoigne d'une bonne génération de cash-flow et permet de sécuriser le capital, de limiter sa volatilité et de donner au management les moyens de saisir des opportunités d’investissement à long terme, indépendamment des conditions de marché.

Maintenir un faible niveau d'endettement ne limite-t-il pas les moyens à disposition pour innover? Investir dans des domaines d'avenir, comme l'IA par exemple, requiert des moyens financiers importants.

Non, de façon intéressante, nous constatons que les entreprises familiales sont plutôt plus innovantes que la moyenne des sociétés cotées, consacrant une part plus importante de leur cash-flow aux dépenses de R&D.

En ce qui concerne l’IA, ce sont surtout les très grandes sociétés technologiques qui investissent des sommes colossales dans les infrastructures. Les investissements des hyperscalers pourraient atteindre plus de 1000 milliards de dollars en 2027, soit plus de 15% du montant cumulé des investissements des entreprises aux Etats-Unis et en Europe. Ces investissements ruissellent et bénéficient aux entreprises européennes, ce que l’on commence à voir dans les résultats des sociétés cotées. Ces derniers sont désormais attendus en hausse de 14% en 2026, un niveau supérieur à sa tendance de long terme malgré les incertitudes macroéconomiques actuelles.

«Nexans figure parmi les cinq principales positions de notre fonds. Ce groupe français, qui a aussi un site industriel important en Suisse, fait partie des leaders mondiaux dans le domaine des câbles haute, moyenne et basse tension.»

A ce stade, il faut bien distinguer l'offre de la demande: d'un côté, de nombreuses entreprises européennes bénéficient directement du flux de ces investissements massifs via la chaîne d'approvisionnement; de l'autre, pour ce qui est de l'utilisation concrète de l'IA au quotidien, la majorité des sociétés se trouvent encore dans une phase d'expérimentation et de déploiement de premiers cas d'usage, plutôt que dans une intégration industrielle à grande échelle.

Les petites et moyennes capitalisations en profitent-elles?

Oui, absolument. Beaucoup de petites et moyennes capitalisations sont positionnées sur des métiers exposés directement ou indirectement à ce très vaste écosystème de l’IA: infrastructures critiques, énergies renouvelables, électrification, construction, etc. Elles opèrent parfois sur des niches sans lesquelles l’IA ne pourrait d’ailleurs pas se développer au rythme actuel. C’est le cas notamment dans le secteur des semi-conducteurs, où certaines petites sociétés européennes ont vu leur cours de bourse grimper très fortement en peu de temps. Elles bénéficient d'un élargissement soudain de leur marché ainsi que d’une revalorisation de leurs actifs, devenus hautement stratégiques.

Il faut noter aussi que la composition du marché des small caps est très favorable en Europe: 45% d’entre elles sont des «real assets» (actifs réels), à savoir des sociétés dont les actifs physiques ne peuvent pas être simplement substitués par l’IA. Dans les large caps, ce chiffre est de l'ordre de 25 à 30%.

Les actions des petites et moyennes capitalisations ne sont-elles pas exposées à une volatilité plus élevée en cas de ralentissement de la conjoncture?

Oui, en théorie, leur moindre liquidité rend le segment plus volatil. De plus, des niveaux de profitabilité historiquement plus faibles en moyenne augmentent la sensibilité des bénéfices. Cependant, nous investissons dans des sociétés familiales dont les bilans solides et les niveaux de rentabilité élevés constituent d'excellents facteurs de résistance dans des scénarios de crise. Plus généralement, il est intéressant de noter que la crise énergétique de 2022 a montré que les small caps avaient très bien défendu leurs marges: l'écart de rentabilité avec les large caps ne s’est pas élargi durant cette période de tension sur le prix des matières premières. Sur l'année 2026, la performance des small caps reste d'ailleurs proche de celle des grandes capitalisations, malgré un environnement géopolitique qui aurait pu générer des prises de bénéfices plus importantes.

«L'Europe doit sécuriser son approvisionnement énergétique. Nordex, une autre position importante du fonds, produit des turbines éoliennes et bénéficie pleinement de cette thématique.»

Au sein de l'univers d'investissement tel que vous l'avez défini, y a-t-il des secteurs ou industries que vous favorisez ou, au contraire, évitez?

Nous mettons la valorisation au cœur de notre processus d’investissement. Nous investissons dans tout type de secteurs et de styles - qu'il s'agisse de Value, de GARP ou de Growth. Cette diversification nous permet de performer dans différentes configurations de marché. De manière générale, nous évitons simplement les activités qui ne nous permettent pas d’effectuer notre travail de valorisation avec un degré de certitude suffisamment élevé.

Pouvez-vous citer quelques exemples d'entreprises qui figurent parmi les principales positions de votre fonds?

Le fabricant de câbles électriques Nexans figure parmi les cinq principales positions de notre fonds. Ce groupe français, qui a aussi un site industriel important en Suisse, fait partie des leaders mondiaux dans le domaine des câbles haute, moyenne et basse tension. La société affiche une croissance régulière de ses bénéfices, portée par l'électrification massive des usages, qui impose une modernisation impérative d'un réseau électrique vieillissant et exige donc des investissements colossaux.

Récemment, le titre Nexans a été pénalisé par des craintes liées au contexte d'incertitude budgétaire en France. Pourtant, le groupe est exposé à la France à moins de 10% de son chiffre d’affaires, et travaille sur des projets de long terme peu susceptibles d'être remis en question. L'action s'échange actuellement sur des ratios de valorisation très attractifs, qui combinés à des perspectives de croissance très solides, offrent un excellent couple risque/rendement.

La problématique connexe de la souveraineté énergétique, accentuée par le développement de l'IA, pousse aussi l'Europe à accélérer le déploiement des énergies renouvelables. L'Europe doit sécuriser son approvisionnement énergétique, non seulement dans une logique environnementale, mais aussi pour préserver sa compétitivité technologique et économique. Nordex, une autre position importante du fonds, produit des turbines éoliennes et bénéficie pleinement de cette thématique. La société a très bien performé, mais sa valorisation reste attrayante, car le marché sous-estime son potentiel de croissance des résultats ainsi que son optionnalité sur le marché américain.

Votre fonds compte-t-il aussi des entreprises suisses?

Oui, c'est le cas notamment de PolyPeptide, un sous-traitant de l'industrie pharmaceutique qui fait actuellement l'objet d'une offre de rachat par Samsung Biologics. Je choisis cet exemple parce que les fusions-acquisitions sont un moteur historique puissant pour la performance à long terme des small caps. PolyPeptide est la deuxième société de notre portefeuille à faire l'objet d'un rachat cette année, après le spécialiste des drones sous-marins Exail Technologies, ciblé par une offre de Thales.

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