Le travail c’est la santé: ne rien faire c’est la conserver!

Julien Serbit, Prime Partners

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L’opération militaire en Iran et les réactions boursières rappellent qu’il est préférable de construire des portefeuilles dont l’allocation d’actifs évite d’être confronté à la panique.

 

Henri Salvador avait un humour ravageur. En plus d’être un auteur compositeur interprète à succès, l’artiste français fut également une figure emblématique des «Grosses Têtes» du temps de Philippe Bouvard…Sa chanson humoristique «le travail c’est la santé», sortie en 1965 n’a pas pris une ride. 

Rire, actuellement il n’en est guère question malheureusement. La situation géopolitique, déjà fortement tendue depuis quelques années, voit s’ajouter un développement négatif supplémentaire suite à la décision conjointe des États-Unis et d’Israël d’initier une intervention militaire en Iran. Après des mois d’une tension croissante et une détérioration progressive des relations irano-américaines (si cela était encore possible), l’usage de la force n’a pas complètement pris au dépourvu les marchés financiers. Comme à son habitude, Donald Trump a longtemps menacé avant de passer à l’action, ce qui a laissé du temps à certains pour intégrer l’hypothèse d’un tel scénario dans leurs allocations.

Cependant le plus dur commence car une fois le choc de l’annonce des premières frappes digéré par le marché, vient désormais le temps de l’incertitude. Qu’il s’agisse de la durée du conflit, son ampleur régionale et bien sûr son impact économique, concrètement personne ne sait rien. 

Celles et ceux qui lisent régulièrement mes billets savent le peu d’intérêt que je porte au déluge de prédictions et scénarii dont nous sommes abreuvés en cas d’évènements exogènes dont l’issue est par nature très incertaine. Il parait sage à ce stade de ne pas trop préjuger ni de la durée du conflit ni de son issue. Il parait également sage de garder en tête que Donald Trump a une élection à gagner cette année. Un «bourbier» militaire, un prix du pétrole élevé ou encore un indice S&P 500 en territoire négatif ne semblent pas être des éléments souhaitables pour les républicains s’ils entendent briller aux prochaines «midterms».

Le Covid, le déclenchement du conflit ukrainien et désormais la situation en Iran sont des évènements clés du comportement des marchés depuis 2020. 

D’autant plus qu’après plus d’une année à la tête de l’Amérique, le bilan global du président est pour le moins contrasté et sa popularité n’est pas au firmament. Sur le front de la politique économique, la cour suprême a infligé récemment un sérieux revers à la rhétorique tarifaire de Donald Trump. Là encore, les marchés n’ont pas été complètement pris à revers par cette décision dont l’éventualité avait largement eu le temps d’être intégrée. La santé économique de la première puissance mondiale demeure bonne mais le ressenti d’un nombre non négligeable d’américains n’est pas tout à fait aligné avec «l’âge d’or» dont leurs parle Donald Trump. La faute notamment à une inflation du quotidien qui demeure élevée et un marché du travail qui fait du surplace. Le tout dans un climat social tendu, symbolisé entre autres par une polarisation des opinions concernant la tristement célèbre police de l’immigration «ICE».

À la lecture de ces quelques éléments plusieurs constats paraissent importants dans l’optique d’une allocation d’actifs et de son pilotage. Le premier est que depuis son retour aux affaires, le président américain est devenu notre «chief investment officer» à tous. Son omniprésence médiatique, ses déclarations chocs sur à peu près tous les sujets (y compris les conseils boursiers) et désormais ses prises de décisions militaires influencent fortement les marchés financiers. Autant de bonnes raisons pour éviter le court-termisme et les paris trop marqués dans les portefeuilles, la probabilité d’être le gagnant du jour puis le perdant du lendemain étant assez élevée. Un deuxième constat ayant trait à l’incertitude géopolitique actuelle est qu’en l’espace de quelques années, les opérateurs se sont comme «habitués» aux éléments exogènes. Le Covid, le déclenchement du conflit ukrainien et désormais la situation en Iran sont des évènements clés du comportement des marchés depuis 2020. À posteriori des deux premiers cités, il parait plausible de dire qu’un portefeuille largement rebalancé en réaction immédiate à la pandémie puis à nouveau lors de l’invasion russe aurait produit des résultats plus contrastés que ceux d’une allocation dont la diversification lors de la survenue de ces chocs était suffisante pour ne pas avoir à donner trop de «coups de volant» et mener de simples ajustements au fil des mois, la tête froide.

En d’autres termes, le coussin de sécurité fournit par la diversification construite par temps calme est souvent bien plus efficace qu’une frénésie d’ordres de bourse quand la situation se complique soudainement. Elle est aussi bien meilleure pour le sommeil et la clarté de l’esprit requise quand la pression boursière s’accentue.

En l’état actuel des choses il semble trop tôt pour accroitre lourdement son exposition au pétrole alors que son prix augmente fortement, à l’or dont la performance depuis 18 mois est très importante ou encore aux valeurs de la défense qui ont déjà très bien performé ces derniers trimestres. Il est du reste probable que de nombreux portefeuilles détenaient déjà ce type d’expositions au cours des derniers mois, voire des dernières années. Nul doute alors que leurs gestionnaires ne ressentent pas le besoin frénétique de tout changer à ce stade.

Les quelques points de performance supplémentaires dont une bonne diversification nous prive régulièrement durant les phases haussières de marché sont bien souvent plus que largement compensés par ceux qu’elle nous évite de perdre quand les marchés déraillent.
Si Henri Salvador participait à nos comités de placement il s’amuserait sans doute régulièrement de l’agitation ambiante qui s’empare des financiers quand l’imprévu vient à les bousculer. Il nous dirait peut-être (en chanson!) de veiller à conserver notre santé, surtout au travail. Déployer de l’énergie à mettre en place une construction de portefeuille robuste est en général plus efficace que de s’évertuer dans l’urgence à s’adapter aux aléas boursiers quand ils se produisent.

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