Le marché suisse a-t-il épuisé son potentiel de rebond?

Sylvain Bornand & Éric Chassot, BCV

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Les valeurs défensives cèdent quelque peu le pas à des titres plus cycliques. Des opportunités existent à court terme pour diversifier ses positions.

Après avoir chuté à 8160 points le 23 mars en clôture, l’indice SMI a repassé la barre des 10 000 points le 3 juin se rapprochant ainsi de son plus haut du 19 février, soit 11263 points. Bien que symbolique, ce seuil marque néanmoins l’importance du rebond des marchés en général, et du marché suisse en particulier. L’indice principal de la Bourse suisse a particulièrement intéressé les investisseurs au cœur de la pandémie du coronavirus. Avec son homologue américain, il a nettement surperformé les autres places financières jusqu’à la mi-mai, depuis les valeurs plus cycliques ont retrouvé un certain attrait. A-t-il alors épuisé son potentiel de rebond?

La question prend d’autant plus de sens que le SMI atteint désormais des valorisations plutôt contraignantes à plus de 17 fois ses bénéfices estimés à 12 mois. Cet élément n’est pas un véritable soutien au marché au vu des nombreuses incertitudes qui demeurent, comme la vigueur de la reprise, le risque de deuxième vague de contamination ou le retour différé de la confiance des acteurs économiques.

Soutien mondial

Ce qui porte essentiellement les marchés dans cette phase du rebond, ce sont les importants programmes d’aide à l’économie mis en place par les banques centrales et les gouvernements sur le plan mondial. Les statistiques macroéconomiques montrent pourtant l’ampleur des effets de la crise du coronavirus sur l’activité. L’économie suisse devrait enregistrer un recul d’environ 6% de sa croissance cette année. Ce coup de frein devrait être de 8% en zone euro ou encore de 6,5% aux États-Unis. Si des indicateurs avancés comme les PMI indiquent que rebond il y aura, la question demeure: sera-t-il durable et suffisamment solide pour permettre aux bénéfices des entreprises de consolider la progression des marchés.

Depuis le début du rebond, les moyennes capitalisations, qui avaient accusé
la plus grande chute depuis le début de la crise, ont davantage progressé.
Bénéfices en baisse

Le coup d’arrêt à l’activité suisse et mondiale se lira dans la marge bénéficiaire des entreprises, même si bon nombre de sociétés ont recouru au chômage partiel, obtenu des délais de paiement pour certaines de leurs charges fixes ou demandé des prêts transitoires garantis par la Confédération, voire bénéficié de la chute des prix du pétrole. Début 2020, les estimations de bénéfices pour l’année en cours pour les entreprises du SMI flirtaient avec la barre des 620 francs en moyenne. Soit nettement au-dessus des 560 francs enregistrés en 2019. Elles se situent désormais à 525 francs. Pour 2021, les attentes s’arrêtent pour l’heure à 607 francs – contre plus de 670 francs en début d’année – et devraient encore baisser au gré des nouvelles économiques. Car si un rebond de l’activité est attendu, la reprise devrait se dessiner en forme de racine carrée avec des incertitudes sur la vigueur de la croissance au-delà du rebond.

Retour des cycliques

Durant la crise, le SMI a bénéficié de son caractère défensif, et plus précisément du caractère défensif de ses trois titres vedettes qui pèsent 52% de sa capitalisation. Mais il est intéressant de noter que depuis le début du rebond, les moyennes capitalisations, qui avaient accusé la plus grande chute depuis le début de la crise, ont davantage progressé. Mieux, elles poursuivent leur rebond au-delà du 14 mai. Car cette date marque un changement de cap des marchés: le retour des valeurs plus cycliques et des plus petites capitalisations.

L’avenir est toutefois difficile à esquisser pour nombre d’entreprises suisses. Pour preuve, beaucoup ont suspendu leurs perspectives de croissance pour cette année et leurs prévisions de rentabilité opérationnelle ou de résultats financiers.

Ces risques qui demeurent

Si des incertitudes planent sur la vigueur de la reprise, des tendances se dessinent et peuvent soutenir des pans de l’activité en Suisse. Ainsi, la digitalisation s’est largement généralisée et va encore se développer à l’issue de la crise. Des investissements sont attendus en hausse dans la cybersécurité et l’intelligence artificielle. Le commerce en ligne devrait aussi poursuivre sur la voie de la croissance.

La rapidité du retour aux niveaux d’avant la crise
ne sera ainsi pas uniforme selon les secteurs.

Si grâce à leur capacité d’innovation et à leur leadership dans certains marchés, les entreprises suisses peuvent potentiellement bénéficier de ces mouvements, elles devront aussi compter avec un tableau que l’on connaissait déjà avant crise et qui comprend la poursuite des tensions commerciales, la persistance de taux bas et du franc fort. Autant d’éléments clés pour une économie suisse très ouverte sur le reste du monde. Pour rappel, un tiers des revenus des sociétés du SMI dépendent des États-Unis et un tiers des revenus des moyennes entreprises dépendent de l’Union européenne.

Retour pas uniforme

La rapidité du retour aux niveaux d’avant la crise ne sera ainsi pas uniforme selon les secteurs. À titre d’exemple, l’automobile, si importante pour les PME suisses, ne devrait pas retrouver son rythme de croisière avant 2022 ou 2023. La reprise sera ainsi lente dans ce secteur. La situation devrait être similaire dans l’hôtellerie-restauration ou le tourisme, des activités économiques essentielles pour les valeurs du luxe. A contrario, certains pans de l’industrie technologique, la consommation de base, les télécoms ou la santé ont été moins touchés, voire épargnés, par la crise.

Fenêtre d’opportunité

Ainsi, le marché suisse présente un potentiel d’appréciation plutôt limité à court terme, mais plus intéressant dans une optique de moyen à long terme. Une exposition avec une solide base de valeurs défensives ne doit pas négliger totalement les secteurs plus cycliques, comme l’industrie. Une fenêtre d’opportunité en faveur de cette diversification s’est entrouverte jusqu’aux premières publications des résultats trimestriels à la mi-juillet. Notamment pour les titres fortement délaissés durant la crise.

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