Le marché japonais est-il bien positionné pour la sortie de crise?

Pierre Mermod, BCV

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Les sociétés cotées japonaises pourraient rebondir sur des tendances structurelles à long terme, comme la santé ou la robotisation.


©Keystone

Après une superbe année 2019, le premier trimestre de 2020 a été une douche glacée au Japon, comme ailleurs dans le monde. La réaction forte des gouvernements pour protéger leur population contre un sombre virus a étranglé la conjoncture mondiale. Les bourses sont entrées en mode panique. La chute a été brutale, rapide, imprévisible, laissant des traces historiques dans les portefeuilles. Notamment ceux visant à générer de l’alpha. Car dans ces périodes, le court terme et le bêta prennent le dessus.

Certaines tendances structurelles
pourraient ressortir renforcées.

Ce n’est pas la première crise grave que le Japon traverse. La catastrophe de Fukushima du 11 mars 2011 est encore dans toutes les mémoires dans l’Archipel. A la notable différence près que, pour une économie tournée sur l’exportation, aujourd’hui la crise est globale. Elle a tout d’abord touché l’offre. Wuhan, d’où est partie la pandémie, est une ville industrielle où de nombreuses usines ont été fermées du jour au lendemain. Elle touche maintenant la demande. Le monde vit au ralenti. Le Japon aussi. Importants pour l’économie nationale, les Jeux de Tokyo ont été reportés. Comme d’autres, le gouvernement japonais a mis sur pied un programme colossal de soutien à l’économie.

Voir plus loin

A la bourse de Tokyo, si les titres cycliques souffrent globalement de la crise mondiale, les valeurs cycliques domestiques (services, construction) peuvent encore se reposer sur le fait que le Japon a moins été touché que l’Europe ou les Etats-Unis par le coronavirus. Mais à court terme, la visibilité est nulle ou presque. Grave, mais provisoire, la crise aura des conséquences durables qui peuvent offrir de nouvelles opportunités d’investissement. A condition d’allonger son horizon.

Déjà présentes avant la crise, certaines tendances structurelles pourraient ainsi en ressortir renforcées. Et, pour plusieurs d’entre elles, le Japon a des atouts à faire valoir. Citons par exemple: la 5G et la connectivité, la robotique, la santé et la bonne gouvernance.

Connectivité

La connectivité, la 5G et autres technologies liées au transfert de données pourraient sortir gagnantes de la crise. Les craintes des effets sur la santé de la nouvelle technologie de télécommunication ont (provisoirement?) cédé la place aux avantages de cette technologie pour le télétravail. Toujours plus importante, la masse de données utilisées doit être accessible à distance, rapidement et de manière sécurisée. Ce que ne peut pleinement fournir un réseau vieillissant. Les besoins actuels renforcent par ailleurs les sociétés actives dans le stockage, dans la gestion et dans le transfert des données.

Concentrer géographiquement ses fournisseurs
constitue un risque élevé et fournit un faux sentiment de sécurité.
Robotique

Une des observations qui s’impose déjà concerne les limites de la mondialisation. Implanter trop d’usines au même endroit, concentrer géographiquement ses fournisseurs constitue un risque élevé et fournit un faux sentiment de sécurité. Les usines basées en Chine ne vont certes pas fermer, mais les entreprises vont bâtir de nouvelles usines ailleurs dans le monde. Cela signifie de futures activités dans la construction, mais également de nouvelles commandes de machines. De plus, contrairement aux humains, les robots n’ont pas à être confinés. Ils peuvent continuer à travailler et donc à produire. Les entreprises de robotique peuvent ainsi envisager une sortie de crise sous forme d’une accélération sans précédent des commandes.

Santé

Autre thématique structurelle à suivre: le domaine de la santé et plus précisément les équipements hospitaliers. Depuis des années, le secteur réclame plus de moyens: un manque d’investissements criant aujourd’hui. Après la crise, les pays pourraient décider d’accroître les capacités hospitalières, ainsi que les stocks d’équipements.

Bonne gouvernance

Enfin, cette crise permettra-t-elle de valoriser les bonnes pratiques en matière de durabilité et de bonne gouvernance? Le mouvement avait dépassé l’effet de mode avant la propagation du coronavirus et il pourrait être renforcé par les événements en cours. Une fois bien sûr que la récupération sera ancrée, soit que la pandémie décline et permette un retour progressif des activités.

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