Le libre-échange renforce la liberté

Stephan Mumenthaler, Scienceindustries, Zurich

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Le commerce mondial devient imprévisible. D’où l’importance des accords de libre-échange, comme ceux avec le Mercosur et la Malaisie.

 

De nouveaux droits de douane, des conflits commerciaux et des tensions géopolitiques marquent l’économie mondiale. Pour la Suisse, dont l’économie est tournée vers l’exportation, cela représente un défi. Nous ne pouvons pas empêcher ces évolutions. Mais nous pouvons élargir notre propre marge de manœuvre.

Les accords de libre-échange constituent un instrument essentiel à cet égard. Ils réduisent les droits de douane, suppriment les barrières commerciales et établissent des règles plus fiables. Mais surtout, ils ouvrent à nos entreprises des marchés sur lesquels elles seraient autrement confrontées à des conditions moins favorables que celles de leurs concurrents.

C’est essentiel pour les industries chimiques, pharmaceutiques et des sciences de la vie. Nos entreprises investissent des milliards en Suisse dans la recherche et le développement. Pour écouler leurs produits, elles dépendent toutefois des marchés internationaux. De bonnes conditions à l’étranger contribuent donc à ce que la recherche, la production et les investissements se poursuivent en Suisse à l’avenir.

éviter les désavantages concurrentiels

L’accord de libre-échange avec le Mercosur illustre particulièrement bien l’enjeu. Le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay forment un marché d’environ 270 millions de personnes. En 2025, les entreprises membres de scienceindustries y ont exporté des marchandises pour une valeur de 3,16 milliards de francs. Selon nos calculs, cet accord permettrait à nos secteurs de bénéficier chaque année d’allègements douaniers d’environ 50 millions de francs. Mais l’enjeu va au-delà des coûts douaniers. L’UE a elle aussi conclu un accord avec le Mercosur. Les entreprises suisses se retrouvent ainsi en concurrence avec des acteurs européens sur les mêmes marchés. Sans conditions d’accès comparables, elles risquent de subir des désavantages concurrentiels concrets. L’accord avec le Mercosur vise précisément à éviter cela.

En juin, le Conseil national avait encore rejeté l’accord. Lors de la session d’automne, le Parlement est parvenu à aplanir les divergences. Le Conseil national et le Conseil des États se sont prononcés en faveur de l’accord. C’est un signal important: alors même que d’autres états misent de plus en plus sur les droits de douane et les barrières commerciales, la Suisse crée de meilleures conditions là où elle en a elle-même le pouvoir.

concilier ouverture des marchés et durabilité

L’accord économique avec la Malaisie met en évidence un autre atout des accords de libre-échange modernes : non seulement ils améliorent l’accès au marché, mais ils permettent également d’établir des règles communes.

Dans le débat politique, l’huile de palme est particulièrement au centre des discussions. Les défis environnementaux liés à sa production sont bien réels. Un «non» à l’accord ne mettra toutefois fin ni à la production d’huile de palme ni à son commerce.

Dans le cadre de l’accord, les allègements douaniers pour l’huile de palme sont subordonnés à des exigences de durabilité. Quiconque souhaite bénéficier de meilleures conditions doit satisfaire à ces exigences. Cela ne résout pas tous les problèmes. Mais cela crée un levier concret pour concilier ouverture économique et production plus durable. L’ouverture des marchés et la durabilité ne sont pas nécessairement incompatibles.

Plus d’opportunités, moins de dépendances

Le Mercosur et la Malaisie illustrent ainsi une politique commerciale qui gagne en importance dans un monde incertain. La Suisse ne peut empêcher les conflits géopolitiques ni les tendances protectionnistes ailleurs. Mais elle peut offrir à ses entreprises davantage de possibilités quant au choix des lieux et des partenaires avec lesquels elles font des affaires.

Cela rend notre économie plus résiliente. Cela peut sembler contradictoire à première vue, mais ce n’est pas le retrait des marchés internationaux qui réduit les dépendances, mais bien un accès à ceux-ci aussi large et sûr que possible. En fin de compte, ce sont les exportations qui garantissent les emplois, les investissements et les recettes fiscales, et donc la prospérité en Suisse.

Sur le plan politique, cependant, le chemin n’est pas encore terminé. Un référendum a déjà été annoncé contre l’accord avec la Malaisie. Concernant l’accord avec le Mercosur également, c’est probablement la population qui aura le dernier mot.

La question de savoir quelle voie la Suisse souhaite emprunter pourrait donc bientôt se poser aux urnes. Si l’on veut réduire les dépendances et ouvrir de nouvelles perspectives aux entreprises suisses, il faut également leur permettre d’accéder à de nouveaux marchés.

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