Le Brexit et les banques britanniques

Aabid Hanif, Indosuez Wealth Management

2 minutes de lecture

Les profils financiers des groupes bancaires resteront robustes malgré les répercussions d’une absence d’accord sur le secteur.


©Keystone

Le 15 novembre, Theresa May a annoncé à la Chambre des communes que le Royaume-Uni et l’UE étaient parvenus à s’entendre sur un projet d’accord concernant le Brexit. Cela correspond à notre scénario de base. Toutefois, plusieurs obstacles politiques demeurent avant que l’accord ne soit validé (essentiellement l’approbation du parlement britannique) ; à la lumière de la situation actuelle, il est certain que le risque d’un Brexit sans accord a augmenté. Quant aux répercussions sur les marchés, quel serait l’impact d’un scénario de Brexit sans accord sur le secteur des services financiers, essentiel au sein de l’économie britannique?

Les banques britanniques seront probablement les plus vulnérables dans un scénario de Brexit sans accord (par rapport à leurs homologues européennes), mais même un affaiblissement macroéconomique sévère, entraînant une hausse des faillites d'entreprises et un affaiblissement des garanties, ne nuirait à la qualité des actifs bancaires et aux bénéfices et capitaux des banques qu’à long terme. 

Ces dix dernières années, les banques britanniques
sont devenues beaucoup plus résistantes.

Les banques situées au Royaume-Uni sont sans doute aussi bien préparées que possible. La Banque d'Angleterre (BoE) et les plus grandes banques britanniques sont en effet bien préparées pour un Brexit chaotique, selon le gouverneur de la banque centrale Mark Carney. Après le référendum de 2016, l’un des enjeux clés pour les banques britanniques a concerné le passeport financier, autrement dit leur capacité à servir les clients de l'UE dans n'importe quelle juridiction de l'UE. En raison d’une préparation au cas le plus défavorable, peu d’acteurs de l'industrie ont supposé que les banques britanniques continueraient de bénéficier du passeport financier après le Brexit. La plupart des banques britanniques mettent en oeuvre un plan de secours pour le Brexit visant à s'établir dans l'UE par le biais de fusions transfrontalières ou, le cas échéant, de créations d'entités agréées supplémentaires; cependant, pour nombre des grandes institutions, cela n’est pas problématique car elles disposent déjà de filiales importantes en Europe continentale, à partir desquelles elles peuvent continuer à servir leurs clients européens.

Un scénario sans accord entraînant un affaiblissement macroéconomique sévère pourrait susciter une hausse des pertes de crédit, par le biais d’un ralentissement de la croissance économique et d’une hausse du chômage. Il en résulterait inévitablement des tensions sur les segments des prêts aux particuliers et aux entreprises, ainsi qu’un recul de la valeur des garanties. Avec le temps, cela se répercuterait sur la qualité des actifs bancaires et pénaliserait les bénéfices des banques, ainsi que leur capitalisation dans une moindre mesure.

Cela dit, les banques britanniques sont devenues beaucoup plus résistantes au cours de la dernière décennie, en partie grâce à la réforme réglementaire, ainsi qu’à l'amélioration de l'appétit pour le risque et des profils de risque, permettant de renforcer sensiblement les bilans et de réduire le recours au financement de gros à court terme, tout en rehaussant les niveaux de capitalisation dans l’ensemble du secteur. Toutefois, les répercussions économiques négatives d'un Brexit sans accord pourraient toucher plus sévèrement les petits prêteurs nationaux, qui se concentrent sur la banque de détail ou les prêts immobiliers au Royaume-Uni.

Les banques du Royaume-Uni
sont en mesure de faire face à des récessions modérées.

L’impact sur les marchés de financement est un aspect qu’il convient également d’évaluer dans le cas d’un Brexit sans accord. Une déstabilisation des marchés de financement pèserait sur le secteur dans son ensemble. L'élargissement des spreads ou la perturbation du financement pour les banques et les autres entreprises britanniques pourraient s’avérer plus graves si le marché percevait une dégradation du risque souverain britannique (en cas de Brexit sans accord, la note des emprunts d’État serait probablement abaissée par les agences de notation). La BoE, de son côté, a examiné de près la capacité de résistance potentielle des grandes banques dans un scénario de ralentissement macroéconomique de ce type, voire plus sévère, lors du test de résistance du secteur effectué fin 2017, et choisi de conserver ce scénario pour le test de 2018. Dans ce cadre, les banques avaient semblé résistantes en 2017 et nous anticipons un résultat similaire pour 2018 également.

Malgré les répercussions d’une absence d’accord sur les banques britanniques, nous estimons que leurs profils financiers demeureront robustes et permettront d’amortir d’éventuels effets négatifs. Cette appréciation repose sur la qualité des actifs et les profils de financement et de liquidité solides des banques britanniques, mais aussi sur les tests de résistance de la BoE. Les notes de crédit de la majorité des banques du Royaume-Uni se situant dans la catégorie investment grade, ces dernières sont en mesure de faire face à des récessions modérées. D'autres secteurs bancaires en Europe pourraient également souffrir d’une absence d’accord, notamment au sein d’économies ouvertes comme l'Irlande, la Belgique ou les Pays-Bas, mais nous considérons que les banques de ces pays s'adapteront mieux aux conséquences négatives.

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